lundi, 16 octobre 2017

Toutes sortes de monstres : Les monstres nés d’Héra : Héphaïstos, Typhon

 

 La première déesse dont je vous ai parlé, l’indienne Parvati, n’est pas un cas unique. La déesse grecque Héra, l’épouse de Zeus, a fait des enfants toute seule, elle aussi. Trois fois de suite, parce qu’elle était fâchée.

 

 

 

 

La première déesse dont je vous ai parlé, l’indienne Parvati, n’est pas un cas unique. La déesse grecque Héra, l’épouse de Zeus, a fait des enfants toute seule, elle aussi. Trois fois de suite, parce qu’elle était fâchée. Dès qu’Athéna est sortie du crâne de son père, Héra part au jardin de Flore, divinité des fleurs. Là-bas pousse la fleur d’Olène, qui féconde tout ce qui la touche. Flore casse la tige de la fleur fécondante, la pose sur Héra, voilà, c’est fait. Arès, l’enfant qui naîtra d’Héra et de la fleur d’Olène est un dieu qui n’a rien de monstrueux, sauf un léger détail : Arès est le seul dieu qui saigne, d’ailleurs il s’écorche sans arrêt, pour un dieu de la guerre, c’est bizarre. Mais ce n’est rien encore à côté du deuxième fils qu’Héra, encore fâchée, décide de faire sans la semence d’un mâle, « sans s’unir d’amour à son époux », dit-elle. Cette fois, elle n’utilise pas une fleur, mais une laitue.

 

Héra

 

Une laitue ? Mais pourquoi ? Eh bien, parce que le suc laiteux qui sort du cœur de la laitue est un sperme. Il en naîtra une fille adorable, Hébé, déesse de la jeunesse, puis Héphaïstos, Vulcain à Rome, un enfant si laid que Héra le jeta du haut de l’Olympe. Le pauvre petit se retrouva infirme, et tellement boiteux que le poète Homère l’appela le Bancal monstrueux et poussif. Il tomba dans l’océan et y fut élevé par une bienfaisante Néréide, Thétis, la mère d’Achille. Cet artisan magnifique se vengea de sa mauvaise mère en l’enchaînant sur un trône d’or magique de sa confection, et ensuite, obtint de devenir le mari d’Aphrodite qui le cocufia allègrement avec son demi-frère Arès, le dieu saignant.

 

Hébé

 

Ce n’était pas encore assez. Pour le dernier fils qu’elle fabrique seule, Héra demande l’aide de sa grand-mère Gaïa, la Terre. Et notre déesse fâchée frappe le sol d’une main, si puissamment que Gaïa se réveille et accouche de Typhon.

Gaïa

 

C’est un monstre, bien sûr, le maître des ouragans, un ennemi de Zeus né de la colère d’Héra. Il existe une autre version de la naissance de Typhon. Héra aurait été voir au Tartare son grand-père Cronos, qui lui aurait donné deux œufs couverts de son sperme. Qu’Héra les enterre en les confiant à Gaïa, il en naîtra Typhon. Les grand-parents complices de cette naissance secrète ne sont pas désintéressés. Avec Typhon, ils espèrent venger le triomphe de Zeus qui détrôna Cronos.

 

Typhon épousa la vipère Echidna, et ensemble, ils eurent toute une portée de charmants petits monstres : le chien Cerbère à plusieurs têtes, le Sphinx, l’Hydre de Lerne, l’aigle qui dévora le foie de Prométhée, peut-être même les Gorgones, allez savoir. Quand le dieu des ouragans féconde la déesse vipère, il n’en naîtra rien de bon. Les petit-enfants d’Héra et de presque personne causèrent un tas d’ennuis au roi des dieux ; c’était le but cherché.

 

mardi, 25 avril 2017

Les rêves peuvent-ils aider à mieux se connaître ?

 

 

Quand et à quoi rêve-t-on ?

 

 

reve 0.jpg

 

Qu'est-ce qui les nourrit ?

 

rêve 0.jpg

 

 

Que disent les rêves de soi ?

 

rêve requin.jpg

 

Peut-on les interpréter et s'en servir pour comprendre nos vies propres ?

 


Perrine Ruby, chargée de recherche au centre de neurosciences de Lyon.

 

“ Il faut savoir se prêter au rêve lorsque le rêve se prête à nous.”

- Albert Camus

 

 

 

dimanche, 09 avril 2017

Lire dans les pensées grâce à l'imagerie cérébrale...

 
 
Les avancées neurologiques ont récemment permis de reconstituer des mots pensés par une personne, relançant l’espoir pour les scientifiques de pouvoir lire un jour dans les pensées des gens. L’occasion pour Olivier Oullier, professeur et chercheur au Laboratoire de psychologie cognitive de l’Université d’Aix-Marseille, de faire le point sur les avancées de l’imagerie cérébrale et sur les questions éthiques qui en découlent.
 

 

Lire dans les pensées de gens, c’est pour bientôt ?

Cela fait rêver pas mal de monde, mais on en est encore loin. Certains pensent que l’on s’en rapproche depuis que des neuro-scientifiques ont réussi à recréer grossièrement le film qu’une personne voit à partir des données d’imagerie cérébrale fonctionnelle. Mais il s’agit de la reconstruction du signal visuel et non d’un décodage de pensées intimes, un résultat qui n’en est pas moins extraordinaire avec de formidables perspectives thérapeutiques, notamment pour le recouvrement de la vue. C’était de la science-fiction il n’y a encore pas si longtemps.

Y a-t-il un risque que d’autres domaines comme la publicité utilisent ces techniques ?

Les techniques se développent et la société s’en empare, cela fait partie du "jeu". Les mêmes stratégies marketing peuvent servir l’industrie agro-alimentaire et la prévention en santé publique. C’est pour cela qu’il faut informer, réguler, mais pas interdire. En France, la loi de bioéthique a été révisée dans cette optique. Bien que la partie relative à la neuro-imagerie nécessite d’être précisée, il faut saluer le travail du législateur et sa réflexion sur les conséquences sociétales de ces techniques. A ce niveau, nous sommes en avance sur les autres pays.

Pourtant vos travaux ont aussi gagné la sphère institutionnelle…

Depuis 2009, j’ai la responsabilité d’un programme de travail intitulé « Neurosciences et politiques publiques » au sein du Centre d’analyse stratégique. Il s’agit d’étudier comment les sciences du comportement pourraient améliorer les stratégies de politiques publiques, qu’il s’agisse des campagnes de lutte contre l’obésité ou le tabagisme. Se baser uniquement sur des questionnaires pour connaître les comportements des individus est insuffisant. L’imagerie cérébrale vient compléter les données comportementales. Ainsi, nous proposons une meilleure évaluation des stratégies de prévention, même si cela ne donne pas des réponses absolues. Et cela concerne aussi les domaines de l’écologie ou de la justice.

