dimanche, 09 juillet 2017

Le cerveau source de sentiments

 

Les affects précèdent-ils l’acte de penser ou bien la pensée suscite-t-elle les émotions ?

 

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Jean-Didier Vincent n’oppose pas la psychanalyse à la méditation, voire la prière, à la compréhension biologique du fonctionnement du cerveau. Il s’exprime sur les adjuvants au fonctionnement cérébral ouvrant la porte d’augmentation des capacités cérébrales, stade cher aux transhumanistes.

Qu’en pense notre invité ?

 

 

Le cerveau travaille tout le temps, nous dit Jean-Didier Vincent, ancien directeur de l’Institut de neurobiologie de Gif-sur-Yvette, professeur de neuroendocrinologie et membre de l'Académie des Sciences.

Auteur de nombreux livres depuis Biologie des passions, en passant par Biologie du couple, Le Cerveau expliqué à mon petit-fils, une dizaine d’ouvrages ont été publiés par Jean-Didier Vincent.

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L’homme a une vision biologisante des émotions par les neurotransmetteurs. Une constatation, le cerveau est le premier organe sexuel…

 

 
Biologie des passions
Biologie des passions
Biologie des passions
Biologie des passions
Biologie des passions
Biologie du couple

Biologie du couple
Biologie du couple
Biologie du couple

 


Le cerveau expliqué à mon petit-fils
Le cerveau expliqué à mon petit-fils
Le cerveau expliqué à mon petit-fils

 

 

lundi, 13 mars 2017

Freud-Averroès: l’inquiétante étrangeté de l’âme

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 Averroès

 

Le moi intime de l'homme est aussi ce qui lui est le plus étranger.

Et si Averroès, démon des Scolastiques, suspect idéal de la philosophie, était le premier théoricien de l'inconscient ?

D'Averroès à Rimbaud en passant par Freud, retour sur l'inquiétante étrangeté de l'âme avec Jean-Baptiste Brenet

 

 " L'âme ne pense pas sans images "

TEXTES

  • Averroès, L’intelligence et la pensée, Grand commentaire sur De l’âme d’Aristote

  • Sigmund FREUD, L’Inquiétante étrangeté et autres essais, " Une difficulté de la psychanalyse"

  • Averroès, Résumé du traité du sens et du sensible, in Compendia librorum Aristotelis qui Parva Naturalia vocantur p.39

  • Arthur Rimbaud, Lettre du Voyant, à Paul Demeny, 15 mai 1871, in Poésies complètes

EXTRAITS

  • Le Destin (arabe : Al-Massir, film égyptien) Youssef Chahine, 1997

  • La Maison du Docteur Edwardes, Alfred Hitchcock, 1945

  • Archive:Jacques Lacan, Analyse spectrale de l'Occident

 

 

Intervenants : Jean-Baptiste Brenet :

médiéviste, professeur de philosophie arabe à l'université de Paris 1-Panthéon Sorbonne.

 

 

 

 

 

samedi, 14 mai 2016

Fanny Déchanet-Platz : " L'écrivain, le sommeil et les rêves "

 

 

 

 

L'auteur nous invite à passer par toutes les étapes d'une nuit réelle: endormissement, sommeil profond, rêves, réveil, et aussi, les " guets-apens" de l'insomnie, le somnambulisme, les rêves traumatiques,... ceci à travers les écrivains ( entre 1800 et 1945 ). Entrons dans le monde inconscient et poétique du sommeil, et la " composition symbolique " du rêve, grâce à Balzac, Valéry, Proust et son Albertine, Nodier, les surréalistes, Yourcenar,... et bien d'autres.

De page en page, rêve faisant, notre intérêt grandit avec plaisir.

 

 

Propos recueillis par Aurélie Djian :

En lisant La Prisonnière de Marcel Proust, Fanny Dechanet-Platz, agrégée de lettres et professeur à Grenoble, s'est arrêtée sur les pages consacrées au sommeil d'Albertine. Surgit alors l'envie d'en savoir plus sur le sommeil. C'est le commencement d'une thèse de littérature à plusieurs voix, L'Écrivain, le sommeil et les rêves, au parti pris pluridisciplinaire : pour comprendre les différents types de sommeil (lent et paradoxal), leurs degrés de profondeur et leurs correspondances littéraires, l'auteur s'est tournée vers la recherche en neurophysiologie (notamment vers les travaux de Michel Jouvet et la rencontre de Lucile Garma, neuropsychiatre, psychanalyste et spécialiste du sommeil à la Salpêtrière).

 

La publication de L'Interprétation des rêves de Freud en 1899 est le pivot de cette étude, qui porte sur la période 1800-1945. On découvre notamment comment Proust, contemporain de Freud mais ignorant sa méthode, parvient à décrire très précisément le parcours du dormeur, les variations de profondeur du sommeil ("Alors, sur le char du sommeil, on descend dans les profondeurs où le souvenir ne peut plus le rejoindre et en deçà desquelles l'esprit a été obligé de rebrousser chemin..."), ou encore les "rêves de commodité" qui interviennent juste avant le réveil et s'arrangent des stimuli extérieurs, fonctionnant ainsi comme des "gardiens du sommeil".

 

L'argumentation suit, phase après phase, la "logique interne du sommeil" (endormissement, sommeil, réveil) et progresse selon des allers-retours passionnants entre sommeil littéraire et clinique du sommeil.

 

 

 

 Entretien :

 

Vous dressez une phénoménologie du sommeil qui consiste d'abord à observer le dormeur, en prêtant une attention particulière aux marges du sommeil. Pourquoi ?

 

Parler de son sommeil, c'est parler de ce dont on se souvient. Le regard est surtout rétrospectif. On pense immédiatement aux souvenirs de rêves, mais les auteurs sont aussi fascinés par l'autre sommeil, celui où l'on ne rêve pas (ou très peu) : le "sommeil lent".

Leur fascination s'accroche inévitablement aux phénomènes qu'ils ont gardés en mémoire, les plus proches du seuil de la vigilance : c'est pourquoi le demi-sommeil chez Bosco, le réveil chez Fargue, les insomnies chez Corbière et Proust, et le sursaut après un cauchemar sont plus présents en effet que le plein sommeil, très profond et sans image, inaccessible à la mémoire et que l'on ne peut qu'imaginer.

 

Pour quelles raisons insistez-vous tant sur l'analogie entre le "travail du rêve" tel qu'il a été décrit par Freud et l'art du roman ?

 

Je veux d'abord dire que cette analogie s'est clairement manifestée dans certains textes ; mon intention n'était pas du tout de "psychanalyser" le sommeil littéraire. Cela dit, j'ai été frappée par l'étude de Freud sur la Gradiva de Jensen, où il explique que l'écrivain, sans être particulièrement au fait des mécanismes de l'inconscient, en a finalement l'intuition, par la qualité de son introspection.

Il est étonnant de lire chez Proust, sans que jamais Freud ne soit mentionné (vraisemblablement, Freud ne connaissait pas Proust non plus), des comparaisons entre le travail du rêve et celui du romancier, notamment dans la distribution de sa personnalité en plusieurs personnages. Le procédé de dramatisation qu'évoque Freud (c'est-à-dire transformer une pensée en une situation) appelle l'idée de mise en scène, de même que les "masques" que revêtent certains personnages. On passe du roman au théâtre, mais c'est le même processus. Le rôle important des symboles dans les rêves fait aussi penser au texte littéraire où tout peut faire signe.

 

Vous mettez en scène dans votre livre la figure d'un dormeur littéraire. Est-ce une manière de mettre sur le même plan expérience littéraire et expérience réelle, mêlant ainsi les différents dormeurs possibles ?

 

Absolument. Les textes que je lisais me donnaient la sensation que beaucoup de descriptions de sommeils, de récits de rêves n'étaient pas "fabriqués" artificiellement pour "faire onirique" ou grossir les traits du dormeur. J'y croyais parce que cela ressemble à mon sommeil...

Il m'a donc semblé que l'on ne parle du sommeil et du rêve qu'en référence à sa propre expérience. C'est pourquoi j'ai voulu mettre le dormeur au coeur de l'étude, plutôt que de choisir un plan chronologique qui déroulerait les représentations du sommeil du romantisme à la seconde guerre mondiale.

En mettant sur le même plan tous ces dormeurs de la littérature, sans distinction d'époque ou de genre, on arrive à la création d'un dormeur fictif qui incarne le paradoxe d'un sommeil à la fois intime, individuel, mais aussi universel. Individuel parce que personne ne pourra jamais dormir à notre place, universel parce que nous sommes tous concernés par cette expérience quotidienne.

Même si mon analyse porte sur des oeuvres, je reviens en effet sans cesse à notre expérience courante du sommeil et du rêve, parce que ces phénomènes touchent chacun intimement. Associer les dormeurs que nous sommes aux dormeurs littéraires, c'est renforcer l'image d'un sommeil cosmique, qui touche toute chose. J'aime beaucoup cette image parce qu'elle rend vraiment sensible la forme de communion de l'endormissement qui nous emporte tous, chaque soir, à peu près en même temps, sans qu'on le réalise.

 

samedi, 02 avril 2016

Les maux de la psychanalyse : Qu'est-ce qu'un bon psy ?

 

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V. Van Gogh

 

"On arrive à accoucher de quelque chose..., on paie, et on n'a rien en retour."

Est-ce vraiment l'expérience de l'analyse ?

 

 

 

Deux psychanalystes s'interrogent sur leur rôle au sein de l'analyse : faut-il être empathique, participer aux affects des patients, ou une certaine froideur est-elle au contraire de rigueur ?

 

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LECTURES

- Lecture Adèle : Freud, Conseils au médecin dans le traitement psychanalytique, dans Œuvres complètes, volume XI, PUF

- Sándor Ferenczi, Lettre à Sigmund Freud du 15 janvier 1928, dans Correspondance III, trad. André Haynal, Calmann-Lévy, 1996, p.373

- Lecture Adèle : Adam Smith, Théorie des sentiments moraux, 1759, trad. Abbé Blavet, 1774

 

EXTRAITS :

Archives : nos inquiétudes témoigner de la psychanalyse(documentaire réalisé par Judith du Pasquier, Arte, 2003)

Broadway Therapy,film de Peter Bogdanovich, (2013)

 

 

 

Fragments d'une psychanalyse empathique

Devenir soi à deux

« Ce livre parle d'un psychanalyste souriant, empathique et chaleureux. J'étais alors son patient, ou plutôt l'un de ses patients. Cet analyste s'appelait Didier Anzieu. J'y raconte quelques moments forts de mon analyse avec lui, mes questions, nos bonheurs, mes réserves. »

À un moment où beaucoup s'accordent à reconnaître qu'il est indispensable de repenser les bases et la pratique de la psychanalyse, Serge Tisseron témoigne de son expérience du côté du divan. Il met ainsi en lumière le rôle fondamental que joue l'empathie dans cette aventure qui consiste, pour chacun, à devenir soi à deux.

