dimanche, 09 juillet 2017

Le cerveau source de sentiments

 

Les affects précèdent-ils l’acte de penser ou bien la pensée suscite-t-elle les émotions ?

 

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Jean-Didier Vincent n’oppose pas la psychanalyse à la méditation, voire la prière, à la compréhension biologique du fonctionnement du cerveau. Il s’exprime sur les adjuvants au fonctionnement cérébral ouvrant la porte d’augmentation des capacités cérébrales, stade cher aux transhumanistes.

Qu’en pense notre invité ?

 

 

Le cerveau travaille tout le temps, nous dit Jean-Didier Vincent, ancien directeur de l’Institut de neurobiologie de Gif-sur-Yvette, professeur de neuroendocrinologie et membre de l'Académie des Sciences.

Auteur de nombreux livres depuis Biologie des passions, en passant par Biologie du couple, Le Cerveau expliqué à mon petit-fils, une dizaine d’ouvrages ont été publiés par Jean-Didier Vincent.

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L’homme a une vision biologisante des émotions par les neurotransmetteurs. Une constatation, le cerveau est le premier organe sexuel…

 

 
Biologie des passions
Biologie des passions
Biologie des passions
Biologie des passions
Biologie des passions
Biologie du couple

Biologie du couple
Biologie du couple
Biologie du couple

 


Le cerveau expliqué à mon petit-fils
Le cerveau expliqué à mon petit-fils
Le cerveau expliqué à mon petit-fils

 

 

lundi, 13 mars 2017

Freud-Averroès: l’inquiétante étrangeté de l’âme

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 Averroès

 

Le moi intime de l'homme est aussi ce qui lui est le plus étranger.

Et si Averroès, démon des Scolastiques, suspect idéal de la philosophie, était le premier théoricien de l'inconscient ?

D'Averroès à Rimbaud en passant par Freud, retour sur l'inquiétante étrangeté de l'âme avec Jean-Baptiste Brenet

 

 " L'âme ne pense pas sans images "

TEXTES

  • Averroès, L’intelligence et la pensée, Grand commentaire sur De l’âme d’Aristote

  • Sigmund FREUD, L’Inquiétante étrangeté et autres essais, " Une difficulté de la psychanalyse"

  • Averroès, Résumé du traité du sens et du sensible, in Compendia librorum Aristotelis qui Parva Naturalia vocantur p.39

  • Arthur Rimbaud, Lettre du Voyant, à Paul Demeny, 15 mai 1871, in Poésies complètes

EXTRAITS

  • Le Destin (arabe : Al-Massir, film égyptien) Youssef Chahine, 1997

  • La Maison du Docteur Edwardes, Alfred Hitchcock, 1945

  • Archive:Jacques Lacan, Analyse spectrale de l'Occident

 

 

Intervenants : Jean-Baptiste Brenet :

médiéviste, professeur de philosophie arabe à l'université de Paris 1-Panthéon Sorbonne.

 

 

 

 

 

samedi, 04 mars 2017

Critiques en herbe : L'exposition "La Renaissance et le Rêve"

 

Une oeuvre de Jérome Bosch décryptée par nos critiques en herbe.

 

 

 

dimanche, 29 janvier 2017

Quand la pensée symbolique apparaît-elle chez l’humain ?

 

Les dessins pariétaux découverts dans la grotte Chauvet, qui datent de 35 000 ans avant J-C , montrent qu’Homo Sapiens cherche déjà un sens, une symbolique produite de l’art que viendront conforter d’autres découvertes.

 

Cerveau normal,  image à résonance magnétique en couleurs.

Cerveau normal, image à résonance magnétique en couleurs.

 

Une émission proposée et présentée par René Frydman.

Intervenants :Jean-Pierre Changeux 

Neurobiologiste, Professeur Honoraire au Collège de France et à l'institut Pasteur. Membre de l'Académie des Sciences

 

Y a-t-il un progrès dans l’art depuis ces temps lointains ?

Qu’est-ce que la notion de beau ?

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La recherche scientifique menée par Jean-Pierre Changeux depuis des années se porte sur les phénomènes neurologiques de la contemplation de l’œuvre d’art et de la création artistique.

Déjà avec Pierre Boulez et Philippe Manoury il a exploré les voies de l’émotion et de la raison en musique dans un livre intitulé Les neurones enchantés. Le cerveau et la musique.

Résultat de recherche d'images pour "La beauté dans le cerveau"

Dans son dernier livre La beauté dans le cerveau, il s’agit de l’œil, de ses mouvements incessants pour jauger le tableau à l’aune de l’histoire de l’art, de la nouveauté et du plaisir esthétique.

De nombreux créateurs avancent puis reculent en zig zag avant d’avoir le sentiment que le tableau est fini, que l’œuvre est terminée. Y a-t-il de l’aléatoire dans le geste, peut-être. En tout cas accepter ou corriger c’est le pouvoir de l’artiste.

 

-

 

Jean-Pierre Changeux a été président de la Commission interministérielle d’agrément pour la conservation du patrimoine artistique national français et président du Comité consultatif national d’éthique.

Il est l’auteur, notamment, de Raison et plaisir, de Matière à pensée (avec Alain Connes), de La Nature et la Règle. Ce qui nous fait penser (avec Paul Ricœur), de L’ Homme de vérité, de Du vrai, du beau, du bien et, avec Pierre Boulez et Philippe Manoury, des Neurones enchantés. Le cerveau et la musique.

 

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Ce qui se passe dans la tête du créateur, du compositeur, lorsqu'il crée, demeure encore inconnu. C'est ce "mystère" que se propose d'éclairer ce livre.

 

La création artistique relève-t-elle de processus intellectuels et biologiques spécifiques ? Peut-on s'approcher au plus près de son mécanisme pour parvenir à comprendre comment un compositeur, un musicien, un chef d'orchestre, choisit de mettre ensemble telle et telle note, de faire se succéder tel et tel rythme, de faire émerger du neuf, de produire de la beauté, de susciter l'émotion ?

La compréhension de ce qui se déroule dans le cerveau du compositeur lorsqu'il écrit Le Sacre du printemps ou Le Marteau sans maître est-elle possible ?