Comment les neurosciences peuvent interférer dans le domaine de la justice ?

Elles peuvent aider à étayer des décisions de justice. Dans le cadre du rapport publié par le Centre d’analyse stratégique, nous avons consulté des experts nationaux et internationaux afin de discuter des différents aspects des neurosciences dans ce domaine et les avis restent partagés. Qu’il s’agisse de détecter le mensonge ou de juger du niveau de responsabilité d’un individu. Mais aujourd’hui, il convient de garder à l’esprit que si l’imagerie anatomique informe l’analyse psychiatrique par exemple, l’imagerie par résonance magnétique (IRMf) n’est pas encore mure pour être recevable dans les prétoires comme preuve principale.

cerveau neurospin-1.jpg



Quel est le problème ?

Il y a un gouffre entre des résultats de laboratoire obtenus sur des sujets volontaires et le comportement de personnes mises en examen par exemple. De plus, un comportement antisocial n’est pas uniquement le fruit d’un dysfonctionnement de quelques millimètres cubes de cerveau. Il y a certes une composante neuro-biologique, mais il convient aussi de prendre en compte les influences contextuelles. Il faut poursuivre la réflexion et former tous les acteurs d’un procès sur l’imagerie cérébrale sans toutefois prendre des décisions qui nous priveraient de nouvelles techniques qui permettraient de mieux rendre la justice dans quelques années.

 



Comment établir un équilibre entre les progrès scientifiques et les risques qu’ils engendrent ?

D’un point de vue scientifique et médical, l’imagerie cérébrale est un outil formidable. Le risque ne vient pas tant des techniques, mais de la façon dont ont les utilise et dont on fait des liens simplistes avec le comportement des gens. On apprend beaucoup plus sur certains comportements déviants, mais ce n’est pas encore suffisant pour établir des preuves principales dans un procès. Dire que vous avez eu des problèmes avec vos parents parce que vous vous grattez l’oreille ou qu’on interprète votre personnalité à travers votre écriture, est autrement plus dangereux et répandu que l’imagerie cérébrale utilisée avec mesure par des personnes compétentes.

 

dimanche, 19 mars 2017

Nos amis les rats : Le comte Dracula et ses rats messagers

 

 

Ce choix n’est pas dépourvu de logique, car sauf accident, les vampires sont immortels.

 

 par Catherine Clément

 

 Dracula est un personnage de fiction inventé par l’anglais Bram Stoker et publié en I897, à l’époque de Jack l’Éventreur à Londres et de la naissance de la psychanalyse à Vienne. 

 

 

 

 

 S’ils sont encore debout au lever du soleil, si on leur perce le cœur dans leur cercueil avec un épieu de bois, les vampires se décomposent aussitôt en poussière et redeviennent les morts qu’au fond, ils n’ont pas cessé d’être. Mais les dieux grecs aussi peuvent être accidentés,  s’ils se parjurent après avoir juré par le Styx, les voilà dédivinisés pour une décennie.

Bref, les dieux meurent même s’ils sont immortels. Et ce dieu moderne qui ne se nourrit pas de viande, mais de sang, mérite qu’on s’arrête sur ses origines.

Vlad III - Dracula

 

Mort-vivant dans les régions germanophones ou de Transylvanie, lointainement héritier de l’authentique prince roumain Vlad Dracula, le petit dragon surnommé l’Empaleur, un guerrier cruel mort au XVme siècle, le dieu de l’immortalité a pour compagnons des loups, des mouches, des tziganes et des rats.

On remarquera la place des Tziganes dans cette hiérarchie d’animaux maléfiques ; pour Bram Stoker, les Tziganes n’étaient pas tout à fait des humains.

Lorsqu’il voyage, Dracula emprunte les voies maritimes sur un navire farci de rats qui apportent la peste quand le vampire débarque. Son âme damnée, un fou emprisonné, repère son arrivée en chantant "  des rats, des rats, des rats… " en un temps où, l’année même de la publication de Dracula, Yersin découvrit le bacille de la peste. Plus tard, au cinéma, les rats de Dracula devinrent les véhicules de la peste nazie, jusqu’au jour où les vampires devinrent de grands séducteurs.

 

a 1.jpg

film : Dracula 1992

de

Francis Ford Coppola

 

Pas d’inquiétude. De nos jours, les vampires sont décents, ils se nourrissent du sang des bêtes dans les forêts et jamais, au grand jamais ils n’oseraient s’entourer de rats, ni sucer le sang de leur bien-aimée, sauf accident.

C’est ce qui arrive dans la série du Désir Interdit, plus connu sous le nom de Twilight, sorti de la plume puritaine de la jeune mormonne Stephenie Meyer le bon vampire se décide à mordre son épouse pendant qu’elle accouche, pour la rendre immortelle. Des rats ? Où ça ? Mais on n’en est plus là, voyons !

 

lundi, 13 mars 2017

Freud-Averroès: l’inquiétante étrangeté de l’âme

averoes 00.jpg

 Averroès

 

Le moi intime de l'homme est aussi ce qui lui est le plus étranger.

Et si Averroès, démon des Scolastiques, suspect idéal de la philosophie, était le premier théoricien de l'inconscient ?

D'Averroès à Rimbaud en passant par Freud, retour sur l'inquiétante étrangeté de l'âme avec Jean-Baptiste Brenet

 

 " L'âme ne pense pas sans images "

TEXTES

  • Averroès, L’intelligence et la pensée, Grand commentaire sur De l’âme d’Aristote

  • Sigmund FREUD, L’Inquiétante étrangeté et autres essais, " Une difficulté de la psychanalyse"

  • Averroès, Résumé du traité du sens et du sensible, in Compendia librorum Aristotelis qui Parva Naturalia vocantur p.39

  • Arthur Rimbaud, Lettre du Voyant, à Paul Demeny, 15 mai 1871, in Poésies complètes

EXTRAITS

  • Le Destin (arabe : Al-Massir, film égyptien) Youssef Chahine, 1997

  • La Maison du Docteur Edwardes, Alfred Hitchcock, 1945

  • Archive:Jacques Lacan, Analyse spectrale de l'Occident

 

 

Intervenants : Jean-Baptiste Brenet :

médiéviste, professeur de philosophie arabe à l'université de Paris 1-Panthéon Sorbonne.

 

 

 

 

 

samedi, 04 mars 2017

Critiques en herbe : L'exposition "La Renaissance et le Rêve"

 

Une oeuvre de Jérome Bosch décryptée par nos critiques en herbe.