 

«Un psychanalyste apathique, c'est un psy qui somnole ?

- Non, c'est quelqu'un qui ne se laisse pas prendre par le pathos.

- Il est indifférent - bravo !

- Il est engagé, au contraire, mais lui ne se laisse pas faire par les bons sentiments.

- Qui se laisse faire ?

- Les psychanalystes empathiques.

Ce que ne sont pas les apathiques.

- Je vois. C'est mal, d'être empathique.

- Quand cela permet d'en finir avec toute visée scientifique.

L'inconvenance et le mordant de la découverte freudienne sont menacés par une conception anglo-saxonne molle du postmoderne.

- C'est grave d'être un patient postmoderne ?

- Cela veut dire que l'on a un psychanalyste postmoderne.

Il s'occupera de votre identité ; il s'occupera des traumas de votre "environnement précoce" (langue de bois pour parler de l'enfance) ; il s'occupera de votre unité. Mais que fera-t-il du scandale psychique qui vous fait vivre, et va du sexuel à la création ?»

 

vendredi, 26 février 2016

Les maux de la psychanalyse : La psychiatrie sur le divan

 

 

Comment prendre en charge la souffrance psychique ? Quel diagnostic poser ?

N'est-ce pas là le point de désaccord entre psychiatrie et psychanalyse ?

 

 

Mais la divergence est bien plus profonde : la psychanalyse propose une nouvelle manière d'être libre, ce que la médicalisation ne saurait faire.

 

 

EXTRAITS :

- Monk, série TV créée par Andy Breckman, saison 5, ép. 7

- Archive : Foucault, le pouvoir psychiatrique(enr. 1975, diff. Quotidien pluriel, France culture, 29/06/1984)

- Archive : Josef Schovanec (source : Service public, 24/01/2013)

 

 

 

mardi, 16 février 2016

Les maux de la psychanalyse (4/4): La psychiatrie sur le divan

 

Comment prendre en charge la souffrance psychique ?

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Quel diagnostic poser ?

N'est-ce pas là le point de désaccord entre psychiatrie et psychanalyse ?

 

 

 

Mais la divergence est bien plus profonde : la psychanalyse propose une nouvelle manière d'être libre, ce que la médicalisation ne saurait faire.

 

 

 

vendredi, 29 janvier 2016

Freud, l'Abrégé de psychanalyse

 

 

C'est à partir de ce livre de Freud, "l'Abrégé de psychanalyse", resté inachevé, que se racontera l'histoire de celui qui a inventé la psychanalyse au début du 20ème siècle. Freud, celui qu'on a appelé l'archéologue  des âmes, l'inventeur de la science des rêves ou des manifestations inconscientes dans notre vie a eu envie, à la fin de sa vie, exilé à Londres après avoir vu ses livres brûler par les nazis,  de  laisser une espèce de testament en résumant les fondements de la psychanalyse et ses principales découvertes. Son œuvre extrêmement  fournie et complexe, ainsi qu'une très riche correspondance permettent aujourd'hui de le comprendre un peu mieux et de le situer face aux développements des neurosciences qu'il avait pressentis et souhaités. Un portrait de Freud par quelques uns de ses  disciples, réunis autour de Roger Perron, qui vient d'orchestrer avec Sylvain Missonnier un Cahier de L'Herne Freud et l'édition de Abrégé  de psychanalyse , dans la petite collection de L'Herne.

 

 

 

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Invités :

 

Roger Perron , docteur es-lettres, directeur de recherche honoraire au CNRS, psychanalyste de la Société Psychanalytique de Paris

Laurent Danon-Boileau, psychanalyste (membre de la SPP), thérapeute au Centre Alfred-Binet, professeur de linguistique à l'université Paris-V et chercheur au Laboratoire d'études sur l'acquisition et la pathologie du langage de l'enfant (CNRS) 

 

Danielle Kaswin-Bonnefond, psychiatre, psychanalyste, auteur de La Sexualité féminine

Élisabeth Roudinesco, historienne et psychanalyste

 

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Ce petit écrit entend rassembler, pour ainsi dire de manière dogmatique, les thèses de la psychanalyse sous la forme la plus ramassée et dans la version la plus définitive. Bien entendu, sa visée n'est pas d'exiger la croyance ni de susciter la conviction.

Les assertions de la psychanalyse reposent sur un nombre incalculable d'observations et d'expériences, et seul celui qui répète ces observations sur lui-même et sur d'autres est engagé sur la voie menant à un jugement personnel.

- S. Freud

 

 

 

vendredi, 23 octobre 2015

L'autodestruction du mouvement psychanalytique...

 



Sébastien Dupont : Le mouvement psychanalytique

s'autodétruit !

 
 
 

  

Et si les pires ennemis de la psychanalyse étaient… les psychanalystes ? Du moins, ceux qui la discréditent en prétendant la défendre, tout en se coupant du grand public et en alimentant des rivalités internes fratricides ? Telle est la thèse de Sébastien Dupont, maître de conférence en psychologie à l’université de Strasbourg et auteur de L’autodestruction du mouvement psychanalytique.

 

 

 

Pour éviter toute ambiguïté, commençons par préciser, que l'auteur est favorable à la psychanalyse.

 

Tout à fait : j’ai une formation psychanalytique, ma thèse est d’orientation psychanalytique, ma pratique de psychologue est inspirée par la psychanalyse. Pourtant, assez régulièrement, quand j’ai l’occasion de faire part de mes analyses de l’évolution du mouvement psychanalytique, des psychanalystes me cataloguent comme un adversaire : « Mais alors, vous êtes un nouveau Michel Onfray ? Vous faites le jeu de nos ennemis ! Vous réglez des comptes personnels sans le savoir, c’est transférentiel… » Dès que l’on émet une critique, on tombe sous le joug d’une sorte de chantage à l’antifreudisme. Certains, y compris des amis psychanalystes abondant plutôt dans mon sens, ont voulu me dissuader de publier mon livre. On ne peut plus dire grand-chose dans les milieux psychanalytiques… La psychanalyse serait-elle devenue en sucre, comme une petite enfant fragile et capricieuse ?

 

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S.Dupont écrit que la psychanalyse a toujours été attaquée, mais pas de la même façon qu’aujourd’hui. Qu’est-ce qui a changé ? Que lui reproche-t-on qu’on ne lui reprochait pas autrefois ?

 

On s’autorise à lui reprocher davantage de choses, parce qu’elle a perdu de son autorité, de son aura. Dans une période de démocratisation des psychothérapies où les associations de malades et de familles de patients s’autorisent de nombreuses critiques, on la pousse dans ses retranchements. Or, nombre de psychanalystes n’ont pas réalisé qu’ils n’occupaient plus une position indiscutée. Certains continuent de balayer les critiques d’un revers de main (« Vous n’avez rien compris, la psychanalyse c’est autre chose… ») et s’enferment dans une posture identitaire : « Si la société ne nous comprend pas, c’est la faute au néolibéralisme, c’est la dégénérescence de la subjectivité, de l’humain, mais nous, nous sommes le dernier bastion du Sujet… » Ce faisant, certains coupent les ponts entre la communauté psychanalytique et le grand public, que Freud, qui avait conscience des enjeux de communication, avait toujours voulu maintenir avec ses conférences pédagogiques ou la création de l’Association psychanalytique internationale. Au fond, le mouvement psychanalytique intéresse moins. Il ne nous éclaire plus sur nous-mêmes comme savaient le faire Freud ou Dolto.

 

 

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Selon l'auteur, la psychanalyse française souffrirait moins d’être attaquée que de mal se défendre et pire, de se saborder ! Il pense que Michel Onfray et consorts accélèrent son affaiblissement, en tout cas l’accompagnent, mais ne le génèrent pas ?

 

Ma thèse est que le mouvement psychanalytique souffre essentiellement de problèmes internes, qui l’empêchent de supporter les attaques externes. D’abord, il est morcelé en une multitude de courants (freudiens, lacaniens…), de sous-écoles, de sous-chapelles, de sous-chefs de file. Elle a perdu sa cohérence institutionnelle, et surtout sa cohérence théorique. Chaque sous-école crée ses propres théories, ses propres revues, ses propres collections d’édition, refuse de lire les autres auteurs ou d’échanger avec d’autres disciplines, perdant ainsi son ouverture et sa créativité. Ensuite, la psychanalyse s’est éloignée de sa fonction première de psychothérapie. Il est vrai que pour Freud elle n’était pas qu’une thérapie, mais aussi une théorie et une méthode d’investigation du psychisme. Mais jusqu’au bout, il écrivait que la visée de la psychanalyse était l’« affaiblissement de la souffrance liée aux symptômes ». En perdant ce pilier, l’édifice s’écroule devant les yeux des patients mais aussi des psychanalystes, qui ne savent plus qui ils sont, ni ce qu’ils font. Que devient la psychanalyse dès lors qu’elle ne se pense plus comme une psychothérapie ? S’agit-il d’un mouvement philosophique, voire de développement personnel à peine plus sophistiqué que ceux qui font florès aujourd’hui, avec des concepts de plus en plus mous comme le « Sujet » devant retrouver l’adéquation avec son « Désir » ? En tant que praticiens, dès qu’on se préoccupe de symptômes et de souffrance, on est rapidement accusé par des psychanalystes d’avoir partie liée avec les TCC ou de ne pas reconnaître le Sujet.

 

 

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Mais si, pour S. Dupont, la psychanalyse française ne se veut plus thérapeutique et apporte moins sur le plan théorique, que lui reste-t-il ?

 

Il lui reste potentiellement beaucoup de choses. C’est pour ça qu’il est dommage qu’elle suive cette conduite autodestructrice. C’est un monument théorique impressionnant, bien qu’il puisse parfois apparaître comme une Tour de Babel cacophonique et contradictoire. Ses conceptions dynamiques du conflit psychique sont assez spécifiques. Aucune autre approche ne va aussi loin dans sa compréhension de la psychopathologie. Par ailleurs, le mouvement psychanalytique français a été si fort, a influencé tellement de professionnels dans de si nombreuses institutions, qu’il a inspiré une foison de dispositifs adaptés aux groupes, aux couples, aux familles, aux toxicomanes… Cette richesse est immense. Hélas, si le mouvement a un « corps musclé », il n’a pas de « tête », pas d’institution représentative, pas de fédération, pas de cohérence. Ceux qui figurent dans les médias comme représentants de la psychanalyse sont, la plupart du temps, très déconnectés des pratiques réelles et réduisent encore la psychanalyse à la cure d’adultes névrosés en centre-ville. Leur vision est souvent anachronique. La psychanalyse avait tout en main dans les années 1970-1980, mais a mal exploité son potentiel. Elle n’a pas su faire fructifier ses chances face à la concurrence des autres modèles, qui d’ailleurs est à mon avis une bonne chose pour sortir du complexe de supériorité. Au lieu de s’ouvrir, de montrer ses atouts mais aussi ses limites, son renfermement identitaire et son radicalisme grandissant deviennent autodestructeurs. D’ailleurs, certains psychanalystes influents, exerçant de grandes responsabilités, ne le cachent plus : « De toute façon, c’est la fin de la psychanalyse. On va disparaître d’une mort honorable… » Ils amènent le mouvement vers le précipice avec le cynisme de ceux qui sont arrivés en fin de carrière et veulent finir avec panache. Après eux, le déluge.