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Quelles relations peut-on établir entre les briques élémentaires de notre cerveau que sont les molécules, les synapses et les neurones, et des activités mentales aussi complexes que la perception du beau ou la création musicale ?

Tenter de constituer une neuroscience de l'art, tel est l'enjeu de ce livre, qui procède d'un débat entre Jean-Pierre Changeux, le neurobiologiste, qui a fait du cerveau l'objet privilégié de ses recherches, et Pierre Boulez, le compositeur, pour qui les questions théoriques liées à son art, la musique, ont toujours été essentielles, et auquel s'est joint Philippe Manoury pour apporter son éclairage de musicologue.

 

lundi, 19 décembre 2016

"Sous les coups : violences conjugales"

 

 

 

Quelle que soit la situation sociale, économique, politique ou culturelle, les violences conjugales font vivre les femmes dans la terreur.

 

 

 

 

 

Là où la violence domine et où le contexte est le plus dangereux c’est bien souvent au sein du huis clos familial. Elle est le résultat d’interactions de facteurs individuels, relationnels, sociaux, culturels et environnementaux, considérés souvent à tort comme « des conflits familiaux ». 

 

 

Souvent identiques les mécanismes sont banalisés : domination, soumission, pression psychologique…

 

 

 

Quel sera le chemin à parcourir ? Quelles sont les formes de la violence domestique ?

Quelles sont les perceptions et les représentations des violences :  « normes » ?

 

 

 

 

Pour écouter, conseiller et orienter les femmes victimes de violences, chaque maillon de la chaîne à sa  responsabilité et son importance.

 

 

 

 

"Ne restons pas muets face aux violences conjugales", film d'Olivier Dahan réalisé pour Amnesty Internationale (2006) : avec Didier Bourdon, Clotilde Coureau, ...

 

Les Violences conjugales : Dix films pour en parler, sur les Ecrans du social

 

 

 

 

 

Ne restons pas muets face aux violences conjugales !

 

 


 

Olivier Dahan a réalisé un film de 2 minutes 30 qui met en scène les violences conjugales et incite les témoins de ces violences à réagir.

 

 
 

 

 

 

Lectures :

 

  • Les violences faites aux femmes en France : une affaire d'Etat
    • Amnesty International
  • Le livre noir de la condition des femmes
    • Christine Ockrent
  • De la violence (volume 2)
    • Françoise Héritier
  • De la violence (Volume 1)
    • Françoise Héritier
  • Femmes sous emprise : les ressorts de la violence dans le couple
    • Marie-France Hirigoyen
  • La domination masculine
    • Pierre Bourdieu
  • Nous, femmes battues : entre espoir et désespoir
    • Bénita Rolland
    • Alain Carné
  • Masculin, Féminin II – Dissoudre la hiérarchie
    • Françoise Héritier
  • Les violences envers les femmes en France. Une enquête nationale
  • Pourquoi les hommes frappent les femmes
    • Aldo Rocco
  • Les hommes violents
    • Daniel Welzer-Lang
  • Arrête ! Tu me fais mal ! : la violence domestique en 60 questions et 59 réponses
    • Daniel Welzer-Lang

mercredi, 23 novembre 2016

Mary Dorsan

 

Son premier roman " Le présent infini s'arrête " est un coup de cœur littéraire, il laisse deviner un grand talent.

 

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L'auteure ?

Mary Dorsan, infirmière psychiatrique. Elle décrit le quotidien d'un appartement thérapeutique, la souffrance des adolescents, la relation avec les soignants.

Un ouvrage à ne pas manquer...

 

Extrait sonore :

« Valerie » interprétée par Amy Winehouse, chanson de Sean Payne, Dave McCabe, Abi Harding, Boyan Chowdhury et Russell Pritchard, enregistrée le 10 janvier 2007 pour le Jo Whiley Live Lounge 2007, extrait de l’album Amy Winehouse at the BBC, Universal, 2012

 

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Mary Dorsan est infirmière psychiatrique, dans un appartement thérapeutique avec des patients entre l’âge de 13 et 20 ans. « On est en banlieue, pas à l’hôpital. » Après beaucoup de tensions, elle crache un jour sur un patient. « Je m’en suis beaucoup voulu, j’ai beaucoup pleuré. Je suis une soignante avec une éthique plutôt forte. Je venais de faire du mal à un patient, or toute cette violence, c’est de la souffrance. » Après avoir beaucoup pensé à ce qui lui était arrivé, elle se décide à écrire.

 

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Ce travail d’écriture débouche sur un roman fort et magnifique de 720 pages : « quand j’écrivais, c’était sur la feuille A4 de l’ordinateur et je n’avais aucune idée de ce que pouvait représenter la longueur du livre. » Elle écrit le matin, avant d’aller travailler (« j’étais obligé de me doucher et de déjeuner en urgence ») ou en revenant, parfois pendant quelques nuits d’insomnie. « J’ai choisi les moments symboliques qui pouvaient le mieux raconter l’histoire. Je voulais m’exposer. J’ai voulu exposer tout ce qu’il y avait à l’intérieur de ma tête. On n’ose pas raconter des histoires comme ça. » Elle raconte toutes ces choses qui pèsent sur nous. « Les émotions, on en parle dans les colloques ou dans les magazines scientifiques ? »

 

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Mary Dorsan prend le temps de regarder tout ce qui se passe autour d’elle : « il y a des tas de choses à regarder, explique-t-elle. D’abord le silence, et puis ce qui vient dans la tête est partagé. » Elle regarde, montre, décrit, mais elle ne dit jamais comment voir ou comment lire : « Je n’aime pas que l’on dise comment lire car chacun lit comme il veut. »

 

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Aujourd’hui, Mary Dorsan se sent coincée entre plusieurs identités : « je suis l’infirmière psychiatrique qui est responsables par rapport à ses collègues ou à ses patients ; je suis moi, avec la tentation de la provocation, de tout bousculer, de mettre les autres face à leur propre introspection ; et puis serais-je par hasard écrivain, quelqu’un qui aurait écrit toutes ces pages ? »

 