 

 

 

dimanche, 29 janvier 2017

Quand la pensée symbolique apparaît-elle chez l’humain ?

 

Les dessins pariétaux découverts dans la grotte Chauvet, qui datent de 35 000 ans avant J-C , montrent qu’Homo Sapiens cherche déjà un sens, une symbolique produite de l’art que viendront conforter d’autres découvertes.

 

Cerveau normal,  image à résonance magnétique en couleurs.

Cerveau normal, image à résonance magnétique en couleurs.

 

Une émission proposée et présentée par René Frydman.

Intervenants :Jean-Pierre Changeux 

Neurobiologiste, Professeur Honoraire au Collège de France et à l'institut Pasteur. Membre de l'Académie des Sciences

 

Y a-t-il un progrès dans l’art depuis ces temps lointains ?

Qu’est-ce que la notion de beau ?

cerveau conscience.jpg

La recherche scientifique menée par Jean-Pierre Changeux depuis des années se porte sur les phénomènes neurologiques de la contemplation de l’œuvre d’art et de la création artistique.

Déjà avec Pierre Boulez et Philippe Manoury il a exploré les voies de l’émotion et de la raison en musique dans un livre intitulé Les neurones enchantés. Le cerveau et la musique.

Résultat de recherche d'images pour "La beauté dans le cerveau"

Dans son dernier livre La beauté dans le cerveau, il s’agit de l’œil, de ses mouvements incessants pour jauger le tableau à l’aune de l’histoire de l’art, de la nouveauté et du plaisir esthétique.

De nombreux créateurs avancent puis reculent en zig zag avant d’avoir le sentiment que le tableau est fini, que l’œuvre est terminée. Y a-t-il de l’aléatoire dans le geste, peut-être. En tout cas accepter ou corriger c’est le pouvoir de l’artiste.

 

-

 

Jean-Pierre Changeux a été président de la Commission interministérielle d’agrément pour la conservation du patrimoine artistique national français et président du Comité consultatif national d’éthique.

Il est l’auteur, notamment, de Raison et plaisir, de Matière à pensée (avec Alain Connes), de La Nature et la Règle. Ce qui nous fait penser (avec Paul Ricœur), de L’ Homme de vérité, de Du vrai, du beau, du bien et, avec Pierre Boulez et Philippe Manoury, des Neurones enchantés. Le cerveau et la musique.

 

Image associée

Ce qui se passe dans la tête du créateur, du compositeur, lorsqu'il crée, demeure encore inconnu. C'est ce "mystère" que se propose d'éclairer ce livre.

 

La création artistique relève-t-elle de processus intellectuels et biologiques spécifiques ? Peut-on s'approcher au plus près de son mécanisme pour parvenir à comprendre comment un compositeur, un musicien, un chef d'orchestre, choisit de mettre ensemble telle et telle note, de faire se succéder tel et tel rythme, de faire émerger du neuf, de produire de la beauté, de susciter l'émotion ?

La compréhension de ce qui se déroule dans le cerveau du compositeur lorsqu'il écrit Le Sacre du printemps ou Le Marteau sans maître est-elle possible ?

Image associée

Quelles relations peut-on établir entre les briques élémentaires de notre cerveau que sont les molécules, les synapses et les neurones, et des activités mentales aussi complexes que la perception du beau ou la création musicale ?

Tenter de constituer une neuroscience de l'art, tel est l'enjeu de ce livre, qui procède d'un débat entre Jean-Pierre Changeux, le neurobiologiste, qui a fait du cerveau l'objet privilégié de ses recherches, et Pierre Boulez, le compositeur, pour qui les questions théoriques liées à son art, la musique, ont toujours été essentielles, et auquel s'est joint Philippe Manoury pour apporter son éclairage de musicologue.

 

vendredi, 20 janvier 2017

CAFE PSY - LE REVE EVEILLE, AUDREY DE LA GRANGE

 

https://i1.sndcdn.com/artworks-000203493140-epkfte-t500x500.jpg

 

https://soundcloud.com/radioaviva88fm/cafe-psy-le-reve-eveille-audrey-de-la-grange-040117?in=radioaviva88fm/sets/cafe-psy


https://soundcloud.com/radioaviva88fm/cafe-psy-le-reve-eveille-audrey-de-la-grange-040117?in=radioaviva88fm/sets/cafe-psy

lundi, 26 décembre 2016

Déesses vierges : La bruyante aux flèches d’or née sur l’île aux phoques

Artémis est la sœur jumelle d’Apollon, le dieu solaire. Comme son frère, elle est impassible, glaciale, impitoyable, une vierge intraitable sans une once de bonté, souvenons-nous du traitement qu’elle inflige au chasseur Actéon.

 

par Catherine Clément

 

 

Revenons à leur naissance, une bonne explication. Léto, leur mère, était une Titane, donc une cousine de Zeus qui l’engrossa. Sa femme Héra en fut jalouse. Jusque là, c’est le scénario banal façon Les feux de l’amour. Là où ça se complique, c’est quand l’épouse de Zeus décide de bloquer l’accouchement de Léto. Interdit sur terre. A la rigueur, Héra l’autorise à faire ses couches là où les phoques vont mettre bas, sur un bout de rocher divaguant en pleine Méditerranée. Léto y parvient, épuisée, secouée de contractions, mais le ventre bloqué. Trois vieilles déesses viennent l’aider, en vain. Héra a demandé à sa fille Ilithye, fruit de ses amours légitimes avec Zeus,  de rester sur l’Olympe pour empêcher les petits de naître. Finalement, après neuf nuits de contractions, l’une des vieilles déesses achète les services d’Ilithye en lui offrant un collier d’ambre. Ilithye vole jusqu’à Léto, le dieu marin Poséïdon fait se lever au dessus de leurs têtes une gigantesque vague protectrice et les jumeaux naissent, Apollon, puis Artémis, tous deux armés d’un arc et de flèches d’or, tous deux bruyants, faisant trembler le sol sous leurs pieds.