 

 

 

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Certains psychanalystes trouveraient selon l'auteur un intérêt aux polémiques, qui représenteraient une opportunité de se fédérer. La psychanalyse a-t-elle donc besoin d’ennemis pour exister ?

 

C’est une de mes thèses. Pendant les polémiques des dix dernières années (le rapport Inserm, la prise en charge de l’autisme, le Livre noir de la psychanalyse, Michel Onfray…), ce qui m’a le plus choqué, ce ne sont pas les attaques (elles ne sont pas toujours très intelligentes, mais on peut y répondre), mais les réactions des psychanalystes eux-mêmes. Leurs prises de parole ont causé beaucoup plus de tort que leurs adversaires. Les polémiques redonnent une voix aux psychanalystes dans l’espace public et leur permettent de revenir dans le débat d’idées, mais ils montrent alors leur affaiblissement et leur vulnérabilité interne. En croyant se défendre, ils aggravent la situation, comme dans des sables mouvants. Ils sont tellement divisés que l’apparition d’un ennemi permet une fédération temporaire, mais très superficielle, qui ne dure que le temps de l’agression. C’est une manière de retrouver une identité en se présentant comme une minorité opprimée (« Nous aussi nous sommes incompris, comme Freud et Lacan »).

 

 

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S.Dupont insiste sur le fait que les psychanalystes en titre sont une minorité par rapport aux thérapeutes d’inspiration psychanalytique. Cela signifie-t-il qu’ils confisquent la parole lors des débats ?

 

Tout à fait. On les estime à 6 000, en comptant ceux qui n’appartiennent à aucune école mais qui affichent le titre de psychanalyste, alors qu’il existe 40 000 psychologues cliniciens, pour la majorité d’orientation psychanalytique. Les écoles de psychanalyse ne sont pas toutes très démocratiques : certaines s’apparentent plutôt à des « cours » constituées autour d’un chef charismatique, souvent assez âgé, qui monopolise la parole. Ces chefs ne laissent pas toujours de place aux « jeunes » de trente ou quarante ans. Surtout, ils ne sont plus en contact avec les réalités cliniques. La plupart ne voient plus de patients depuis longtemps, mais ne suivent que des psychanalystes en formation. Donc, ces quelques figures qui ont voix au chapitre dans les médias ne sont pas en mesure de représenter le mouvement psychanalytique général, qu’ils connaissent mal ! Ils ont ainsi tendance à s’enfoncer avec leurs contradicteurs dans de faux débats : pendant combien de temps Freud a-t-il pris de la cocaïne ? A-t-il trompé sa femme avec sa belle-sœur ? Quels étaient les honoraires de Lacan ? Ils pensent que c’est de ça qu’il faut parler, pourtant tout cela ne fait que laisser de côté les vraies questions institutionnelles, théoriques, éthiques. En outre, du temps de Freud, les premiers chefs de file de la psychanalyse avaient une trentaine ou une quarantaine d’années (cf. Ferenczi ou Jung). Freud donnait la parole aux jeunes, provoquant leur émulation. Le vieillissement des psychanalystes français influents n’est pas un problème en soi, cependant, en toute fin de carrière, même si on peut avoir encore un esprit extrêmement dynamique, on est parfois moins prêt à se remettre en question… C’est ainsi que beaucoup de psychanalystes ont choqué par leur conservatisme sur des questions de mœurs, dans les débats sur le pacs ou le mariage pour tous, par exemple. La psychanalyse était pourtant, historiquement, très progressiste.

 

 

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L'auteur signale que la psychanalyse n’est pas seulement bouleversée par le vieillissement des analystes, mais aussi par leur féminisation. Pourquoi ?

 

Il est important de prendre en compte ces facteurs sociologiques. Très souvent, les psychanalystes, en évoquant l’évolution de leur mouvement, parlent dans l’absolu : « La psychanalyse a toujours été attaquée, ne vous inquiétez pas, ça passe… » Comme si le contexte ne comptait jamais. La situation est pourtant très différente entre quelques centaines de psychanalystes réunis dans une même association après-guerre, et aujourd’hui plusieurs milliers inscrits dans plus de vingt écoles qui s’entredéchirent. Pendant des décennies, les psychanalystes étaient plutôt des médecins, surtout des psychiatres, hommes. Puis Lacan a beaucoup contribué à l’expansion de la « psychanalyse laïque », exercée par des non-médecins : philosophes, psychologues, universitaires… Aujourd’hui, les psychologues sont majoritaires. Or, en France, leur profession n’est pas très valorisée et ils évoluent dans des strates sociales moins élevées. Comme le remarque Elisabeth Roudinesco, les psychanalystes tentent de s’arc-bouter à un ancien élitisme sociologique lié à la classe sociale des médecins. De plus, la psychanalyse est aujourd’hui beaucoup exercée par des femmes : leurs revenus et leur position sociale ne sont pas comparables à ceux des psychiatres hommes du temps de Lacan. Elles veulent ou doivent souvent exercer à temps partiel, et n’ont plus envie de consacrer toute leur vie à la psychanalyse, comme le faisaient les psychanalystes d’antan. Pour ces derniers, la psychanalyse était une sorte de sacerdoce. Elle emportait toute leur vie, que ce soit par la participation à des groupes de réflexion ou à des colloques, ou par l’écriture d’articles… Les jeunes praticiens, et singulièrement les femmes, ne se situent plus dans cette perspective militante et exclusive.

 

 

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L'auteur regrette que la psychanalyse ne soit plus un sacerdoce, mais son livre en dénonce les dérives religieuses…

 

Je ne le regrette pas du tout, au contraire ! Le sacerdoce, à mon avis, était une confusion entre une profession, une méthode et l’identité des personnes. Quand on entrait dans une école de psychanalyse, c’était parfois toute son identité qui était transformée. On devenait psychanalyste 24 h sur 24 en quelque sorte. Le milieu tournait relativement en vase clos, dans un entre-soi, une espèce d’endogamie (le psychanalyste Serge Leclaire parlait d’inceste) : comme il fallait une analyse didactique pour devenir psychanalyste, on la suivait avec un analyste parfois côtoyé par ailleurs, et tout s’en trouvait mélangé, élèves, patients, amis, conjoints, amants… Ces groupes fusionnaient ainsi les sphères privées, intellectuelles et professionnelles. On était soit dedans, soit dehors, ce qui a durci l’enfermement en chapelles. Aujourd’hui encore il est difficile d’être accepté comme psychanalyste sans se plier au purisme et au sacerdoce, et sans vouer allégeance à une école. Beaucoup de praticiens d’orientation psychanalytique en font les frais. Si vous êtes aussi systémicien, psychiatre en institution ou engagé dans une recherche de l’Inserm, vous êtes souvent mis de côté. Votre position posera question.

 

 

 

 

S.Dupont dresse un tableau très sombre de la psychanalyse française. Si elle s’autodétruit vraiment, le problème n’est-il pas insoluble ?

 

La situation est très grave. De plus en plus de psychanalystes en prennent la mesure. À mon avis, il est en tout cas trop tard pour sauver le paquebot tel qu’il fonctionnait. Ce qui va s’effacer, ce sont peut-être les psychanalystes en titre, survalorisés comme ils l’ont été par le passé. Ce ne sont pas eux qui font vivre la psychanalyse. Ce qui se passe de plus créatif et dynamique en France, ce n’est plus dans les écoles qu’on l’observe. La psychanalyse sera sans doute moins une profession organisée, ce que de toute façon elle n’est pas, qu’une orientation théorique et thérapeutique pratiquée essentiellement, et c’est paradoxal, par des non psychanalystes en titre (psychologues, psychiatres, psychothérapeutes…). Mais pour que ces pratiques puissent perdurer, encore faudra-t-il que les effets thérapeutiques ne soient pas disqualifiés par les psychanalystes eux-mêmes, et que l’image de la psychanalyse ne soit pas trop dégradée. Si on repart pour plusieurs années de psychanalystes médiatiques radicaux qui s’enferrent dans des polémiques stériles, ce sera difficile pour quiconque de se prévaloir de la psychanalyse, et les patients n’y accorderont plus de crédit. À mon avis, c’est là que se joue l’avenir de la psychanalyse. Entre la défense inconditionnelle et l’attaque vindicative, il y a une autre façon, médiane, de la voir, la dire et la penser.

 

- Propos recueillis par Jean-François Marmion

 

 

 

 

mardi, 01 septembre 2015

Les anti-Freud qui sont-ils ? Le livre noir de la psychanalyse...

 

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Le 15 novembre 2012, Philippe Val, directeur de France Inter, répond au médiateur dans l’émission Service public. Des auditeurs ont écrit pour se plaindre d’une récente « journée freudienne » sur la station : « Pourquoi pas une journée sur l’astrologie ? Pourquoi n’avait-on pas entendu de contradicteurs de la psychanalyse, Michel Onfray par exemple ? » En réponse, Philippe Val assimile les adversaires de Freud à des gens « soucieux de nationalisme, d’ordre, de rangement, de dressage de l’individu ». Il n’était donc « pas question de donner la contradiction ». Et d’ajouter : « Si vous voulez faire une journée sur Darwin (...), est-ce que vous êtes obligé de faire venir des créationnistes toute la journée ? »


 

Philippe Val fait un sort particulier au Livre noir de la psychanalyse, qui avait provoqué une polémique lors de sa parution : « Le Livre Noir de la psychanalyse, un livre d’ailleurs à tonalité… avec des auteurs, disons assez louches, plutôt marqués à l’extrême droite, et une extrême droite qui ne sent pas toujours très bon, mais apparemment ça n’a choqué personne ».


 

Une diffamation ?


 

Le soir même, les auteurs du Livre noir annoncent leur intention de saisir la justice. Puis renoncent après étude juridique. Car en l’absence d’une allusion à des faits précis, la plainte en diffamation ne pourrait vraisemblablement aboutir : pour la Chambre de la presse, la qualification d’extrême droite serait vue comme une simple appréciation, non condamnable en tant que telle.