Quatrième de couverture

« Bon, j’écris ce qui se passe dans mon service. Je travaille dans un appartement thérapeutique, rattaché à un hôpital psychiatrique. On accueille des adolescents. Très malades, souvent, dont personne ne veut. Qui en plus de leurs troubles psychiatriques, ont des troubles de l’attachement, des pathologies du lien. Alors ça remue ! Ça remue les soignants.
J’écris les souffrances de ces jeunes. La diffi culté de les soigner, de les accompagner ou tout simplement de rester là, avec eux. Je tente d’écrire la complexité des relations avec eux et la complexité des effets sur les soignants et les relations des soignants entre eux. Je veux raconter ce que c’est, ce travail, leur vie. Je veux… Dire. Décrire. Montrer. Tout. Le bon et le mauvais. Je voudrais que l’on pense davantage à eux. Ces adolescents sont invisibles ou méconnus dans notre société. Ou incompris. Terriblement vulnérables, fragiles, si près de l’exclusion totale, ils sont à la marge. À la marge de notre pensée, de nos yeux. Au cœur de mon cœur. »

 

 

 

mercredi, 26 octobre 2016

BACLOFÈNE ET ALCOOLISME : LE BILAN

 

 

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Deux essais cliniques en cours

 

Outre ce suivi par l’ANSM, deux essais cliniques sont en cours en France, Alpadir et Bacloville : les premiers au monde, selon Philippe Jaury, le coordonnateur de Bacloville. À l’étranger, d’autres études se déroulent également, mais elles ont débuté plus tard.

Conduit en milieu hospitalier, Alpadir a pour objectif le maintien dans le temps de l’abstinence chez des patients sevrés. Le dosage maximum de baclofène est de 180 milligrammes par jour sur six mois. Les résultats sont en cours d’analyse.

 

 

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Mené avec des médecins généralistes, Bacloville est quant à lui un essai clinique multicentrique (plusieurs lieux en France) et randomisé en double aveugle. Il porte sur 320 patients  et sur un an. Le baclofène est prescrit avec une nouvelle posologie : jusqu’à 300 milligrammes par jour, une dose très élevée. « L’analyse des résultats doit débuter à la mi-avril 2015 », précise Philippe Jaury, qui ne dévoile rien des premières données, mais se montre confiant.

Il faudra aussi mieux comprendre les mécanismes d’action du baclofène : pourquoi, en effet, ne devient-il actif qu’à si hautes doses ? Directrice de recherche au CNRS, au laboratoire Neuroplasticité et thérapies des addictions, Florence Noble suppose que de nouveaux mécanismes biochimiques restent peut-être à découvrir.

 

« Le baclofène a changé la vie de beaucoup de patients alcoolo-dépendants, ils sont devenus indifférents à l’alcool », constate Philippe Jaury, médecin addictologue et professeur à la faculté de médecine de l’université Paris Descartes. Cette molécule est utilisée depuis les années 1970 comme décontractant musculaire. À hautes doses, elle aiderait à réduire sa consommation d’alcool, voire à devenir abstinent.

 

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Jusque-là, la seule solution proposée aux personnes alcooliques était l’abstinence pure et simple. Désormais, « l’abstinence devient une conséquence du traitement et non pas un objectif en soi,explique Philippe Jaury, l'un des pionniers de la prescription du baclofène à hautes doses, cela change complètement la prise en charge ».

 

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Depuis le témoignage d’Olivier Ameisen, les prescriptions se sont littéralement  envolées. Si bien qu’en 2012, selon l’assurance maladie, plus de 33 000 personnes alcoolo-dépendantes débutaient un traitement au baclofène, soit près de dix fois plus qu’en 2007.

« Quand les patients ont appris qu’on pouvait les soigner sans exiger d’eux qu’ils deviennent totalement abstinents, on a vu arriver dans nos cabinets des gens qui, jusque-là, refusaient de venir », se souvient Philippe Jaury. Avant d'ajouter : « Ce qui est bluffant avec le baclofène, c’est qu'au bout de trois à quatre mois, des patients nous annoncent qu’ils ne boivent plus, alors que leur objectif était simplement de boire normalement, comme tout le monde ».

 

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Un bilan positif…

Il y a un peu plus d’un an maintenant que la première recommandation temporaire d’utilisation a été accordée pour raison de santé publique au baclofène par l’Agence nationale de sécurité du médicament. D’une durée de trois ans renouvelable, elle permet aux médecins de prescrire légalement cette molécule hors autorisation de mise sur le marché aux patients pour lesquels les autres traitements disponibles ont échoué. Les deux indications sont : le maintien de l’abstinence chez des patients sevrés et la réduction majeure de la consommation d’alcool pour des personnes alcoolo-dépendantes à haut risque. La posologie ne doit pas dépasser 300 milligrammes par jour.

 

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L’ANSM dresse un bilan plutôt positif du suivi de six mois effectué sur quelque 2000 patients (ceux ayant effectué au moins une visite de suivi) : 74 % des patients nouvellement traités et 45 % des patients déjà traités ont vu diminuer leur besoin irrépressible de boire (craving). En outre, alors que 12 % des patients suivis étaient abstinents au début du traitement, 32 % l’étaient six mois après. Et parmi ceux qui étaient déjà en traitement, près de la moitié étaient toujours abstinents à l’issue du suivi. Une diminution moyenne de la consommation est aussi enregistrée. Elle est de 56 grammes par jour pour les patients qui débutaient le traitement, soit quatre à cinq verres de vin. Pour ceux déjà traités, elle est de 15 grammes par jour, soit un peu plus d'un verre. Toutefois, pour 1,1 % des patients, des effets secondaires graves possiblement liés au baclofène ont été rapportés, notamment de nature neurologique et psychiatrique. « Les effets secondaires sont importants et varient d'un patient à l'autre, mais ils sont beaucoup moins nombreux qu'avec l'alcool » constate Philippe Jaury.

… mais limité

Cela étant, il relève que ce suivi présente plusieurs limites méthodologiques. Tout d’abord, « ces données ne renseignent pas sur l’effet placebo ». C'est pour cela que les études cliniques habituelles sont réalisées en double aveugle : le médecin et le patient ignorent si c’est la molécule ou le placebo qui sont prescrits. De plus, « les contre-indications spécifiques de la RTU excluent à peu près la moitié des patients », déplore-t-il. Sont écartés du suivi, par exemple, les conducteurs d’un véhicule et les personnes souffrant d’une dépression caractérisée d’intensité sévère.