 

 

Voici ce que dit l’Hymne homérique à Artémis :« Je chante la bruyante Artémis aux flèches d’or, la vierge vénérée, l’Archère qui de ses traits frappe les cerfs,la déesse au cœur vaillant qui se lance de tous côtés, et sème la mort parmi la race des bêtes sauvages… »  Est-ce à cause des souffrances infinies de sa mère ? La  sauvage Artémis n’est bienveillante que dans  trois  cas de figure, toujours avec les filles. Avec les gars, jamais.  Le premier cas de figure est le moment fragile où les petites filles ont leurs premières règles : alors, elles dansent comme des oursonnes dans un sanctuaire d’Artémis, car le sang menstruel échappe à la raison.  La deuxième fois, c’est juste avant le mariage : les jeunes filles viennent déposer là leurs jouets et leurs ceintures qui ne serviront plus. Et la troisième fois, c’est pour leurs accouchements. Pour qu’aucune parturiente ne souffre les douleurs de Léto, sa fille Artémis soutient les femmes en travail. Trois moments de bascule dans la vie d’une fille, tous les trois liées à la reproduction. Ce n’est pas le moindre paradoxe de la sauvage Artémis que d’être, elle , la vierge absolue, préposée aux poussées d’accouchement.

 

 

Pas une once de bonté ? J’ai dit cela, mais j’ai exagéré. Artémis, qui exigea du roi Agamemnon qu’il tranche le cou de sa fille Iphigénie, fut assez bonne pour la remplacer, au dernier moment, par une biche. Bonne, mais pas trop tout de même !

 

Transportée en Tauride, en Asie mineure, Iphigénie devient prêtresse d’Artémis, préposée à l’égorgement de tout étranger débarquant sur le rivage. Il fallut tout le courage d’Iphigénie pour ne pas égorger son frère Oreste, et pour décamper de Tauride en emportant la statue de sa cruelle patronne.

 

 

jeudi, 18 août 2016

Aimez-vous le vert ?


Michel Pastoureau : directeur d'études au Cnrs et à l'Ehess

" Vert, histoire d'une couleur "

a 0.jpg

          Le livre de Michel Pastoureau retrace la longue histoire sociale, artistique et symbolique du vert dans les sociétés européennes, de la Grèce antique jusqu’à nos jours. Il souligne combien cette couleur qui a longtemps été difficile à fabriquer, et plus encore à fixer, n’est pas seulement celle de la végétation, mais aussi et surtout celle du Destin. Chimiquement instable, le vert a symboliquement été associé à tout ce qui était instable: l’enfance, l’amour, la chance, le jeu, le hasard, l’argent.

 

 

 

 Ce n’est qu’à l’époque romantique qu’il est définitivement devenu la couleur de la nature, puis celle de la santé, de l’hygiène et enfin de l’écologie. Aujourd’hui, l’Occident lui confie l’impossible mission de sauver la planète.

 

vert-eau.jpg

Aimez-vous le vert ? A cette question les réponses sont partagées. En Europe, une personne sur six environ a le vert pour couleur préférée ; mais il s'en trouve presque autant pour détester le vert, tant chez les hommes que chez les femmes. Les vert est une couleur ambivalente, sinon ambiguë : symbole de vie, de sève, de chance et d'espérance d'un côté, il est de l'autre associé au poison, au malheur, au Diable et à ses créatures. Le livre de Michel Pastoureau retrace la longue histoire sociale, artistique et symbolique du vert dans les sociétés européennes, de la Grève antique jusqu'à nos jours. Il souligne combien cette couleur  qui a longtemps été difficile à fabriquer, et plus encore à fixer, n'est pas seulement celle de la végétation, mais aussi et surtout celle du Destin. Chimiquement instable, le vert a symboliquement été associé à tout ce qui était instable : l'enfance, l'amour, la chance, le jeu, le hasard, l'argent. Ce n'est qu'à l'époque romantique qu'il est devenu définitivement la couleur de la nature, puis celle de la santé et de l'hygiène et enfin de l'écologie. Aujourd'hui, l'Occident lui confie l'impossible mission de sauver la planète.
- Quatrième de couverture

samedi, 30 juillet 2016

L'ART DES RÊVES ÉVEILLÉS : MAN RAY

 

Fantasme, rêve, mode...

Man Ray a exploré beaucoup de domaines de la photographie.

 

 

 

" Pour moi, il n'y a pas de différence entre le rêve et la réalité. Je ne sais jamais si ce que je fais est le produit du rêve ou de l'éveil. " - Man Ray

 

 

 

 


https://soundcloud.com/ifm-paris/man-ray



 

 

Le photographe Luc Quelin présente la vie et l'oeuvre de Man Ray (1890-1976).
Ce précurseur de la photographie moderne est né à Philadelphie, mais il a vécu à Paris à partir de 1921. D'abord dessinateur dans une agence de publicité, il voulait être peintre mais il a découvert la photographie qu'il a contribué à élever au niveau d'un grand art.
Luc Quelin raconte l'amitié de Man Ray avec Marcel Duchamp, Paul Poiret, Berenice Abbott, Kiki de Montparnasse, André Breton..., ses débuts dans le mouvement dada, son atelier de la rue Campagne-Première, l'Hôtel Istria, son influence sur les grands photographes de mode comme Guy Bourdin...
Il analyse quelques-une des photographies les plus célèbres de Man Ray : "Le violon d'Ingres" en particulier (1924), mais aussi les différentes versions des compositions avec Kiki de Montparnasse (le visage allongé au masque africain, les larmes de verre, etc.), qui continuent à marquer notre imaginaire aujourd'hui.

 

 

- Man Ray auto-portrait avec la lampe 1934

 

 

mardi, 19 juillet 2016

"Le peuple des nains" raconté par le psychanalyste René Diatkine

 

passer.jpg

 

En 1987, l'émission "Les chemins de la connaissance" consacrait une série au "peuple des nains". Dans le premier épisode, le psychanalyste René Diatike analysait leur signification dans les contes et dans l'imaginaire des enfants.

 

 

 

 

"Le Peuple des nains " est une série qui s’attachait à analyser la présence des nains dans l'imaginaire mythologique et dans l'Histoire.

 

 

 

 

 

Les contes, la mythologie, les rêves sont parfois hantés par des créatures qui marquent la limite de la mesure humaine avec des personnages hybrides, problématiques, insolites. Les langues ont toutes sortes de noms pour désigner ces petits personnages imaginaires. On rencontre ainsi dans le folklore : des nains, des gnomes, des lutins, des farfadets,...

 

 

 

René Diatkine explique la signification que prend la figure des nains dans le psychisme, il donne l’exemple du conte Blanche Neige . Dans ce conte de Grimm, les nains nous donnent des indications sur l’espace et le temps de la maturation. Ainsi, le temps passé avec les sept nains est un temps de passage entre l’enfance et l’âge adulte pour Blanche Neige.

 

 

 

 

vendredi, 08 juillet 2016

Les mystères de la licorne

 

 

La Dame à la licorne

 

Place au portrait d’un animal imaginaire, qui occupe une place tout à fait à part au sein des créatures merveilleuses.