 

Anecdotique, tout cela ? En tout cas, emblématique de la facilité avec laquelle le point Godwin est rapidement franchi chez les psys. Le point Godwin désigne le moment où un débatteur qualifie son adversaire de fasciste, histoire de couper court à la querelle : on ne discute pas avec un fasciste. Or certains défenseurs de Freud ne se gênent pas pour taxer de fascisme, de haine, parfois d’antisémitisme, les « anti-psychanalyse ». Entendre le directeur d’une radio publique suivre le mouvement, délivrer des brevets de fascisme, édicter ce qui est scientifique ou non, vaut bien une petite enquête. Je demande donc un entretien à Philippe Val, pour savoir ce qui lui inspire ces accusations. Quels passages du Livre noir, par exemple, quelles conversations avec quels spécialistes ? Son assistante laisse espérer que ma démarche va aboutir, et puis non…


 

Côté Livre noir, les quatre coordonateurs de l’ouvrage se disent outrés par les accusations de Philippe Val. « Je trouve ça scandaleux, lance Didier Pleux, directeur de l’Institut français de thérapie cognitive. Toute ma formation a été faite chez des grands psys juifs. Je suis un dissident de la psychanalyse, et quand je me suis engagé toute ma vie pour aider, quand mes écrits luttent contre l’égocentrisme et pour la prise en compte du sentiment de l’autre, ça fait drôle. »


 

Jacques Van Rillaer, professeur émérite de psychologie à l’université de Louvain-la-Neuve, préfère ironiser : « J’imagine que M. Val répète simplement ce que d’autres disent. Je parierais qu’il n’a pas lu Le Livre noir, et même qu’il ne l’a jamais eu en mains. Je pense qu’il est mal informé, et qu’il a fait confiance à des gens qu’il connaît, et qui ont dû le flatter. Vous savez comme moi que s’il y a des gens que l’on flatte, c’est bien les journalistes… D’ailleurs, Jacques Lacan allait chercher lui-même Françoise Giroud à L’Express, et lui accordait des séances plus longues qu’à n’importe qui. J’ai moi-même eu un journaliste en consultation, et comme les thérapies cognitivo-comportementales marchaient, il en a parlé. C’est ainsi que l’opinion se transforme. »


 

Lorsqu’il entend Philippe Val déclarer que l’on ne débat pas avec les adversaires de Freud, Jean Cottraux, di­recteur scientifique de l’Institut francophone de formation et recherche en TCC (Ifforthecc) et coordonnateur du Livre noir, livre une information croustillante : « Pourtant, j’ai bien été invité ! L’avant-veille de cette journée Freud, on m’a proposé de discuter à 8 heures du matin avec Élisabeth Roudinesco. Mais j’étais en province et ne pouvais me déplacer. J’ai demandé à participer par téléphone, on m’a répondu que c’était difficile, et on ne m’a pas rappelé. J’ai été remplacé par Marcel Rufo, qui pourtant se trouvait à Marseille, et qui a fait le panégyrique de Mme Roudinesco. Une opération de com’, rien d’autre ! Peut-être qu’un ordre était venu d’en haut… »


 

D’où vient la rumeur ?


 

Mais qui soufflerait à Philippe Val ce qu’il faut penser du Livre noir  ? Laissons l’historien et philosophe Mikkel Borch-Jacobsen, professeur à l’université de Washington à Seattle, lancer l’accusation : « J’ai toujours été à gauche, et même à l’extrême gauche. À deux reprises, j’ai demandé un droit de réponse parce qu’on m’avait traité publiquement, par écrit, de révisionniste, de négationniste. Mais pour qu’il vous soit accordé, il faut menacer d’une action en justice. J’ai rappelé combien ces termes étaient extraordinairement blessants, d’autant que je suis marié à une Juive dont la quasi-totalité de la famille est morte dans les camps. Mon beau-père, lui, est revenu d’Auschwitz et porte toujours son matricule sur le bras. Il n’empêche, la rumeur continue, constamment. Une fois qu’elle est lancée, on ne peut pas l’arrêter. C’est comme un train en marche. Plus on la dément, et plus elle se répand. J’en veux beaucoup à Élisabeth Roudinesco, parce que c’est elle qui en est délibérément à l’origine. »


 

Historienne, directrice de recherches à Paris VII et rattachée au département d’Histoire de l’École Normale Supérieure, Élisabeth Roudinesco ne manque jamais de présenter la psychanalyse comme un humanisme face aux thérapies cognitivo-comportementales (TCC), qu’elle désigne inversement comme des machines à « dresser », à animaliser l’humain.


 

Je la contacte pour avoir son opinion sur la « journée Freud » de France Inter, sur les propos de Philippe Val, et sur les maux dont on l’accuse. Voici sa réponse : « Je n’ai pas à donner une appréciation sur des propos, qu’à ma connaissance, Philippe Val n’a pas tenus et que vous rapportez sans le moindre jugement critique quant à vos sources. Je n’ai pas davantage à répondre à des rumeurs. (…) Quant aux auteurs du Livre noir de la psychanalyse dont vous vous faites le porte-parole et qui se plaignent apparemment de n’avoir pas été invités le 9 novembre à France Inter en affirmant que cette journée aurait été un acte de propagande en faveur de la psychanalyse et des psychanalystes, je vous rappelle que ladite journée n’était pas consacrée à la psychanalyse mais à Sigmund Freud. (…) C’était une journée de haut niveau avec des chercheurs et des personnalités incontestables. Elle a d’ailleurs, pour ces raisons, recueilli un très vif succès. Que cela ne plaise pas à ceux qui colportent des rumeurs, je le constate sous votre plume, mais cela ne me concerne pas. »


 

Histoire de la rassurer sur ma santé mentale, je lui adresse le verbatim des propos tenus par Philippe Val sur France Inter, ainsi qu’un lien vers un podcast pour qu’elle puisse écouter l’émission en question.


 

« Si tu n’as rien à dire de plus beau que le silence, tais-toi  », dit le proverbe. Élisabeth Roudinesco, suite à mes précisions, respectera le plus profond silence. C’est donc sans son concours que nous allons tenter d’y voir plus clair. Pourquoi est-elle accusée (à tort ou à raison, nous allons le voir) de répandre la rumeur que les opposants à Freud sont des antisémites ? Pour le rôle qu’elle a joué durant trois débats.


 

Acte  I : Freud à Washington


 

Au milieu des années 1990, à Washington, la Bibliothèque du Congrès doit consacrer une exposition au fondateur de la psychanalyse. C’est alors que 42 intellectuels signent une pétition pour déplorer que le comité d’organisation ne prenne pas en compte les travaux d’historiens revisitant la légende de Sigmund Freud.


 

L’exposition est annulée, officiellement pour des raisons financières, mais Élisabeth Roudinesco y voit l’influence de la pétition.


 

Le 26 janvier 1996, la psychanalyste publie dans Libération une tribune intitulée « Le révisionnisme antifreudien gagne les États-Unis ».


 

Révisionnisme ? « Dans les pays anglo-saxons, précise Mikkel Borch-Jacobsen, il est courant de parler de révisionnisme historique. L’historien qui révise une certaine version de l’Histoire est forcément "révisionniste", ce qui n’a aucun rapport avec la négation de l’Holocauste. Élisabeth Roudinesco ne dit pas que les pétitionnaires sont antisémites, d’autant que nombre d’entre eux sont juifs. Mais dans le contexte français, avec un tel terme, la rumeur s’étend tout de suite. »


 

Élisabeth Roudinesco prend pourtant soin de préciser, en note, ceci : « Le terme est à prendre, ici, au sens classique d’une révision historiographique, qui n’a rien de commun avec les révisionnistes négationnistes du génocide des Juifs et des Tsiganes. »


 

Certes, l’ambiguïté est ici dissipée. Mais alors pourquoi user d’un terme impropre, qui sera ensuite repris dans plusieurs de ses écrits ?


 

Acte  II : Mensonges freudiens

 

En 2002, les éditions belges Mardaga acceptent de publier un livre refusé de partout en France, Mensonges freudiens, signé par le psychiatre Jacques Bénesteau. Plus virulent et sarcastique encore que le futur Livre noir, l’ouvrage, qui récapitule les travaux des historiens de Freud déconstruisant la légende officielle, reçoit le prix de la Société française d’histoire de la médecine (SFHM), à l’unanimité.


 

En 2003, le très à droite Club de l’Horloge décide de décerner à Élisabeth Roudinesco son prix Lyssenko, attribué chaque année à une personnalité qui a « par ses écrits ou par ses actes, apporté une contribution exemplaire à la désinformation en matière scientifique ou historique, avec des méthodes et arguments idéologiques ».


 

Le rapporteur du jury n’est autre que le préfacier de Jacques Bénesteau. Ce dernier convie d’ailleurs Mikkel Borch-Jacobsen à la cérémonie, prévue le 14 janvier 2004. Celui-ci refuse, par un e-mail à Jacques Bénesteau adressé en copie à l’intéressée : « Il est de notoriété publique que je suis depuis de longues années en désaccord avec ses positions. Ceci toutefois ne saurait m’inciter à me rallier aux chemises brunes intellectuelles avec lesquelles vous avez jugé bon de vous associer. J’ai le plus grand mépris pour tout ce que représente le Club de l’Horloge, et je ressens comme une insulte que vous ayez pu songer un seul instant que je m’associerais à cette provocation. »


 

Peu après, dans le numéro 27 de la revue Les Temps modernes, Élisabeth Roudinesco contre-attaque. Tout en évoquant à nouveau une « école dite révisionniste », elle accuse Mensonges freudiens d’être empreint d’un « antisémitisme masqué  ». Jacques Bénesteau et Henry de Lesquen, président du Club de l’Horloge, l’attaquent en diffamation. Le 17 février 2005, à l’audience de la dix-septième Chambre du Tribunal de Grande Instance de Paris, spécialisée dans les affaires de presse, Élisabeth Roudinesco produit l’e-mail de Mikkel Borch-Jacobsen, sans le lui avoir demandé (« Elle ne peut pas dire que je suis d’extrême droite  », souligne-t-il). Jacques Bénesteau, lui, s’est choisi l’avocat de Jean-Marie Le Pen… Le 2 juin 2005, il est débouté et ne fera pas appel. Depuis, il s’est fait singulièrement discret.