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Quant au portail électronique conçu pour transmettre les données, il se révèle beaucoup trop complexe à l’usage et nécessiterait, selon lui, une formation préalable. Au 20 mars 2015, quelque 5 000 patients seulement étaient enregistrés. « Cette proportion est très faible au regard de l’estimation de l’ensemble des patients traités », reconnaît l’ANSM. « Des études plus cadrées sont nécessaires conclue Philippe Jaury, c’est-à-dire randomisées en double aveugle contre placebo ».



jeudi, 18 août 2016

Aimez-vous le vert ?


Michel Pastoureau : directeur d'études au Cnrs et à l'Ehess

" Vert, histoire d'une couleur "

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          Le livre de Michel Pastoureau retrace la longue histoire sociale, artistique et symbolique du vert dans les sociétés européennes, de la Grèce antique jusqu’à nos jours. Il souligne combien cette couleur qui a longtemps été difficile à fabriquer, et plus encore à fixer, n’est pas seulement celle de la végétation, mais aussi et surtout celle du Destin. Chimiquement instable, le vert a symboliquement été associé à tout ce qui était instable: l’enfance, l’amour, la chance, le jeu, le hasard, l’argent.

 

 

 

 Ce n’est qu’à l’époque romantique qu’il est définitivement devenu la couleur de la nature, puis celle de la santé, de l’hygiène et enfin de l’écologie. Aujourd’hui, l’Occident lui confie l’impossible mission de sauver la planète.

 

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Aimez-vous le vert ? A cette question les réponses sont partagées. En Europe, une personne sur six environ a le vert pour couleur préférée ; mais il s'en trouve presque autant pour détester le vert, tant chez les hommes que chez les femmes. Les vert est une couleur ambivalente, sinon ambiguë : symbole de vie, de sève, de chance et d'espérance d'un côté, il est de l'autre associé au poison, au malheur, au Diable et à ses créatures. Le livre de Michel Pastoureau retrace la longue histoire sociale, artistique et symbolique du vert dans les sociétés européennes, de la Grève antique jusqu'à nos jours. Il souligne combien cette couleur  qui a longtemps été difficile à fabriquer, et plus encore à fixer, n'est pas seulement celle de la végétation, mais aussi et surtout celle du Destin. Chimiquement instable, le vert a symboliquement été associé à tout ce qui était instable : l'enfance, l'amour, la chance, le jeu, le hasard, l'argent. Ce n'est qu'à l'époque romantique qu'il est devenu définitivement la couleur de la nature, puis celle de la santé et de l'hygiène et enfin de l'écologie. Aujourd'hui, l'Occident lui confie l'impossible mission de sauver la planète.
- Quatrième de couverture

vendredi, 08 juillet 2016

Les mystères de la licorne

 

 

La Dame à la licorne

 

Place au portrait d’un animal imaginaire, qui occupe une place tout à fait à part au sein des créatures merveilleuses.

 

 

 

Michel Pastoureau nous conte l’histoire d’une créature dont nous n’avons pas fini de percer le mystère : la licorne.

Grand spécialiste de l’histoire des animaux, des couleurs et de l’héraldique, fin connaisseur des mythologies et de la symbolique qui entourent les bêtes de toute nature, qu’elles soient réelles ou imaginaires, s’apprête à publier, un ouvrage sur le sujet. 

 

 

- Lecture d’un extrait du Journal d’un voyageur pendant la guerre de 1870 de Georges SAND, sur France culture le 24 avril 1979.

- Lecture du poème La Licorne de Rainer Maria RILKE, extrait des Sonnets à Orphée parus en 1922, lu par le poète Robert SABATIER, dans le cadre de l’émission Le livre de chevet sur France culture, le 30 août 1967.

- Lecture d’un extrait de Le livre du trésor de Brunetti LATINI (XIIIe siècle), par Catherine LABORDE, dans le cadre de l’émission Le cabinet des curiosités, sur France culture le 24 février 1998.

- Interview de Salvador DALI dans le cadre de l’émission télévisée Gros plan, réalisée par Pierre CARDINAL, le 30 septembre 1961.

- Lecture d’un texte du Père Jérôme LOBO (1593-1678), dans le cadre de l’émission L’échappée belle sur France culture, le 7 juin 1985.  

- Interview de la romancière et essayiste Yvonne CAROUTCH, dans le cadre de l’émission L’échappée belle sur France culture, le 7 juin 1985. 

 

 

 

 

Les sonnets à Orphée (la Licorne) 

 

 

Oh ! C'est elle, la bête qui n'existe pas.

Eux, ils n'en savaient rien, et de toutes façons

- son allure et son port, son col et même la lumière

calme de son regard - ils l'ont aimée.

 

Elle, c'est vrai, n'existait point. Mais parce qu'ils l'aimaient

bête pure, elle fut. Toujours ils lui laissaient l'espace.

Et dans ce clair espace épargné, doucement,

Elle leva la tête, ayant à peine besoin d'être.

 

Ce ne fut pas de grain qu'ils la nourrirent, mais

rien que toujours, de la possibilité d'être.

Et cela lui donna, à elle, tant de force,

 

Qu'elle s'en fit une corne à son front. L'unicorne.

Et puis s'en vint de là, blanche, vers une vierge,

Et fut dans le miroir d'argent, et puis en elle.

- Rainer Maria Rilke

 

 

 

 

« La bête la plus sauvage de l’Inde est le monoceros ; il a le corps du cheval, la tête du cerf, les pieds de l’éléphant, la queue du sanglier ; un mugissement grave, une seule corne noire haute de deux coudées qui se dresse au milieu du front. On dit qu’on ne le prend pas vivant. »

 Pline l'Ancien, Histoire naturelle, livre VIII, chapitre XXXI

 

 

 

dimanche, 19 juin 2016

Bachelard : le corps des larmes

 

L’eau et les rêves de Gaston Bachelard n’est ni un récit, ni un roman, ni un essai, ni même un long poème, mais une étude qui, aussi musicale que silencieuse, combine à merveille ces quatre éléments.

Le poète y trouvera un souffle, l’amateur un réconfort, le scientifique un répit, le philosophe une source vive.