 

 

 

Michel Pastoureau nous conte l’histoire d’une créature dont nous n’avons pas fini de percer le mystère : la licorne.

Grand spécialiste de l’histoire des animaux, des couleurs et de l’héraldique, fin connaisseur des mythologies et de la symbolique qui entourent les bêtes de toute nature, qu’elles soient réelles ou imaginaires, s’apprête à publier, un ouvrage sur le sujet. 

 

 

- Lecture d’un extrait du Journal d’un voyageur pendant la guerre de 1870 de Georges SAND, sur France culture le 24 avril 1979.

- Lecture du poème La Licorne de Rainer Maria RILKE, extrait des Sonnets à Orphée parus en 1922, lu par le poète Robert SABATIER, dans le cadre de l’émission Le livre de chevet sur France culture, le 30 août 1967.

- Lecture d’un extrait de Le livre du trésor de Brunetti LATINI (XIIIe siècle), par Catherine LABORDE, dans le cadre de l’émission Le cabinet des curiosités, sur France culture le 24 février 1998.

- Interview de Salvador DALI dans le cadre de l’émission télévisée Gros plan, réalisée par Pierre CARDINAL, le 30 septembre 1961.

- Lecture d’un texte du Père Jérôme LOBO (1593-1678), dans le cadre de l’émission L’échappée belle sur France culture, le 7 juin 1985.  

- Interview de la romancière et essayiste Yvonne CAROUTCH, dans le cadre de l’émission L’échappée belle sur France culture, le 7 juin 1985. 

 

 

 

 

Les sonnets à Orphée (la Licorne) 

 

 

Oh ! C'est elle, la bête qui n'existe pas.

Eux, ils n'en savaient rien, et de toutes façons

- son allure et son port, son col et même la lumière

calme de son regard - ils l'ont aimée.

 

Elle, c'est vrai, n'existait point. Mais parce qu'ils l'aimaient

bête pure, elle fut. Toujours ils lui laissaient l'espace.

Et dans ce clair espace épargné, doucement,

Elle leva la tête, ayant à peine besoin d'être.

 

Ce ne fut pas de grain qu'ils la nourrirent, mais

rien que toujours, de la possibilité d'être.

Et cela lui donna, à elle, tant de force,

 

Qu'elle s'en fit une corne à son front. L'unicorne.

Et puis s'en vint de là, blanche, vers une vierge,

Et fut dans le miroir d'argent, et puis en elle.

- Rainer Maria Rilke

 

 

 

 

« La bête la plus sauvage de l’Inde est le monoceros ; il a le corps du cheval, la tête du cerf, les pieds de l’éléphant, la queue du sanglier ; un mugissement grave, une seule corne noire haute de deux coudées qui se dresse au milieu du front. On dit qu’on ne le prend pas vivant. »

 Pline l'Ancien, Histoire naturelle, livre VIII, chapitre XXXI

 

 

 

dimanche, 19 juin 2016

Bachelard : le corps des larmes

 

L’eau et les rêves de Gaston Bachelard n’est ni un récit, ni un roman, ni un essai, ni même un long poème, mais une étude qui, aussi musicale que silencieuse, combine à merveille ces quatre éléments.

Le poète y trouvera un souffle, l’amateur un réconfort, le scientifique un répit, le philosophe une source vive.

Bonjour à tous, bienvenue chez Gaston Bachelard, dans l’âtre et les divagations d’une philosophie de la meilleure eau.

 

 

Gaston Bachelard en 1965

 

 

bachelard0.jpg

" Au temps où j’écoutais mûrir les mirabelles, je voyais le soleil caresser tous les fruits, dorer toutes les rondeurs, polir toutes les richesses. Le vert ruisseau, dans sa légère cascade, ébranlait les cloches de l’ancolie. Un son bleu s’envolait. La grappe des fleurs lançait sans fin des trilles dans le ciel bleu. "

 

 

samedi, 14 mai 2016

Fanny Déchanet-Platz : " L'écrivain, le sommeil et les rêves "

 

 

 

 

L'auteur nous invite à passer par toutes les étapes d'une nuit réelle: endormissement, sommeil profond, rêves, réveil, et aussi, les " guets-apens" de l'insomnie, le somnambulisme, les rêves traumatiques,... ceci à travers les écrivains ( entre 1800 et 1945 ). Entrons dans le monde inconscient et poétique du sommeil, et la " composition symbolique " du rêve, grâce à Balzac, Valéry, Proust et son Albertine, Nodier, les surréalistes, Yourcenar,... et bien d'autres.

De page en page, rêve faisant, notre intérêt grandit avec plaisir.

 

 

Propos recueillis par Aurélie Djian :

En lisant La Prisonnière de Marcel Proust, Fanny Dechanet-Platz, agrégée de lettres et professeur à Grenoble, s'est arrêtée sur les pages consacrées au sommeil d'Albertine. Surgit alors l'envie d'en savoir plus sur le sommeil. C'est le commencement d'une thèse de littérature à plusieurs voix, L'Écrivain, le sommeil et les rêves, au parti pris pluridisciplinaire : pour comprendre les différents types de sommeil (lent et paradoxal), leurs degrés de profondeur et leurs correspondances littéraires, l'auteur s'est tournée vers la recherche en neurophysiologie (notamment vers les travaux de Michel Jouvet et la rencontre de Lucile Garma, neuropsychiatre, psychanalyste et spécialiste du sommeil à la Salpêtrière).

 

La publication de L'Interprétation des rêves de Freud en 1899 est le pivot de cette étude, qui porte sur la période 1800-1945. On découvre notamment comment Proust, contemporain de Freud mais ignorant sa méthode, parvient à décrire très précisément le parcours du dormeur, les variations de profondeur du sommeil ("Alors, sur le char du sommeil, on descend dans les profondeurs où le souvenir ne peut plus le rejoindre et en deçà desquelles l'esprit a été obligé de rebrousser chemin..."), ou encore les "rêves de commodité" qui interviennent juste avant le réveil et s'arrangent des stimuli extérieurs, fonctionnant ainsi comme des "gardiens du sommeil".

 

L'argumentation suit, phase après phase, la "logique interne du sommeil" (endormissement, sommeil, réveil) et progresse selon des allers-retours passionnants entre sommeil littéraire et clinique du sommeil.

 

 

 

 Entretien :

 

Vous dressez une phénoménologie du sommeil qui consiste d'abord à observer le dormeur, en prêtant une attention particulière aux marges du sommeil. Pourquoi ?

 

Parler de son sommeil, c'est parler de ce dont on se souvient. Le regard est surtout rétrospectif. On pense immédiatement aux souvenirs de rêves, mais les auteurs sont aussi fascinés par l'autre sommeil, celui où l'on ne rêve pas (ou très peu) : le "sommeil lent".