 

Acte  III : 
Le Livre noir de la psychanalyse


 

En 2004, un rapport de l’Inserm estime les TCC plus efficaces que la psychanalyse pour la prise en charge des troubles mentaux, à l’exception des troubles de la personnalité. Le document provoque un tel tohu-bohu que Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la Santé, annonce devant un parterre de lacaniens, en février 2005, qu’il enterre le rapport. Ce qui lui vaut une standing ovation. Mais donne l’idée du Livre noir  : le quatuor jugé nauséabond par Philippe Val tire à boulets rouges sur la psychanalyse en coordonnant près de quarante auteurs, dont le tiers sont d’ailleurs juifs. « Si les psychanalystes avaient pris acte des conclusions du rapport, et avaient accepté de se cantonner à la prise en charge des troubles de la personnalité ou à l’analyse sans prétention thérapeutique, on aurait dit qu’ils s’inclinaient avec grâce et on n’aurait jamais fait Le Livre noir, explique Jean Cottraux. Je n’y aurais pas investi une once de mon temps. En voulant faire interdire un rapport scientifique de la République par des moyens bizarres, ils se sont tiré une balle dans le pied. Et ils continuent. Ils vont terminer complètement discrédités. »


 

Le 1er septembre 2005, pour accompagner la sortie du Livre noir, Le Nouvel Observateur publie un dossier intitulé « Faut-il en finir avec la psychanalyse ? » Le rédacteur en chef, Laurent Joffrin, qui nourrissait pourtant un a priori plutôt favorable à la psychanalyse, met alors les pieds dans le plat : il écrit qu’Élisabeth Roudinesco lui aurait déconseillé de parler de l’ouvrage sous prétexte qu’il était « politiquement louche, à la limite de l’antisémitisme ».


 

L’intéressée exerce à nouveau un droit de réponse : « Je n’ai jamais parlé d’antisémitisme à propos du Livre noir, et vous faites là une malheureuse confusion avec un précédent ouvrage (Mensonges freudiens, n.d.l.r.) dans lequel j’avais, en effet, décelé de l’« antisémitisme masqué ». J’affirme, au contraire, qu’il n’y en pas trace dans Le Livre noir. » Cette mise au point noir sur blanc n’empêche pas une autre rumeur de se répandre (à laquelle Élisabeth Roudinesco est étrangère) : la journaliste du Nouvel Obs en charge du dossier sur Le Livre noir, elle, n’aimerait pas les Juifs…


 

Remarquons que Jacques Bénesteau n’a pas été invité à écrire dans Le Livre noir, où il n’est pas cité. Ce n’est évidemment pas un hasard. « Sinon, l’amalgame est vite fait », commente Didier Pleux.


 

« Son absence dans Le Livre noir devrait être un signe pour tous ceux qui nous croient d’extrême droite », martèle Mikkel Borch-Jacobsen.


 

« Il y avait de bonnes choses dans son livre, d’autres étaient excessives, c’est tout ce qu’on peut dire, raconte Jean Cottraux. Nous n’en avons pas voulu dans Le Livre noir, étant donné qu’il était suspect. Je l’ai cité en note dans un de mes livres, Les visiteurs du soi, avec d’autres, dont Freud et Roudinesco. Cela m’a été reproché de façon cinglante. »


 

« À l’origine, dans Le Livre noir, admet Jacques Van Rillaer, j’avais naïvement cité Bénesteau. Mais après son choix d’avocat, j’ai dû supprimer ces références, à la demande de mon éditrice et d’autres auteurs. Et j’ai demandé à Bénesteau de retirer d’un site web antifreudien dont il s’occupait des textes de moi que je l’avais autorisé à reproduire. »


 

Lacanien repenti, Jacques Van Rillaer avait déjà publié Les Illusions de la psychanalyse, au titre explicite, et avait déjà dû faire preuve de prudence : « Avec ce livre, je n’ai jamais entendu la moindre critique m’assimilant à l’extrême droite. Mais un collègue m’avait dit : "Ne cite surtout pas La scolastique freudienne de Debray-Ritzen : il est clairement situé à droite, et il suffit qu’un journaliste s’aperçoive que tu lui rends hommage pour que ton livre ne soit pas signalé". J’ai un peu lâchement supprimé quelques passages. »


 

Pierre Debray-Ritzen, auteur de La scolastique freudienne et de La psychanalyse, cette imposture, était tenu, selon Didier Pleux, pour « un homme de droite ».


 

« C’était la critique bébête de la psychanalyse, poursuit-il, parce que celle-ci parlait un peu trop de sexe et de liberté, et accompagnait 68 de façon intelligente. »


 

Pierre Debray-Ritzen et Jacques Bénesteau constituent ce que Didier Pleux appelle « les casseroles » des adversaires de la psychanalyse.


 

Une longue histoire


 

Mais remontons encore dans le temps. Bien avant Mensonges freudiens, Le Livre noir, ou Le Crépuscule d’une idole de Michel Onfray, les anti-Freud étaient-ils assimilés à l’extrême droite, ou s’agit-il d’un phénomène récent ? « C’est une aberration qui a une longue histoire, explique Mikkel Borch-Jacobsen. C’est en fait Freud lui-même qui avait lancé cette idée en 1914, dans son Histoire du mouvement psychanalytique, où il suggérait que des préjugés raciaux avaient joué dans sa rupture avec Jung. De même, dans un article de 1925 pour la Revue juive, il n’excluait pas l’antisémitisme pour expliquer la résistance à la psychanalyse. »


 

Mais sans même parler des nazis, il y a bien eu des antisémites parmi ceux qui dénigraient la psychanalyse comme « science juive » ! « Bien sûr, c’est évident, lâche Mikkel Borch-Jacobsen. Mais toute critique de la psychanalyse n’est pas pour autant antisémite. Soyons clairs : parmi les critiques de la psychanalyse à Vienne, il y avait des Juifs ! Karl Kraus, converti au catholicisme, Ludwig Wittgenstein, Karl Popper, sans compter les dissidents de Freud comme Alfred Adler ! » 


 

L’assimilation des antifreudiens aux fascistes semblant aujourd’hui un phénomène franco-français, qu’en pensent les spécialistes de la diffusion de la psychanalyse en France ?


 

Prenons le psychanalyste Alain de Mijolla, auteur d’un triptyque monumental sur la question. En 2010, dans un article commandé pour la revue Sciences Humaines, le « grand frère » du Cercle Psy, il écrivait, à propos de la suspicion d’antisémitisme avancée par Freud lui-même envers ses détracteurs : « N’en sommes-nous pas encore et toujours, sous des apparences différentes, au même point aujourd’hui ? ».


 

Le moment est venu de lui demander des précisions. En réponse, il m’écrit ceci : « Je ne suis pas assez au courant des écrits du Livre noir ou de Michel Onfray (je me suis évité la corvée de les lire…) pour les taxer d’antisémitisme. Je pense toutefois qu’il faut distinguer les attaques ad hominem faites à Freud qui, obligatoirement, sont empreintes d’un antisémitisme qui ne se déclare pas comme tel (ce n’est pas la mode…) mais n’en demeure pas moins sous-jacent. J’ignore les tenants de l’extrême droite et ne lis aucune de leurs publications… Désolé de ne pouvoir vous en dire plus. »


 

Essayons quelqu’un d’autre, qui, cette fois, ne soit pas psychanalyste. Annick Ohayon, par exemple, auteure de Psychologie et psychanalyse en France. L’impossible rencontre (1919-1969). Que pense-t-elle de l’équation « antifreudiens = antisémites » ? « D’un point de vue historique, en France, cet amalgame n’est évidemment pas justifié : les premiers critiques de la psychanalyse – Georges Dumas, Charles Blondel, ou même Henri Piéron – étaient d’authentiques républicains, plutôt de gauche. Et il y avait parmi les pionniers du mouvement freudien des gens très à droite et plutôt antisémites – Édouard Pichon, et, dans une moindre mesure, René Laforgue et Angelo Hesnard. Les jeunesses de Jacques Lacan et de Françoise Dolto ne sont pas très à gauche non plus ! Il y a là une filiation maurrassienne qu’il faudrait examiner de près. Et dans les années 1950, les adversaires les plus déterminés étaient communistes. Alors, vous voyez, ce n’est pas si simple. Il me semble qu’il faut distinguer deux choses : les attaques concernant la psychanalyse comme méthode thérapeutique, qui peuvent venir de n’importe où, et surtout du corps médical, et celles qui concernent l’homme Freud et la doctrine, qui sont plus idéologiques – et plus récentes. Le Livre noir de la psychanalyse s’inscrit plutôt dans ce cadre. »


 

Elle me conseille de m’adresser à un historien, spécialiste à la fois de la psychanalyse et de l’antisémitisme. Excellente piste ! Je dégaine ma plus belle plume, je le sollicite. Il me répond d’une phrase : « Sur le sujet de votre enquête, je ne dispose pas d’informations qui me permettraient de répondre à vos questions. »


 

D’un Godwin à l’autre


 

Des psychanalystes d’extrême droite, des détracteurs de Freud juifs… Histoire de démolir toute vision binaire de la situation, toute tentation de diviser les protagonistes entre gentils et méchants, sincères et hypocrites, écoutons encore ceci. Didier Pleux voit dans les accusations de fascisme ou d’antisémitisme « une pure tactique pour exclure l’opposition ».


 

« Les psychanalystes éclairés, et j’en connais, ne rentrent pas du tout dans ce débat, assène-t-il. J’ai été exclu de l’université de Caen, où j’étais chargé de cours, parce que je tenais des propos anti-doltoiens. Où est le fascisme ? Je suis maintenant à l’université populaire de Michel Onfray, qui s’est fait traiter lui aussi d’antisémite. Onfray, antisémite ! Pour moi, l’extrémisme de droite, c’est le tout-à-l’ego : tout pour mon petit moi, la destruction du lien social, la propagande, la censure, la croyance en une idéologie fermée. Or, c’est ce qu’est la psychanalyse en ce moment ! »


 

Jean Cottraux, quant à lui, a répondu à Philippe Val en diffusant un texte où il rappelle le comportement trouble de Françoise Dolto sous l’Occupation, ou encore que Freud a dédicacé un livre à Mussolini, et aurait nourri une certaine admiration pour le dictatorial chancelier autrichien Dollfuss… Eh oui : on voit poindre des arguments selon lesquels « Les fachos, ce n’est pas nous, c’est ceux d’en face ». L’extrême droite, c’est Freud ! Le point Godwin est franchi dans les deux sens…


 

Je suis mal parti pour mon enquête. Les gens s’accusent du pire, parfois sans s’être lus. Ou encore du pire « masqué », ce qui nous fait une belle jambe. Et certains refusent de répondre. Les spécialistes bottent en touche. Les accusés eux aussi traitent leurs adversaires de fascistes. Ils refusent même de frayer avec un autre accusé, quand bien même ils apprécient en partie son travail. Élisabeth Roudinesco, coupable idéale pour le lancement de ces rumeurs, a dit publiquement l’inverse de ce dont on l’accable.


 

Voilà le genre d’article qui devrait me fâcher avec tout le monde ! Et il y aura bien aussi quelqu’un pour me taxer d’antisémitisme. Ou pour prétendre que je suis « assez louche » et que je sens mauvais. Allons, il faut écouter la voix de la sagesse et renoncer. Ma décision est prise : tant pis, je n’écrirai pas cet article. Oups. Trop tard.