Bonjour à tous, bienvenue chez Gaston Bachelard, dans l’âtre et les divagations d’une philosophie de la meilleure eau.

 

 

Gaston Bachelard en 1965

 

 

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" Au temps où j’écoutais mûrir les mirabelles, je voyais le soleil caresser tous les fruits, dorer toutes les rondeurs, polir toutes les richesses. Le vert ruisseau, dans sa légère cascade, ébranlait les cloches de l’ancolie. Un son bleu s’envolait. La grappe des fleurs lançait sans fin des trilles dans le ciel bleu. "

 

 

lundi, 06 juin 2016

Qui a peur du grand méchant loup ?

 

 

LES CONTES DE PERRAULT

Le petit Chaperon rouge

 

 

 

Gustave Doré, illustration pour Le petit chaperon rouge de Charles Perrault

 

 

 

Réputé vorace, cruel, destructeur, sanguinaire et même amateur de chair humaine, la bête dont il est question terrifie l'homme depuis la nuit des temps. Fondée ou non, cette peur fait en tout cas partie de notre histoire culturelle. Michel Pastoureau nous conte l’histoire d’un grand méchant, ou supposé tel : le loup.

 

loup dominique gall artiste peintre animalier

Dominique Gall.

 

samedi, 14 mai 2016

Fanny Déchanet-Platz : " L'écrivain, le sommeil et les rêves "

 

 

 

 

L'auteur nous invite à passer par toutes les étapes d'une nuit réelle: endormissement, sommeil profond, rêves, réveil, et aussi, les " guets-apens" de l'insomnie, le somnambulisme, les rêves traumatiques,... ceci à travers les écrivains ( entre 1800 et 1945 ). Entrons dans le monde inconscient et poétique du sommeil, et la " composition symbolique " du rêve, grâce à Balzac, Valéry, Proust et son Albertine, Nodier, les surréalistes, Yourcenar,... et bien d'autres.

De page en page, rêve faisant, notre intérêt grandit avec plaisir.

 

 

Propos recueillis par Aurélie Djian :

En lisant La Prisonnière de Marcel Proust, Fanny Dechanet-Platz, agrégée de lettres et professeur à Grenoble, s'est arrêtée sur les pages consacrées au sommeil d'Albertine. Surgit alors l'envie d'en savoir plus sur le sommeil. C'est le commencement d'une thèse de littérature à plusieurs voix, L'Écrivain, le sommeil et les rêves, au parti pris pluridisciplinaire : pour comprendre les différents types de sommeil (lent et paradoxal), leurs degrés de profondeur et leurs correspondances littéraires, l'auteur s'est tournée vers la recherche en neurophysiologie (notamment vers les travaux de Michel Jouvet et la rencontre de Lucile Garma, neuropsychiatre, psychanalyste et spécialiste du sommeil à la Salpêtrière).

 

La publication de L'Interprétation des rêves de Freud en 1899 est le pivot de cette étude, qui porte sur la période 1800-1945. On découvre notamment comment Proust, contemporain de Freud mais ignorant sa méthode, parvient à décrire très précisément le parcours du dormeur, les variations de profondeur du sommeil ("Alors, sur le char du sommeil, on descend dans les profondeurs où le souvenir ne peut plus le rejoindre et en deçà desquelles l'esprit a été obligé de rebrousser chemin..."), ou encore les "rêves de commodité" qui interviennent juste avant le réveil et s'arrangent des stimuli extérieurs, fonctionnant ainsi comme des "gardiens du sommeil".

 

L'argumentation suit, phase après phase, la "logique interne du sommeil" (endormissement, sommeil, réveil) et progresse selon des allers-retours passionnants entre sommeil littéraire et clinique du sommeil.

 

 

 

 Entretien :

 

Vous dressez une phénoménologie du sommeil qui consiste d'abord à observer le dormeur, en prêtant une attention particulière aux marges du sommeil. Pourquoi ?

 

Parler de son sommeil, c'est parler de ce dont on se souvient. Le regard est surtout rétrospectif. On pense immédiatement aux souvenirs de rêves, mais les auteurs sont aussi fascinés par l'autre sommeil, celui où l'on ne rêve pas (ou très peu) : le "sommeil lent".

Leur fascination s'accroche inévitablement aux phénomènes qu'ils ont gardés en mémoire, les plus proches du seuil de la vigilance : c'est pourquoi le demi-sommeil chez Bosco, le réveil chez Fargue, les insomnies chez Corbière et Proust, et le sursaut après un cauchemar sont plus présents en effet que le plein sommeil, très profond et sans image, inaccessible à la mémoire et que l'on ne peut qu'imaginer.

 

Pour quelles raisons insistez-vous tant sur l'analogie entre le "travail du rêve" tel qu'il a été décrit par Freud et l'art du roman ?

 

Je veux d'abord dire que cette analogie s'est clairement manifestée dans certains textes ; mon intention n'était pas du tout de "psychanalyser" le sommeil littéraire. Cela dit, j'ai été frappée par l'étude de Freud sur la Gradiva de Jensen, où il explique que l'écrivain, sans être particulièrement au fait des mécanismes de l'inconscient, en a finalement l'intuition, par la qualité de son introspection.

Il est étonnant de lire chez Proust, sans que jamais Freud ne soit mentionné (vraisemblablement, Freud ne connaissait pas Proust non plus), des comparaisons entre le travail du rêve et celui du romancier, notamment dans la distribution de sa personnalité en plusieurs personnages. Le procédé de dramatisation qu'évoque Freud (c'est-à-dire transformer une pensée en une situation) appelle l'idée de mise en scène, de même que les "masques" que revêtent certains personnages. On passe du roman au théâtre, mais c'est le même processus. Le rôle important des symboles dans les rêves fait aussi penser au texte littéraire où tout peut faire signe.

 

Vous mettez en scène dans votre livre la figure d'un dormeur littéraire. Est-ce une manière de mettre sur le même plan expérience littéraire et expérience réelle, mêlant ainsi les différents dormeurs possibles ?

 

Absolument. Les textes que je lisais me donnaient la sensation que beaucoup de descriptions de sommeils, de récits de rêves n'étaient pas "fabriqués" artificiellement pour "faire onirique" ou grossir les traits du dormeur. J'y croyais parce que cela ressemble à mon sommeil...