Leur fascination s'accroche inévitablement aux phénomènes qu'ils ont gardés en mémoire, les plus proches du seuil de la vigilance : c'est pourquoi le demi-sommeil chez Bosco, le réveil chez Fargue, les insomnies chez Corbière et Proust, et le sursaut après un cauchemar sont plus présents en effet que le plein sommeil, très profond et sans image, inaccessible à la mémoire et que l'on ne peut qu'imaginer.

 

Pour quelles raisons insistez-vous tant sur l'analogie entre le "travail du rêve" tel qu'il a été décrit par Freud et l'art du roman ?

 

Je veux d'abord dire que cette analogie s'est clairement manifestée dans certains textes ; mon intention n'était pas du tout de "psychanalyser" le sommeil littéraire. Cela dit, j'ai été frappée par l'étude de Freud sur la Gradiva de Jensen, où il explique que l'écrivain, sans être particulièrement au fait des mécanismes de l'inconscient, en a finalement l'intuition, par la qualité de son introspection.

Il est étonnant de lire chez Proust, sans que jamais Freud ne soit mentionné (vraisemblablement, Freud ne connaissait pas Proust non plus), des comparaisons entre le travail du rêve et celui du romancier, notamment dans la distribution de sa personnalité en plusieurs personnages. Le procédé de dramatisation qu'évoque Freud (c'est-à-dire transformer une pensée en une situation) appelle l'idée de mise en scène, de même que les "masques" que revêtent certains personnages. On passe du roman au théâtre, mais c'est le même processus. Le rôle important des symboles dans les rêves fait aussi penser au texte littéraire où tout peut faire signe.

 

Vous mettez en scène dans votre livre la figure d'un dormeur littéraire. Est-ce une manière de mettre sur le même plan expérience littéraire et expérience réelle, mêlant ainsi les différents dormeurs possibles ?

 

Absolument. Les textes que je lisais me donnaient la sensation que beaucoup de descriptions de sommeils, de récits de rêves n'étaient pas "fabriqués" artificiellement pour "faire onirique" ou grossir les traits du dormeur. J'y croyais parce que cela ressemble à mon sommeil...

Il m'a donc semblé que l'on ne parle du sommeil et du rêve qu'en référence à sa propre expérience. C'est pourquoi j'ai voulu mettre le dormeur au coeur de l'étude, plutôt que de choisir un plan chronologique qui déroulerait les représentations du sommeil du romantisme à la seconde guerre mondiale.

En mettant sur le même plan tous ces dormeurs de la littérature, sans distinction d'époque ou de genre, on arrive à la création d'un dormeur fictif qui incarne le paradoxe d'un sommeil à la fois intime, individuel, mais aussi universel. Individuel parce que personne ne pourra jamais dormir à notre place, universel parce que nous sommes tous concernés par cette expérience quotidienne.

Même si mon analyse porte sur des oeuvres, je reviens en effet sans cesse à notre expérience courante du sommeil et du rêve, parce que ces phénomènes touchent chacun intimement. Associer les dormeurs que nous sommes aux dormeurs littéraires, c'est renforcer l'image d'un sommeil cosmique, qui touche toute chose. J'aime beaucoup cette image parce qu'elle rend vraiment sensible la forme de communion de l'endormissement qui nous emporte tous, chaque soir, à peu près en même temps, sans qu'on le réalise.

 

jeudi, 28 avril 2016

Carl Gustav Jung : 1959 - dernière interview 2 ans avant sa mort

 

freud t jung au bain truc 1907.jpg

Jung et Freud

 

Un document exceptionnel

 

 

Jung reçoit un journaliste de la BBC chez lui et parle de son enfance, de sa carrière, de sa relation à Freud, de ses compréhensions de la psyché humaine.

 

mercredi, 20 avril 2016

Les déesses vierges : La vierge féroce à la tête coupée

 

 

par Catherine Clément

 

 

La déesse Kâli est vénérée dans toute l’Inde, mais plus particulièrement au Bengale. Fille de la colère des dieux, Kâli est repoussante. Elle a les cheveux hérissés sur le crâne, des yeux exorbités, une énorme langue tirée, un collier de têtes décapitées au cou,  une charmante jupette faite de bras coupés, elle tient par les cheveux une tête tranchée et chacun de ses bras tient une arme aiguisée. Pour le reste, elle est nue et tremble de tous ses membres tant elle est furieuse. C’est qu’elle doit faire peur. A qui ? Au démon-buffle. Impossible à tuer, celui-là, car chacune de ses gouttes de sang engendre aussitôt  un autre démon-buffle.

 

Les dieux s’étaient réunis pour engendrer Dourga, qui chevauchait un lion et faisait déjà peur, mais Dourga n’avait pas réussi. Alors, la fille de tous les dieux s’était concentré puissamment et avait fait naître de son énergie cette vierge féroce qui s’appelait Kâli, ce qui veut dire La Noire. Voilà, c’est fait. Le démon-buffle se retrouve nez à nez avec La Noire toute nue couverte de jambes humaines. Que va-t-il se passer ?

Pas grand chose de neuf. Kâli décapite le démon, un autre surgit à côté, un autre encore. Ce n’est pas suffisant. Alors, pour le dernier acte, Kâli a une idée. Elle fait naître deux autres Kâli et d’une main, elle se coupe la tête. De l’autre main, elle recueille sur sa paume sa propre tête coupée dont la bouche ouverte boit le sang qui jaillit. Oui, je sais, on a du mal à se représenter une fille décapitée dont la bouche, appuyée sur la paume de sa main, boit son propre sang. Et le reste du sang ? Les deux Kâli annexes s’en abreuvent. Kâli a trouvé la recette.

Elle change de nom, s’appelle Chinnamasta, et se met en devoir de se trancher la tête non pas une fois, mais plusieurs fois.

 

Se décapitant à mesure qu’elle fait naître des avatars d’elle-même, elle ouvre autant de bouches que nécessaires pour avaler tout le sang du démon-buffle. C’est fini. La transe s’achève.

Car la colère de Kâli était bel et bien une transe, hérissant les cheveux, et étirant la langue. La langue exagérément longue est un truc des yogis qui, peu à peu, chaque jour, se tranchent le frein, ce petit muscle qui relie la langue à la bouche, jusqu’à ce que la langue puisse toucher le bout du nez. Pourquoi ? Pour se suicider en s’étouffant. Quoi, il y aurait de la pulsion de mort là-dedans ? Oh oui ! La preuve, c’est que Kâli à la tête coupée piétine dans sa fureur un couple en plein accouplement : c’est le dieu de l’amour, Kama, et son épouse Rati. Eros et Thanatos, aurait dit Sigmund Freud.