 

 

mercredi, 15 juillet 2015

Socrate chaman ou philosophe ?

 

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La mort de Socrate par Jacques-Louis David

 

 

Le secret de Socrate pour changer la vie.

François Roustang

 

 

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mercredi, 06 mai 2015

Cure de rêves...

 

 

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dimanche, 29 mars 2015

Journal : Le cercle psy

 

Requiem for our dreams

- Jean-François marmion

 

 

 

La nouvelle science des rêves

 

 - Parfois, je sillonne des immeubles en claironnant à l’adresse des badauds incrédules qu’ils ne sont qu’une illusion, et que je vais les faire disparaître dans 
les trois secondes. Je tiens parole.


 - On m’a assassiné plusieurs fois.


- Il va de soi que je me suis jeté au cou de myriades d’inconnues peu farouches.


- J’en passe, et des pires.
..

 

 Mais je vous assure que tout va bien. Inutile de me gaver d’antipsychotiques sur 
la foi du DSM-5 !

D’ailleurs, vous avez compris que je vous racontais quelques-uns de mes rêves. Ils semblent échevelés parce que je les ai sélectionnés, mais dans l’immense majorité des cas, ils sont anecdotiques, inconsistants, voire pitoyables.


 

 J’étais très heureux de me lancer dans le dossier de ce numéro. Et puis ce fut 
la douche froide. Contre toute attente, les psys semblent déserter ce terrain, 
trop inextricable. Quelques-uns essaient d’apporter un peu de sang neuf, 
mais beaucoup se contentent de ressasser ce que disaient leurs maîtres, 
il y a un siècle. Et encore, du bout des lèvres. Quant aux scientifiques, en règle générale, ils ne s’intéressent aucunement à ce que les rêves pourraient révéler 
de notre personnalité. Il s’agit, selon eux, d’un travail neuronal de maintenance, d’une activité cérébrale spontanée sur laquelle nous tentons désespérément de broder une signification. Circulez, y a rien à voir ! Pourtant, certains des plus sceptiques avouent bien, en catimini, que des rêves les ont marqués. 
Et je suis curieux de voir ce que vous penserez d’un songe à propos du mot dimple, que le neurophysiologiste Michel Jouvet va vous raconter dans le dossier, 
et sans lequel il n’aurait pas découvert… le sommeil paradoxal.


 

 Alors, qu’est-ce que le rêve ? Un dialogue avec soi ? Un terrain de jeux ? 
Une impasse ? Un labyrinthe ? Une inspiration, une consolation ? Allez, ça suffit ! Allons voir là-bas si nous y sommes.


 

 

La publication de l’ouvrage fondateur de la psychanalyse ne fut pas une partie 
de plaisir pour Freud. Ses premiers disciples le poussèrent à revoir sa théorie pendant trente ans, au fil de nouvelles éditions… aujourd’hui escamotées.

 

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Un coup de tonnerre, venu ex nihilo, a conféré ses lettres de noblesse à l’étude scientifique du rêve, valu la gloire à Freud et suscité d’emblée de multiples vocations de psychanalystes. L’interprétation des rêves (ou du rêve dans des traductions plus récentes) : un texte définitif, un classique qui a ouvert en beauté l’année 1900. Voilà un joli chapelet d’idées reçues qui méritent d’être nuancées !


D’abord, de manière anecdotique, si L’Interprétation des rêves est daté de 1900, il est sorti le 4 novembre 1899. Ensuite, initialement, ce n’est pas un succès : les quelques psychologues qui en font alors la critique manifestent un scepticisme glacé, et il faudra huit ans pour en écouler les 600 exemplaires.

 

 

vendredi, 13 mars 2015

Freud : L'nterprétation du rêve

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samedi, 14 février 2015

Les origines littéraires de la psychanalyse

A partir des livres Le laboratoire central de Jean-Bertrand Pontalis,  Freud avec les écrivains de Edmundo Gomez Mango et Jean-Baptiste Pontalis, et Correspondance entre Sigmund Freud et Anna Freud.

 

Avec :

- Geneviève BRISAC

- Tobie NATHAN

- Catherine CLEMENT

 

Geneviève Brisac : « On a observé au cours des décennies passées une évolution. La psychanalyse a d’abord été rattachée à la philosophie. A travers Marx, Freud, on avait appris à déconstruire le sujet. Sous l’impulsion de Pontalis, de Gribinski, la réflexion des psychanalystes s’est rapprochée de la littérature. Dans les universités américaines, on étudie les traumas à travers la littérature, et on s’est souvenu de ce que Freud avait puisé dans la littérature. Quant à mon expérience personnelle, mon approche de la psychanalyse est venue par la littérature, à l’occasion de travaux sur l’anorexie, puis sur Virginia Woolf.

 

Le laboratoire central c’est une très bonne expression et un très bon livre, car Pontalis montre à quel point littérature et psychanalyse sont deux sœurs qui cheminent ensemble autour de la manière dont on puise dans l’inconscient pour la création, avec le rêve, la mémoire, ou encore la mémoire du futur. L’œuvre littéraire met en question et en mouvement le lecteur, le fait bouger.

 

Pontalis incite à penser un autre lieu, hors de la théorie philosophie ou de la science : il s’agit du langage, des rêves, c’est-à-dire des autres chemins qui relèvent de l’accès à l’inconscient. C’est là où la littérature retrouve la psychanalyse : la sublimation est un point commun, mais elle ne passe pas par le même chemin. Une pensée qui est mue par l’étonnement est une pensée qui bouge. La psychanalyse n’a pu bouger tant qu’elle est restée fermée dans son armure théorique. La littérature lui a permis d’échapper au dogmatisme. Il faut que ces deux éléments dialoguent. Toute création procède d’un accès direct à l’inconscient, comme le dit Odilon Redon. Tout ce qui vient se mettre en travers du recours direct à l’inconscient inhibe la création. »

 

Couverture de Les fils de Freud sont fatigués Catherine Clément : « Pontalis redonne ses lettres de noblesse à la psychanalyse. Il n’arrête pas de dire que le psychanalyste ne peut se prendre pour un psychanalyste. Ce n’est pas une identité professionnelle. Le psychanalyste a une obligation de résultat, car la psychanalyse a une fonction curative. En 1978, on avait de nombreux « machins » sur la psychanalyse. J’en avais assez, et j’ai publié un livre intitulé Les fils de Freud sont fatigués pour demander aux psychanalystes de s’en tenir à leur vocation thérapeutique. Pontalis passe à la littérature comme écrivain après avoir fermé son cabinet. Il se détache de ses patients pour passer à la littérature proprement dite. Il y a une contradiction pour le psychanalyste entre psychanalyse et littérature : il ne peut pas écrire, car il va rechercher en permanence les raisons pour lesquelles il écrit, ce qu’il ne faut pas faire.

 

Pontalis se résume à travers le terme d’ « amour courtois ». Il a la distance qu’il faut avec la littérature et la psychanalyse. Il a eu la distance qu’il fallait avec Sartre : c’est l’un des seuls qui a claqué la porte des Temps Modernes quand Sartre et Beauvoir voulaient détruire l’université. Il y a chez Pontalis une forme de relation courtoise à la réalité, une distance qui est nécessaire. Mais je me demande si la littérature ne serait pas en danger en fricotant trop avec la psychanalyse. »

 

Tobie Nathan : « C’est une question ancienne. Freud cite des auteurs comme des références, des allégories, mais cela ne veut pas dire qu’il s’en inspire. Il faut s’interroger sur la construction des récits :

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Freud est un formidable constructeur de récits. Il en a fabriqué beaucoup, dans    L’interprétation des rêves par exemple. Il a raconté des fables, comme celle de la  horde primitive. De ce point de vue, il est allé chercher ces récits dans la psychanalyse. Finalement, il a tellement fasciné et un peu terrorisé les gens, qu’on l’a peu utilisé lui-même comme personnage de roman. Un roman extraordinaire a paru en 2007. C’est le roman policier,  L’interprétation des meurtres, qui a eu un succès gigantesque et qui raconte le voyage de Freud aux États-Unis. C’est un livre fabuleux qui fait de Freud un personnage, et il a fallu attendre les romans policiers pour cela !

 

L’Interprétation des meurtres

L’Interprétation des meurtres

 de Jed Rubenfeld

résumé du livre :

En 1909, accompagné de son ami Ferenczi et de son disciple Jung, Sigmund Freud, dont les théories à propos du comportement, du sexe, et de la psychologie faisaient grand bruit, fit son seul et unique voyage à New York, pour donner une série de conférences. Malgré l'immense succès de cette visite, par la suite, Freud en parla toujours comme d'une expérience traumatisante, traitant même les Américains de 'sauvages'. Ses biographes se sont longtemps interrogés sur ce qui avait pu se produire là-bas, allant jusqu'à envisager la possibilité d'un événement inconnu de tous, expliquant ces réactions autrement incompréhensibles chez Freud...

N’oublions pas la partie sauvage de la psychanalyse : les surréalistes ont appris que la création venait du fin fond de soi-même. »

 Sons diffusés :

 

- Julia Kristeva dans Les Amphis de France 5, 1er octobre 1997.

- Edmundo Gomez Mango, dans Les Nouveaux Chemins de la Connaissance, le 2 novembre 2012.

- La Grande Sophie, « Psy, Psychanalyste »

 

 

 

À l’origine de ce livre, un projet partagé par les deux auteurs : montrer ce que la psychanalyse, et tout particulièrement son fondateur, devaient à la littérature. Par des voies assurément différentes, psychanalyse et littérature ne visent-elles pas le même objet ? À savoir rendre compte de la complexité de l’âme humaine, déceler ce qu’il y a en elle de conflictuel, de troublant, d’obscur, explorer des terres inconnues, des terres étrangères. Nous avons porté notre attention sur des auteurs qui ont incontestablement marqué Freud.
Certains qu’il n’a pu que lire – Shakespeare, Goethe, Schiller, Heine, Hoffmann, Dostoïevski –, d’autres qui furent ses contemporains, avec lesquels il a correspondu – Stefan Zweig, Arthur Schnitzler, Romain Rolland, Thomas Mann, sans oublier Jensen et sa Gradiva. Nous avons voulu décrire la relation que Freud avait entretenue avec eux et eux avec lui. D’où notre titre. Enfin nous avons tenu à consacrer quelques pages à Freud écrivain – « Freud avec Freud », en quelque sorte.
En lui le chercheur sceptique, le Forscher, était proche du Dichter, le créateur littéraire. Psychanalyse et littérature sont à la fois des alliées et des rivales.
 