Il m'a donc semblé que l'on ne parle du sommeil et du rêve qu'en référence à sa propre expérience. C'est pourquoi j'ai voulu mettre le dormeur au coeur de l'étude, plutôt que de choisir un plan chronologique qui déroulerait les représentations du sommeil du romantisme à la seconde guerre mondiale.

En mettant sur le même plan tous ces dormeurs de la littérature, sans distinction d'époque ou de genre, on arrive à la création d'un dormeur fictif qui incarne le paradoxe d'un sommeil à la fois intime, individuel, mais aussi universel. Individuel parce que personne ne pourra jamais dormir à notre place, universel parce que nous sommes tous concernés par cette expérience quotidienne.

Même si mon analyse porte sur des oeuvres, je reviens en effet sans cesse à notre expérience courante du sommeil et du rêve, parce que ces phénomènes touchent chacun intimement. Associer les dormeurs que nous sommes aux dormeurs littéraires, c'est renforcer l'image d'un sommeil cosmique, qui touche toute chose. J'aime beaucoup cette image parce qu'elle rend vraiment sensible la forme de communion de l'endormissement qui nous emporte tous, chaque soir, à peu près en même temps, sans qu'on le réalise.

 

mardi, 29 mars 2016

La baleine : fragile héritage

 

L'historien Michel Pastoureau raconte l'histoire de la baleine,replacée dans la longue durée des rêves, des stupéfactions, des concupiscences que les hommes ont éprouvées en face de ce mammifère prodigieux.

 

 

 

 

 

Nul ne peut être exempt de quelque émotion à apprendre que parmi les ravages que les humains infligent à la zoodiversité, ce très impressionnant cétacé a été mis en péril par la chasse dévergondée qui en a été faite et l’est peut-être encore. Dans le livre de François Garde intitulé La Baleine dans tous ses états, je relève ce propos qui nous touche : « Le destin des cétacés nous conduit à une sourde nostalgie. Nous savons vaguement que jusqu’au milieu du XXe siècle la chasse a menacé la survie des espèces. Le choc entre la sérénité que nous leur prêtons et la violence de cette chasse nous heurte de plein fouet. Il nous renvoie à nos contradictions, nos lâchetés, nos échecs dans notre relation avec la nature. »       

 

 

Michel Pastoureau nous parle de la baleine, replacée dans la longue durée des rêves, des stupéfactions, des concupiscences que les hommes ont éprouvées en face de ce mammifère prodigieux.  Michel Pastoureau sait éclairer de sa science multiforme les messages que nous apportent les couleurs, les plantes, les animaux et leur prégnance d’âge en âge, parmi les émotions collectives – avec parfois l’effort d’un sang froid. Aujourd’hui, en face de nous deux : la baleine. Jean-Noël Jeanneney

 

 « La pêche à la baleine »

poème de Jacques Prévert

 

À la pêche à la baleine, à la pêche à la baleine,
Disait le père d'une voix courroucée
À son fils Prosper, sous l'armoire allongé,
À la pêche à la baleine, à la pêche à la baleine,
Tu ne veux pas aller,
Et pourquoi donc ?
Et pourquoi donc que j'irais pêcher une bête
Qui ne m'a rien fait, papa,
Va la pêpé, va la pêcher toi-même,
Puisque ça te plaît,
J'aime mieux rester à la maison avec ma pauvre mère
Et le cousin Gaston.
Alors dans sa baleinière le père tout seul s'en est allé
Sur la mer démontée...
Voilà le père sur la mer,
Voilà le fils à la maison,
Voilà la baleine en colère,
Et voilà le cousin Gaston qui renverse la soupière,
La soupière au bouillon.
La mer était mauvaise,
La soupe était bonne.
Et voilà sur sa chaise Prosper qui se désole :
À la pêche à la baleine, je ne suis pas allé,
Et pourquoi donc que j'y ai pas été ?
Peut-être qu'on l'aurait attrapée,
Alors j'aurais pu en manger.
Mais voilà la porte qui s'ouvre, et ruisselant d'eau
Le père apparaît hors d'haleine,
Tenant la baleine sur son dos.
Il jette l'animal sur la table, une belle baleine aux yeux
bleus,
Une bête comme on en voit peu,
Et dit d'une voix lamentable :
Dépêchez-vous de la dépecer,
J'ai faim, j'ai soif, je veux manger.
Mais voilà Prosper qui se lève,
Regardant son père dans le blanc des yeux,
Dans le blanc des yeux bleus de son père,
Bleus comme ceux de la baleine aux yeux bleus :
Et pourquoi donc je dépècerais une pauvre bête qui m'a
rien fait ?
Tant pis, j'abandonne ma part.
Puis il jette le couteau par terre,
Mais la baleine s'en empare, et se précipitant sur le père
Elle le transperce de père en part.
Ah, ah, dit le cousin Gaston,
On me rappelle la chasse, la chasse aux papillons.
Et voilà
Voilà Prosper qui prépare les faire-part,
La mère qui prend le deuil de son pauvre mari
Et la baleine, la larme à l'oeil contemplant le foyer détruit.
Soudain elle s'écrie :
Et pourquoi donc j'ai tué ce pauvre imbécile,
Maintenant les autres vont me pourchasser en moto-godille
Et puis ils vont exterminer toute ma petite famille.
Alors éclatant d'un rire inquiétant,
Elle se dirige vers la porte et dit
À la veuve en passant :
Madame, si quelqu'un vient me demander,
Soyez aimable et répondez :
La baleine est sortie,
Asseyez-vous,
Attendez là,
Dans une quinzaine d'années, sans doute elle reviendra...

 

 

 Face à nous  : la baleine. Jean-Noël Jeanneney

 

 

mercredi, 25 novembre 2015

Le roman du renard

 

 

 

Intelligent, habile, adroit, diplomate, espiègle, l'animal dont il va être question est aussi réputé calculateur, sournois, flatteur, voleur, fourbe ou même carrément perfide. Malin, à n'en pas douter, mais malin comme un diable. Rusé en un mot, mais pour le meilleur ou pour le pire ?