Ce n’est déjà pas mal, mais il y a encore mieux. Avant de se transformer en Chinnamasta la victorieuse, Kâli piétine le corps très blanc d’un dieu. C’est Shiva, l’un de ses grand-pères. Comment fait cette fille en transe pour piétiner ainsi le plus puissant des dieux ? Eh bien, il paraît qu’elle ne l’a pas fait exprès et que, dans sa colère, elle n’a pas vu le corps qu’elle piétinait. De honte, elle aurait tiré sa longue langue de yogini, féminin de yogi. C’est une histoire sympathique, mais je ne vois pas comment une fille en colère aurait pu éprouver la honte au lieu de s’occuper vite fait du démon-buffle.

mardi, 29 mars 2016

La baleine : fragile héritage

 

L'historien Michel Pastoureau raconte l'histoire de la baleine,replacée dans la longue durée des rêves, des stupéfactions, des concupiscences que les hommes ont éprouvées en face de ce mammifère prodigieux.

 

 

 

 

 

Nul ne peut être exempt de quelque émotion à apprendre que parmi les ravages que les humains infligent à la zoodiversité, ce très impressionnant cétacé a été mis en péril par la chasse dévergondée qui en a été faite et l’est peut-être encore. Dans le livre de François Garde intitulé La Baleine dans tous ses états, je relève ce propos qui nous touche : « Le destin des cétacés nous conduit à une sourde nostalgie. Nous savons vaguement que jusqu’au milieu du XXe siècle la chasse a menacé la survie des espèces. Le choc entre la sérénité que nous leur prêtons et la violence de cette chasse nous heurte de plein fouet. Il nous renvoie à nos contradictions, nos lâchetés, nos échecs dans notre relation avec la nature. »       

 

 

Michel Pastoureau nous parle de la baleine, replacée dans la longue durée des rêves, des stupéfactions, des concupiscences que les hommes ont éprouvées en face de ce mammifère prodigieux.  Michel Pastoureau sait éclairer de sa science multiforme les messages que nous apportent les couleurs, les plantes, les animaux et leur prégnance d’âge en âge, parmi les émotions collectives – avec parfois l’effort d’un sang froid. Aujourd’hui, en face de nous deux : la baleine. Jean-Noël Jeanneney

 

 « La pêche à la baleine »

poème de Jacques Prévert

 

À la pêche à la baleine, à la pêche à la baleine,
Disait le père d'une voix courroucée
À son fils Prosper, sous l'armoire allongé,
À la pêche à la baleine, à la pêche à la baleine,
Tu ne veux pas aller,
Et pourquoi donc ?
Et pourquoi donc que j'irais pêcher une bête
Qui ne m'a rien fait, papa,
Va la pêpé, va la pêcher toi-même,
Puisque ça te plaît,
J'aime mieux rester à la maison avec ma pauvre mère
Et le cousin Gaston.
Alors dans sa baleinière le père tout seul s'en est allé
Sur la mer démontée...
Voilà le père sur la mer,
Voilà le fils à la maison,
Voilà la baleine en colère,
Et voilà le cousin Gaston qui renverse la soupière,
La soupière au bouillon.
La mer était mauvaise,
La soupe était bonne.
Et voilà sur sa chaise Prosper qui se désole :
À la pêche à la baleine, je ne suis pas allé,
Et pourquoi donc que j'y ai pas été ?
Peut-être qu'on l'aurait attrapée,
Alors j'aurais pu en manger.
Mais voilà la porte qui s'ouvre, et ruisselant d'eau
Le père apparaît hors d'haleine,
Tenant la baleine sur son dos.
Il jette l'animal sur la table, une belle baleine aux yeux
bleus,
Une bête comme on en voit peu,
Et dit d'une voix lamentable :
Dépêchez-vous de la dépecer,
J'ai faim, j'ai soif, je veux manger.
Mais voilà Prosper qui se lève,
Regardant son père dans le blanc des yeux,
Dans le blanc des yeux bleus de son père,
Bleus comme ceux de la baleine aux yeux bleus :
Et pourquoi donc je dépècerais une pauvre bête qui m'a
rien fait ?
Tant pis, j'abandonne ma part.
Puis il jette le couteau par terre,
Mais la baleine s'en empare, et se précipitant sur le père
Elle le transperce de père en part.
Ah, ah, dit le cousin Gaston,
On me rappelle la chasse, la chasse aux papillons.
Et voilà
Voilà Prosper qui prépare les faire-part,
La mère qui prend le deuil de son pauvre mari
Et la baleine, la larme à l'oeil contemplant le foyer détruit.
Soudain elle s'écrie :
Et pourquoi donc j'ai tué ce pauvre imbécile,
Maintenant les autres vont me pourchasser en moto-godille
Et puis ils vont exterminer toute ma petite famille.
Alors éclatant d'un rire inquiétant,
Elle se dirige vers la porte et dit
À la veuve en passant :
Madame, si quelqu'un vient me demander,
Soyez aimable et répondez :
La baleine est sortie,
Asseyez-vous,
Attendez là,
Dans une quinzaine d'années, sans doute elle reviendra...

 

 

 Face à nous  : la baleine. Jean-Noël Jeanneney

 

 

vendredi, 08 janvier 2016

Les enfants prodigieux : Jésus

 

Il n’est pas si fréquent que les dieux aient une enfance. Souvent, ils naissent adultes, comme Athéna, Shiva ou les grandes déesses mères hindoues qui surgissent portant chacune une arme dans leurs quatre ou huit bras.  Mais lorsqu’on a des informations sur leur petite enfance, c’est presque toujours parce qu’ils sont cachés, comme le petit Zeus allaité par une chèvre nourricière. Quelquefois, les dieux à l’état d’enfance manifestent leur divinité par des prodiges signalant qu’ils ont un bel avenir. Or curieusement, dans les Évangiles, on ne sait presque rien de l’enfance de Jésus. Par exemple, dans saint Luc, voici ce que l’on trouve : «  L’enfant grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui. »

 

Ce n’est pas gras. Ensuite, rien jusqu’à l’âge de douze ans. Pour la fête de la Pâque, la sainte famille monte en groupe au temple de Jérusalem, mais quand Joseph et Marie repartirent avec leurs amis, plus de Jésus. Ils ne le retrouvèrent que trois jours plus tard en remontant au temple, où Jésus discutait brillamment des textes sacrés avec les maîtres, à leur grande stupéfaction. Marie admoneste son fils, ton père et moi nous te cherchions avec angoisse ! Et la réponse fuse, cinglante : «  Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je m’occupe des affaires de mon Père ? ». C’est le premier signe de l’autonomie du jeune dieu.