 
 
 

jeudi, 22 janvier 2015

Qui étaient les patients de Freud ? (2)

 

 

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L'homme aux loups (1887-1979)

Ainsi baptisé par Freud d’après le contenu de l’un de ses rêves, ce jeune Russe se nomme Sergius Constantinovitch Pankejeff. Né près de Kherson (Ukraine) de parents richissimes, Pankejeff a passé son enfance dans le palais familial près d’Odessa. Son père souffrait d’accès de dépression profonde et avait fait plusieurs séjours dans la clinique munichoise d’Emil Kraepelin, qui avait diagnostiqué chez lui un état maniaco-dépressif. La sœur aînée de Pankejeff s’est suicidée en 1906 et ses deux cousins, qui vivaient également au palais, étaient traités pour schizophrénie par le psychanalyste russe Moshe Wulff. À l’adolescence, Pankejeff a développé des symptômes similaires à ceux de son père et mène depuis lors une existence de « névrosé doré », voyageant de spécialiste en spécialiste pour tenter d’échapper à ses accès de dépression et à ses ruminations obsessionnelles. Kraepelin, chez qui il fit un séjour, diagnostiqua pareillement chez lui un état maniaco-dépressif héréditaire.

En 1910, passant par Vienne avec son médecin personnel dans l’intention d’aller suivre un traitement chez le psychothérapeute Paul Dubois à Berne, il consulte Freud qui le convainc de commencer plutôt une analyse avec lui. Celle-ci va durer quatre ans et demi, au cours desquels le jeune Pankejeff partage son temps entre l’équitation, l’escrime et le divan. Comme l’analyse piétine du fait de son « attitude d’indifférence aimable », Freud finit par imposer une date butoir pour le traitement et obtient ainsi, nous dit-il, « tout le matériel permettant la résolution des inhibitions et la levée des symptômes du patient », notamment la fameuse « scène primitive » au cours de laquelle le petit « homme aux loups », âgé de 18 mois, était censé avoir pu observer depuis son berceau les ébats amoureux de ses parents.

À l’insistance de Freud, Pankejeff, qui n’en voit pas l’utilité, refait une seconde tranche d’analyse en 1919-1920, au lieu de retourner en Russie pour tenter de sauver sa fortune des bolcheviks (Odessa était à l’époque encore sous contrôle anglais). Ayant tout perdu (à cause de Freud, dira-t-il plus tard) et obligé de rester à Vienne avec sa femme, Pankejeff obtient un poste de modeste employé dans une compagnie d’assurances qu’il gardera jusqu’à sa retraite en 1950. Ses symptômes n’ayant toujours pas disparu, il refait plusieurs tranches d’analyse avec Ruth Mack Brunswick, une disciple de Freud, entre 1926 et 1938, date à laquelle il la rejoint à Paris et à Londres pour traiter une grave dépression consécutive au suicide de sa femme.

Sa carrière psychanalytique reprend après la guerre et continue jusqu’à la fin de sa vie, sous l’égide de la psychanalyste millionnaire Muriel Gardiner et de Kurt Eissler, le responsable des Archives Sigmund Freud. Soigneusement protégé par eux du reste du monde et placé en dépendance financière (Eissler lui envoie 5 000 schillings autrichiens par mois et Gardiner paye ses impôts), Pankejeff est analysé et/ou interviewé à Vienne par une longue série d’analystes mis dans le secret de son identité : Alfred von Winterstein, Eissler (qui le voit une fois par jour durant ses vacances d’été à Vienne), Wilhelm Solms (qui le voit gratuitement une fois par semaine tout en se faisant payer par les Archives Freud), Richard Sterba et bien d’autres encore. D’autres psychanalystes lui passent commande de tableaux représentant son « rêve aux loups », qu’il exécute en série en utilisant un calque. Il écrit aussi des articles d’inspiration freudienne sur des sujets aussi divers que la liberté humaine, le marxisme, l’art, l’astrologie ou les rêves de Swann dans la Recherche de Marcel Proust, qu’il essaie en vain de placer dans des revues psychanalytiques. En 1972, Gardiner fait paraître ses Mémoires anonymes dans un volume préfacé par Anna Freud.

Il faut attendre 1973 pour qu’une personne étrangère aux milieux analytiques, la journaliste viennoise Karin Obholzer, parvienne à retrouver sa trace et à obtenir de lui, non sans difficultés, des entretiens non supervisés par ses mentors psychanalytiques. Dans ceux-ci, publiés après sa mort à Vienne, il révèle entre autres qu’il ne se reconnaît pas dans le livre de ses Mémoires édité par Gardiner, qu’il n’a jamais cru à la fameuse scène primitive postulée par Freud et que, malgré un suivi psychanalytique quasi constant sur une soixantaine d’années, il est toujours sujet aux mêmes symptômes : «  En réalité, toute l’affaire me fait l’effet d’une catastrophe. Je me trouve dans le même état qu’avant d’entrer en traitement chez Freud, et Freud n’est plus là. » Comme il le confiait déjà en 1954 à Eissler, c’était Kraepelin et non Freud qui avait vu juste à propos de son cas : « Ah, Kraepelin, c’est le seul qui y a compris quelque chose ! »

- Mikkel Borch-Jacobsen
Professeur de littérature comparée à l’université de Washington, il est l’auteur de Souvenirs d’Anna O. Une mystification centenaire et, avec Sonu Shamdasani, Le Dossier Freud. Enquête sur l’histoire de la psychanalyse, Les Empêcheurs de penser en rond. Il a aussi contribué au Livre noir de la psychanalyse, Catherine Meyer
 
 
 

 

dimanche, 14 décembre 2014

Qui étaient les patients de Freud ?

 

 
La rencontre avec ses patients a sans conteste nourri les réflexions théoriques 
de Sigmund Freud. Mais la cure a-t-elle toujours amélioré leur état ?
 De nombreux documents historiques permettent aujourd’hui de retracer 
leur parcours. Portraits de quelques-uns d’entre eux.
 
 
 
Vladymyr Lukash
 

 

Anna O. (1859-1936)

Bertha Pappenheim, le vrai nom d’Anna O., appartient à une famille très fortunée de Vienne. Toujours présentée comme la patiente princeps de la psychanalyse, elle n’a en réalité jamais été traitée par Sigmund Freud lui-même mais par son ami et mentor Josef Breuer, médecin attitré des familles de la haute bourgeoisie juive viennoise. Freud ne semble d’ailleurs l’avoir jamais rencontrée, bien qu’elle fût une amie de longue date de sa femme Martha Bernays.

Bertha commence à développer une série d’impressionnants symptômes hystériques en juillet 1880, lorsque son père tombe malade d’une pleurésie qui doit s’avérer mortelle : troubles de la vision, hallucinations, contractures et anesthésies diverses, névralgie faciale, aphasie (Bertha ne parle plus qu’en anglais), états seconds durant lesquels elle adopte un comportement capricieux dont elle n’a plus souvenir après coup, etc. Appelé à son chevet, Breuer remarque qu’il peut faire disparaître un à un les multiples symptômes de sa patiente en lui faisant raconter, durant sa « condition seconde », leur première apparition – ce que Bertha baptise la « talking cure ». S’en suit un véritable marathon thérapeutique qui se terminera, si l’on en croit le récit de cas publié treize ans plus tard par Breuer dans les Études sur l’hystérie, par un complet rétablissement le 7 juin 1882, à la suite d’une ultime narration dépuratoire. Freud, par la suite, présentera toujours la talking cure d’Anna O. comme un « grand succès thérapeutique » (1923) et le « fondement de la thérapie analytique » (1916-1917).

La réalité était tout autre. À la fin du traitement, Breuer fit abruptement interner dans une clinique privée suisse une Bertha souffrant des mêmes symptômes qu’auparavant, ainsi que d’une addiction à la morphine résultant des efforts du médecin pour apaiser sa douloureuse névralgie faciale. Bertha doit faire trois autres séjours en clinique, toujours pour « hystérie », et ce n’est que vers la fin des années 1880, soit six ou sept ans après la fin du traitement de Breuer, qu’elle commence à se rétablir, sans que cette guérison ait manifestement à voir avec la talking cure.

À partir des années 1890, elle se lance dans diverses activités philanthropiques. Devenue une grande figure du travail social et du féminisme, elle ne mentionnera jamais son traitement par Breuer et détruira tous ses documents personnels datant d’avant 1890. Selon le témoignage de sa collaboratrice Dora Edinger, « B. Pappenheim ne parlait jamais de cette période de sa vie et s’opposait avec véhémence à toute suggestion de traitement psychanalytique pour les personnes dont elle avait la charge, à la grande surprise des gens qui travaillaient avec elle ».

 

 

Mme Emmy von N. (1848-1925)

Elle s’appelle Fanny Moser, née von Sulzer-Wart, et est, dit-on, la femme la plus riche d’Europe centrale. Elle souffre de toute une panoplie de symptômes hystériques pour lesquels elle a été traitée dans son château suisse par de multiples spécialistes, dont August Forel et Eugen Bleuler. Venue à Vienne en 1889 pour consulter Breuer, celui-ci l’adresse à son jeune collègue Freud. Le traitement hypnotico-cathartique de Freud semble provoquer une amélioration temporaire, mais ne met nullement fin à la longue carrière hypocondriaque de sa patiente. Après avoir revu Freud à deux reprises en 1890-1891, elle va se faire soigner dans la clinique du psychothérapeute suédois Otto Wetterstrand, qui diagnostique derechef une « hystérie ». Bien plus tard, en 1918, sa fille aînée écrit à Freud pour l’aider à mettre sa mère sous tutelle, en soulignant que son état ne s’est jamais amélioré. Freud décline.

 

 

Petit Hans (1903-1973)

Il était en fait petit Herbert, fils de Max Graf, musicologue et membre du cercle viennois de Freud. Dans un article de 1907, Freud présente cet enfant de 4 ans comme le produit modèle d’une éducation psychanalytiquement éclairée. Pourtant, l’année suivante, son père et Freud dépensent des trésors d’ingéniosité psychanalytique pour le guérir de ce que Freud appelle une « phobie » des chevaux, censée provenir de son complexe de castration. Herbert, plus prosaïquement, attribue quant à lui sa peur des chevaux et des grands animaux à un accident d’omnibus dont il a été témoin, et au cours duquel un cheval est tombé à la renverse. Ses angoisses animalières ayant disparu après un temps, H. Graf grandit sans problème particulier et devient un directeur d’orchestre et metteur en scène d’opéra renommé. Plus tard, dans un post-scriptum ajouté en 1922 à son histoire de cas, Freud y verra une preuve de l’innocuité et de l’efficacité de la psychanalyse d’enfant.