 

 

Les hommes semblent avoir oscillé, d'une époque à l'autre, entre l'éloge ou le blâme. Serait-ce parce qu'il est avant tout un animal sauvage, qui donc par définition nous échappe ?  Michel Pastoureau nous raconte : le renard.

 

 

 

Les hommes semblent avoir oscillé, d'une époque à l'autre, entre l'éloge ou le blâme du "rusé renard".

 

 

 

 

vendredi, 23 octobre 2015

L'autodestruction du mouvement psychanalytique...

 



Sébastien Dupont : Le mouvement psychanalytique

s'autodétruit !

 
 
 

  

Et si les pires ennemis de la psychanalyse étaient… les psychanalystes ? Du moins, ceux qui la discréditent en prétendant la défendre, tout en se coupant du grand public et en alimentant des rivalités internes fratricides ? Telle est la thèse de Sébastien Dupont, maître de conférence en psychologie à l’université de Strasbourg et auteur de L’autodestruction du mouvement psychanalytique.

 

 

 

Pour éviter toute ambiguïté, commençons par préciser, que l'auteur est favorable à la psychanalyse.

 

Tout à fait : j’ai une formation psychanalytique, ma thèse est d’orientation psychanalytique, ma pratique de psychologue est inspirée par la psychanalyse. Pourtant, assez régulièrement, quand j’ai l’occasion de faire part de mes analyses de l’évolution du mouvement psychanalytique, des psychanalystes me cataloguent comme un adversaire : « Mais alors, vous êtes un nouveau Michel Onfray ? Vous faites le jeu de nos ennemis ! Vous réglez des comptes personnels sans le savoir, c’est transférentiel… » Dès que l’on émet une critique, on tombe sous le joug d’une sorte de chantage à l’antifreudisme. Certains, y compris des amis psychanalystes abondant plutôt dans mon sens, ont voulu me dissuader de publier mon livre. On ne peut plus dire grand-chose dans les milieux psychanalytiques… La psychanalyse serait-elle devenue en sucre, comme une petite enfant fragile et capricieuse ?

 

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S.Dupont écrit que la psychanalyse a toujours été attaquée, mais pas de la même façon qu’aujourd’hui. Qu’est-ce qui a changé ? Que lui reproche-t-on qu’on ne lui reprochait pas autrefois ?

 

On s’autorise à lui reprocher davantage de choses, parce qu’elle a perdu de son autorité, de son aura. Dans une période de démocratisation des psychothérapies où les associations de malades et de familles de patients s’autorisent de nombreuses critiques, on la pousse dans ses retranchements. Or, nombre de psychanalystes n’ont pas réalisé qu’ils n’occupaient plus une position indiscutée. Certains continuent de balayer les critiques d’un revers de main (« Vous n’avez rien compris, la psychanalyse c’est autre chose… ») et s’enferment dans une posture identitaire : « Si la société ne nous comprend pas, c’est la faute au néolibéralisme, c’est la dégénérescence de la subjectivité, de l’humain, mais nous, nous sommes le dernier bastion du Sujet… » Ce faisant, certains coupent les ponts entre la communauté psychanalytique et le grand public, que Freud, qui avait conscience des enjeux de communication, avait toujours voulu maintenir avec ses conférences pédagogiques ou la création de l’Association psychanalytique internationale. Au fond, le mouvement psychanalytique intéresse moins. Il ne nous éclaire plus sur nous-mêmes comme savaient le faire Freud ou Dolto.

 

 

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Selon l'auteur, la psychanalyse française souffrirait moins d’être attaquée que de mal se défendre et pire, de se saborder ! Il pense que Michel Onfray et consorts accélèrent son affaiblissement, en tout cas l’accompagnent, mais ne le génèrent pas ?

 

Ma thèse est que le mouvement psychanalytique souffre essentiellement de problèmes internes, qui l’empêchent de supporter les attaques externes. D’abord, il est morcelé en une multitude de courants (freudiens, lacaniens…), de sous-écoles, de sous-chapelles, de sous-chefs de file. Elle a perdu sa cohérence institutionnelle, et surtout sa cohérence théorique. Chaque sous-école crée ses propres théories, ses propres revues, ses propres collections d’édition, refuse de lire les autres auteurs ou d’échanger avec d’autres disciplines, perdant ainsi son ouverture et sa créativité. Ensuite, la psychanalyse s’est éloignée de sa fonction première de psychothérapie. Il est vrai que pour Freud elle n’était pas qu’une thérapie, mais aussi une théorie et une méthode d’investigation du psychisme. Mais jusqu’au bout, il écrivait que la visée de la psychanalyse était l’« affaiblissement de la souffrance liée aux symptômes ». En perdant ce pilier, l’édifice s’écroule devant les yeux des patients mais aussi des psychanalystes, qui ne savent plus qui ils sont, ni ce qu’ils font. Que devient la psychanalyse dès lors qu’elle ne se pense plus comme une psychothérapie ? S’agit-il d’un mouvement philosophique, voire de développement personnel à peine plus sophistiqué que ceux qui font florès aujourd’hui, avec des concepts de plus en plus mous comme le « Sujet » devant retrouver l’adéquation avec son « Désir » ? En tant que praticiens, dès qu’on se préoccupe de symptômes et de souffrance, on est rapidement accusé par des psychanalystes d’avoir partie liée avec les TCC ou de ne pas reconnaître le Sujet.

 

 

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Mais si, pour S. Dupont, la psychanalyse française ne se veut plus thérapeutique et apporte moins sur le plan théorique, que lui reste-t-il ?