 Parmi les Évangiles  non retenus, ceux qu’on appelle « apocryphes » et qui commentent les Évangiles canoniques, l’Évangile du Pseudo-Thomas, dit aussi Histoire de l’enfance de Jésus, raconte toutes sortes de belles choses. L’enfant Jésus maudit les méchants, aide sa mère dans son travail de ménagère, ressuscite les morts, et connaît déjà

 

 

la Thora. Le texte est du IVème siècle. Le Coran, lui, aurait été révélé au VIIème siècle, et il en contient bien davantage sur la petite enfance de Jésus, reconnu comme prophète né d’une vierge mère, mais pas comme Messie sacrifié pour la rédemption de l’humanité.

Au vrai, ce n’est pas même l’enfant dont il est question, mais du nouveau-né Jésus, Issa en arabe. Sa mère accouche seule en se cramponnant à un palmier, et quand l’enfant est né, elle se lamente : « Si seulement j’étais morte ! »

Ce sont paroles fortes, des mots sacrilèges. Le nourrisson s’adresse à sa mère assez sévèrement : «  Ne pleure pas ! Ton Seigneur a mis à tes pieds un ruisseau. Secoue le palmier, il en tombera des dattes fraîches et mûre. Mange et bois, sèche tes larmes. Quand tu croiseras un humain, dis-lui que tu voues au Seigneur un jeûne et que tu ne parleras plus de ce jour à aucun homme. »

 

 

 

Maryam va présenter le bébé à sa famille sans un mot. Ils s’indignent. Et le nourrisson leur administre une vraie leçon de théologie : «  Je suis le serviteur d’Allah, il m’a donné l’écriture et il m’a fait prophète ! Il m’a béni où que je sois et m’a recommandé la prière et l’aumône tant que je resterai vivant, ainsi que la bonté envers ma mère. Que le salut soit sur moi le jour où je naquis, le jour où je mourrai et le jour où je serai rappelé vivant ! »

En clair, le bébé Issa, fils de Maryam et de l’Esprit envoyé par Allah, se bénit lui-même. C’était son premier jour.

 

a 11.jpg

 

 

 

Plus tard, disons vers cinq ans, il sculpte pour ses copains des oiseaux en argile, leur souffle dessus et les oiseaux s’envolent. Et reprenant les belles légendes des Évangiles apocryphes, le bébé prophète ressuscite les morts, guérit les aveugles de naissance avec la permission d’Allah.

 

 

 

 

 

 

 

 

 Des nouveaux-nés qui parlent dès leur premier jour, il y en a très peu dans les mythologies. étonnamment, l’enfant Jésus dans le Coran surpasse en puissance l’enfant Jésus des évangiles.

 

mercredi, 16 décembre 2015

Les procréations assistées : La déesse fait un enfant toute seule

 

par Catherine Clément

 

 

« Vous serez comme des dieux, » dit le serpent de la Genèse à Eve, la première femme, en lui vantant les pouvoirs du fruit défendu. Bien dit, ô serpent tentateur ! Car avant le dieu unique, les dieux des polythéismes avaient anticipé les puissants pouvoirs magiques de la connaissance. Tenez, prenons les procréations médicalement assistées qui font tant débat aujourd’hui dans nos contrées. Où trouve-t-on les plus anciens modèles ? En Grèce antique et en Inde. Sans le concours d’un mâle ? C’est ce que fait la déesse Parvati un jour qu’elle s’est fâchée contre son mari, le terrible dieu Shiva.

 

 

Parvati n’a pas toujours été déesse. Parce qu’un démon ravageait le monde, les dieux eurent l’idée d’obtenir un  puissant  fils de Shiva. Shiva était veuf. Pour le sortir de son deuil, ils firent appel à Parvati. Longtemps, elle  resta en prières au milieu d’une forêt, tellement immobile que son corps se couvrit de lianes. Voyant cela, le dieu la divinisa et en fit sa seconde épouse, inaugurant leur mariage par un accouplement de dix mille ans. Il faut dire que Shiva étant le patron des yogis savait comment se retenir.

 

Pourquoi l’épouse docile se fâcha-t-elle un jour ? Une fureur partagée, Shiva quitta les lieux. Pour se venger, Parvati roula dans le creux de sa main un rouleau de saletés dont elle fit un enfant. Les pieux hindous parlent d’un rouleau de crasse semblable à celui qui s’enlève après un bain très chaud avec un gant de crin. Mais le plus probable est que ces saletés n’étaient autres que du sang menstruel, nettement plus en rapport avec une fécondation sans sperme masculin- il faut préciser car en Inde, dans les pratiques des Tantra, il existe un sperme féminin.

Parvati fait donc un enfant toute seule, en modelant un corps dans des caillots de sang. L’enfant ainsi conçu  est petit mais baraqué, doté d’une force incroyable. Parvati lui donne le nom de Ganesh et le place devant la porte de sa chambre, avec ordre de barrer le chemin à quiconque essaiera d’entrer. Lorsque Shiva revient, le petit né sans père l’attaque et le met par terre. C’est inimaginable ! Un fils né de sa femme, sans lui, et qui le renverse !

La suite est connue. Shiva décapite l’enfant importun, mais devant le chagrin de sa femme, il promet de le ressusciter en posant sur le petit cou la tête du premier vivant qu’ils verront ensemble. Ce  sera est un éléphanteau. Bon prince, Shiva reconnaîtra le dieu éléphanteau comme son fils.

 

a 0.jpg

 

Ce qui est moins connu, c’est ce qui arriva à la fin de la lune de miel interminable. S’accoupler, c’est bien, mais dix mille ans, c’est trop. Les dieux, qui voulaient toujours un enfant de Shiva, envoyèrent pour le faire éjaculer Kama, dieu de l’amour, mais Shiva le réduisit en cendres avec son troisième œil, celui de la méditation situé au milieu du front. C’est donc à Parvati que revint la mission d’un coup de rein qui la fit se dégager du coït infini.

Le sperme de Shiva jaillit, brûlant, et tomba dans le Gange. Un autre enfant naquit, un nourrisson sans mère. Il a six têtes, c’est un guerrier qu’on appelle le Garçon, ou bien Celui né du sperme, ou bien encore, Six têtes. Il tua le démon. Parvati l’adopta. La famille de Shiva se compose donc de deux fils, un  enfant d’éléphant conçu sans père et un  brave à six têtes conçu sans mère. C’est, selon les Hindous, la famille idéale.