 

 

Dora (1882-1945)

Ida Bauer, comme elle se nomme, est la sœur d’Otto Bauer, qui va devenir l’un des principaux leaders du parti social-démocrate autrichien durant l’entre-deux-guerres. Son père, un riche industriel, amène la jeune Ida chez Freud en 1900, après qu’elle a menacé de se suicider pour faire cesser une situation familiale scabreuse : son père, dit-elle, la livre aux avances sexuelles d’un de ses amis, M. Zellenka, en échange de la complaisance de celui-ci à l’égard de la liaison qu’il entretient avec sa femme. Freud reconnaît le bien-fondé de ses accusations, mais la considère néanmoins comme hystérique au motif qu’elle refuse de façon déraisonnable l’arrangement familial et s’est montrée dégoûtée, à l’âge de 13 ou 14 ans, lorsque M. Zellenka l’a agressée sexuellement dans son magasin. Selon sa cousine Elsa Foges, Ida lui aurait dit au moment de son analyse avec Freud : « Il me pose des tas de questions et je veux y mettre fin » – ce qu’elle fera lorsque son analyste voudra lui faire admettre qu’elle a, pendant tout ce temps, refoulé des désirs libidineux à l’égard de M. Zellenka. Freud considère cette issue comme un échec thérapeutique et une manifestation de résistance, mais les témoignages concordent pour dire qu’Ida Bauer ne manifestera aucun signe de névrose ou d’instabilité psychique dans sa vie ultérieure. Elle épousera un compositeur en 1903, aura un fils et passera le plus clair de son temps à des mondanités dans la haute société viennoise (c’est une bridgeuse accomplie). En 1923, Felix Deutsch devait écrira à sa femme Hélène qu’il a rencontré la « Dora » de Freud et qu’elle « n’a rien de bon à dire au sujet de l’analyse ». Ida Bauer parviendra à grand-peine à s’échapper d’Autriche après l’Anschluss et mourra à New York en 1945.

 

 

L’homme aux rats (1878-1914)

Cet ami d’Alexandre, le frère de Freud, s’appelle Ernst Lanzer et souffre d’une névrose obsessionnelle qui l’a considérablement retardé dans ses études de droit. Il consulte Freud en octobre 1907 après avoir été la proie, durant des manœuvres militaires, d’obsessions et de compulsions qui tournent autour de la peur qu’un supplice impliquant des rats soit infligé à son père (pourtant décédé) et à sa cousine bien-aimée, Gisela Adler. Les notes prises par Freud durant le traitement de Lanzer ont survécu : elles font apparaître non seulement que le patient a rejeté un grand nombre des interprétations qui structurent l’histoire de cas publiée, mais aussi que Freud n’hésite pas à modifier les données cliniques pour les faire correspondre à ses constructions. Si l’on en croit le témoignage de membres de sa famille, l’analyse a néanmoins aidé Lanzer et lui permet de finalement épouser Gisela Adler en 1908, après dix ans d’atermoiements. Toutefois, il change quatre fois de cabinet d’avocat avant de trouver une situation professionnelle stable en 1913. Appelé sur le front en tant qu’officier de réserve en août 1914, il est capturé par l’armée russe le 21 novembre et exécuté quatre jours plus tard.

 

 

Cäcilie M. 
(1847-1900)

Derrière ce pseudonyme se cache Anna von Lieben, née baronnesse von Todesco. Membre de l’aristocratie juive viennoise, elle est immensément riche et vit dans un palais qui existe toujours. Obèse, morphinomane et très cultivée, elle souffre de multiples symptômes et excentricités pour lesquels elle a été suivie par Breuer, le médecin de famille, et par Jean Martin Charcot. Son traitement avec Freud, qui dure de 1887 à 1893, ne produit aucune amélioration de son état, bien au contraire. Sa fille déclarera plus tard que la famille détestait cordialement Freud (« Nous le haïssions tous »), et que la patiente elle-même s’intéressait bien moins à la cure cathartique qu’aux doses de morphine que son docteur lui administrait libéralement.

 

 

A.B.

Le nom de ce patient américain de Freud reste à ce jour protégé par le secret médical, mais David Lynn a pu consulter son dossier à l’hôpital McLean (Harvard). Né au tournant du siècle dans une famille fortunée, il est depuis l’âge de 12 ans excité sexuellement par la vue ou la pensée d’un homme portant une gaine pubienne. À partir de la vingtaine, il développe des pensées paranoïdes pour lesquelles il consulte Pfister et Bleuler, qui diagnostiquent une schizophrénie. Freud le prend en analyse en 1925 malgré un pronostic pessimiste, car il peut payer en dollars. En 1927, Freud mentionne le fétiche d’A.B. dans son article sur « Le fétichisme », en y voyant un cas ambigu de déni/reconnaissance de la castration féminine. Bien que Freud ait, dit-il, trouvé « le secret de sa névrose », l’état d’A.B. se détériore. Rentré aux États-Unis au bout de cinq ans d’analyse, A.B. est interné à l’hôpital McLean où il devra rester jusqu’à sa mort. Il a développé une intense culpabilité au sujet de la masturbation, car Freud la lui avait interdite. Il est également persuadé que sa psychose date du jour où il a constaté que sa mère n’avait pas de pénis (le « secret » découvert par Freud). Comme il n’a aucun souvenir de cet événement, il passera de longues années à s’analyser par écrit pour essayer de le retrouver. Il mourra dans les années 1970, sans y être parvenu.

 

 

Pauline Theiler Silberstein (1871-1891)

Elle est la femme d’Éduard Silberstein, un ami d’enfance de Freud avec qui ce dernier a échangé une abondante correspondance durant leur jeunesse. De quinze ans plus jeune que Silberstein, Pauline a développé une profonde « mélancolie » (dépression) peu après son mariage. Accompagnée d’une domestique qui veille en permanence sur elle, elle vient à Vienne de Braila, en Roumanie, pour se faire traiter par Freud. Elle loge dans l’immeuble voisin du sien, au 10 Maria Theresienstrasse. On ne sait pas combien de temps dure le traitement ni en quoi il consiste, mais d’après Rosita Vieyra, la petite-fille d’Eduard Silberstein, la famille en gardera un souvenir vivace, ainsi que de son issue funeste. Le 14 mai 1891, P. Silberstein se présente devant l’immeuble de Freud, demande à sa domestique de l’attendre en bas et, après avoir gravi quatre étages, se jette dans la cour (constat de décès dressé par la police viennoise). Elle avait 19 ans. Mis à part une lettre adressée le 22 avril 1928 au B’nai B’rith de Braila, dans laquelle il mentionne brièvement avoir eu en traitement la première femme de feu son ami E. Silberstein, Freud ne fera jamais la moindre allusion à ce cuisant échec thérapeutique.

- Mikkel Borch-Jacobsen
 
 
 
 

vendredi, 07 février 2014

Freud : Totem et tabou

" Quand Freud publie Totem et Tabou, en 1913, la psychanalyse est déjà bien installée depuis le début du XXème siècle. L’Association psychanalytique internationale est née en 1910 et, même si l’ensemble de la théorie n’est pas encore consolidée, avec ses ouvrages L’interprétation des rêves et Les trois essais sur la théorie sexuelle, les principaux concepts en sont néanmoins fondés. Signe du succès, les premières dissensions sont apparues, notamment celle de Jung ou d’Alfred Adler sur le complexe d’Œdipe : le fameux désir inconscient d’entretenir un rapport sexuel avec le parent du sexe opposé (c’est l’inceste) et celui d’éliminer le parent rival du même sexe (le parricide). Conçu en 1897, il devient fondamental dans sa pratique clinique quand, précisément, il peut, avec Totem et Tabou, proposer une portée sociale à la psychanalyse. Il élargit en effet sa réflexion de l’individu au groupe, du présent à l’histoire des peuples. Au contact d’une anthropologie en plein développement, il tente, à partir de la psychanalyse, de comprendre la base fondatrice de toute l’organisation des sociétés humaines, la prohibition de l’inceste. C’est à cette fin qu’il s’intéresse à l’élaboration du tabou dans les sociétés et d’abord le tabou de l’inceste, ainsi qu’à la place du totem qui suit le tabou. Il se fonde pour cela sur les travaux monographiques qui se multiplient à l’époque et sur la théorie de Darwin sur la " horde primitive "horde. C’est ainsi qu’il conçoit le mythe d’Œdipe comme l’acte fondateur, l’élément primordial. Ce que dit la psychanalyse " chaque homme éprouve dans son enfance un double désir – tuer son père pour épouser sa mère ", désir refoulé qui peut générer les névroses, passe d’une réalité heureusement non advenue à un événement réel qui concerne toute l’espèce : les hommes vivaient en hordes, sous la domination d’un mâle qui monopolisait les femmes du groupe et excluait les autres mâles. Le crime originel a effectivement eu lieu, le père de ce qu’il appelle la « horde primitive » a bien été assassiné par les autres mâles. Caché, enfoui dans l’inconscient de tous, ce meurtre fondateur marque l’humanité pour toujours : toutes nos religions sont le fruit des sacrifices et des rites au cours desquels des générations entières ont exorcisé ce crime et ont cherché à se racheter en rendant un culte au père assassiné – le totem. Et le parricide explique aussi le tabou de l’inceste comme élément constitutif des sociétés.

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Livre fondamental pour Freud, sans doute le plus controversé à la fois par nombre de psychanalystes et par l’anthropologie qui s’affirme pendant le XXème siècle, Totem et Tabou, après que la psychanalyse a révolutionné l’approche de l’individu, du moi, ouvre une nouvelle et immense réflexion sur le groupe, sur la civilisation, et bientôt sur le sens du primitif. La guerre qui s’ouvre et débouche sur une mêlée meurtrière, bien loin d’éloigner Freud de sa propre théorie, l’amène au contraire à l’approfondir. Ce sera Malaise dans la civilisation, puis Moïse et le monothéisme." - Yves Saint-Geours.

Je ne suis d'aucune doctrine, je veux pouvoir puiser là où l'eau est claire chaque fois qu'elle se trouble pour moi.

samedi, 27 octobre 2012

Chercher dans les profondeurs du rêve...

lanterne.jpg" On n'est à vrai dire jamais sûr d'avoir complètement interprété un rêve; même lorsque sa résolution apparaît satisfaisante et sans lacunes, il n'en reste pas moins toujours possible qu'à travers le même rêve se révèle un autre sens encore."

- S. Freud, L'interprétation du rêve.

mercredi, 24 octobre 2012

Rêver... d'où nous venons...le ventre maternel.

bébé1.jpg"A la base d'un grand nombre de rêves qui sont fréquemment emplis d'angoisse et qui ont souvent contenu le fait de passer par des espaces étroits ou de demeurer dans l'eau, il y a des fantaisies concernant la vie intra-utérine, le séjour dans le ventre maternel et l'acte de naissance."

S. Freud, L'interprétation des rêve.

mardi, 03 juillet 2012

Le rêve éveillé libre allège, élimine les blessures de la petite enfance.

coudre 0.jpg" Plus on s'engage profondément dans l'analyse des rêves, plus on est mis sur la trace d'expériences vécues de l'enfance, ... "

S. Freud,( L'nterprétation du rêve ).