 

Il lui reste potentiellement beaucoup de choses. C’est pour ça qu’il est dommage qu’elle suive cette conduite autodestructrice. C’est un monument théorique impressionnant, bien qu’il puisse parfois apparaître comme une Tour de Babel cacophonique et contradictoire. Ses conceptions dynamiques du conflit psychique sont assez spécifiques. Aucune autre approche ne va aussi loin dans sa compréhension de la psychopathologie. Par ailleurs, le mouvement psychanalytique français a été si fort, a influencé tellement de professionnels dans de si nombreuses institutions, qu’il a inspiré une foison de dispositifs adaptés aux groupes, aux couples, aux familles, aux toxicomanes… Cette richesse est immense. Hélas, si le mouvement a un « corps musclé », il n’a pas de « tête », pas d’institution représentative, pas de fédération, pas de cohérence. Ceux qui figurent dans les médias comme représentants de la psychanalyse sont, la plupart du temps, très déconnectés des pratiques réelles et réduisent encore la psychanalyse à la cure d’adultes névrosés en centre-ville. Leur vision est souvent anachronique. La psychanalyse avait tout en main dans les années 1970-1980, mais a mal exploité son potentiel. Elle n’a pas su faire fructifier ses chances face à la concurrence des autres modèles, qui d’ailleurs est à mon avis une bonne chose pour sortir du complexe de supériorité. Au lieu de s’ouvrir, de montrer ses atouts mais aussi ses limites, son renfermement identitaire et son radicalisme grandissant deviennent autodestructeurs. D’ailleurs, certains psychanalystes influents, exerçant de grandes responsabilités, ne le cachent plus : « De toute façon, c’est la fin de la psychanalyse. On va disparaître d’une mort honorable… » Ils amènent le mouvement vers le précipice avec le cynisme de ceux qui sont arrivés en fin de carrière et veulent finir avec panache. Après eux, le déluge.

 

 

 

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Certains psychanalystes trouveraient selon l'auteur un intérêt aux polémiques, qui représenteraient une opportunité de se fédérer. La psychanalyse a-t-elle donc besoin d’ennemis pour exister ?

 

C’est une de mes thèses. Pendant les polémiques des dix dernières années (le rapport Inserm, la prise en charge de l’autisme, le Livre noir de la psychanalyse, Michel Onfray…), ce qui m’a le plus choqué, ce ne sont pas les attaques (elles ne sont pas toujours très intelligentes, mais on peut y répondre), mais les réactions des psychanalystes eux-mêmes. Leurs prises de parole ont causé beaucoup plus de tort que leurs adversaires. Les polémiques redonnent une voix aux psychanalystes dans l’espace public et leur permettent de revenir dans le débat d’idées, mais ils montrent alors leur affaiblissement et leur vulnérabilité interne. En croyant se défendre, ils aggravent la situation, comme dans des sables mouvants. Ils sont tellement divisés que l’apparition d’un ennemi permet une fédération temporaire, mais très superficielle, qui ne dure que le temps de l’agression. C’est une manière de retrouver une identité en se présentant comme une minorité opprimée (« Nous aussi nous sommes incompris, comme Freud et Lacan »).

 

 

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S.Dupont insiste sur le fait que les psychanalystes en titre sont une minorité par rapport aux thérapeutes d’inspiration psychanalytique. Cela signifie-t-il qu’ils confisquent la parole lors des débats ?

 

Tout à fait. On les estime à 6 000, en comptant ceux qui n’appartiennent à aucune école mais qui affichent le titre de psychanalyste, alors qu’il existe 40 000 psychologues cliniciens, pour la majorité d’orientation psychanalytique. Les écoles de psychanalyse ne sont pas toutes très démocratiques : certaines s’apparentent plutôt à des « cours » constituées autour d’un chef charismatique, souvent assez âgé, qui monopolise la parole. Ces chefs ne laissent pas toujours de place aux « jeunes » de trente ou quarante ans. Surtout, ils ne sont plus en contact avec les réalités cliniques. La plupart ne voient plus de patients depuis longtemps, mais ne suivent que des psychanalystes en formation. Donc, ces quelques figures qui ont voix au chapitre dans les médias ne sont pas en mesure de représenter le mouvement psychanalytique général, qu’ils connaissent mal ! Ils ont ainsi tendance à s’enfoncer avec leurs contradicteurs dans de faux débats : pendant combien de temps Freud a-t-il pris de la cocaïne ? A-t-il trompé sa femme avec sa belle-sœur ? Quels étaient les honoraires de Lacan ? Ils pensent que c’est de ça qu’il faut parler, pourtant tout cela ne fait que laisser de côté les vraies questions institutionnelles, théoriques, éthiques. En outre, du temps de Freud, les premiers chefs de file de la psychanalyse avaient une trentaine ou une quarantaine d’années (cf. Ferenczi ou Jung). Freud donnait la parole aux jeunes, provoquant leur émulation. Le vieillissement des psychanalystes français influents n’est pas un problème en soi, cependant, en toute fin de carrière, même si on peut avoir encore un esprit extrêmement dynamique, on est parfois moins prêt à se remettre en question… C’est ainsi que beaucoup de psychanalystes ont choqué par leur conservatisme sur des questions de mœurs, dans les débats sur le pacs ou le mariage pour tous, par exemple. La psychanalyse était pourtant, historiquement, très progressiste.

 

 

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L'auteur signale que la psychanalyse n’est pas seulement bouleversée par le vieillissement des analystes, mais aussi par leur féminisation. Pourquoi ?

 

Il est important de prendre en compte ces facteurs sociologiques. Très souvent, les psychanalystes, en évoquant l’évolution de leur mouvement, parlent dans l’absolu : « La psychanalyse a toujours été attaquée, ne vous inquiétez pas, ça passe… » Comme si le contexte ne comptait jamais. La situation est pourtant très différente entre quelques centaines de psychanalystes réunis dans une même association après-guerre, et aujourd’hui plusieurs milliers inscrits dans plus de vingt écoles qui s’entredéchirent. Pendant des décennies, les psychanalystes étaient plutôt des médecins, surtout des psychiatres, hommes. Puis Lacan a beaucoup contribué à l’expansion de la « psychanalyse laïque », exercée par des non-médecins : philosophes, psychologues, universitaires… Aujourd’hui, les psychologues sont majoritaires. Or, en France, leur profession n’est pas très valorisée et ils évoluent dans des strates sociales moins élevées. Comme le remarque Elisabeth Roudinesco, les psychanalystes tentent de s’arc-bouter à un ancien élitisme sociologique lié à la classe sociale des médecins. De plus, la psychanalyse est aujourd’hui beaucoup exercée par des femmes : leurs revenus et leur position sociale ne sont pas comparables à ceux des psychiatres hommes du temps de Lacan. Elles veulent ou doivent souvent exercer à temps partiel, et n’ont plus envie de consacrer toute leur vie à la psychanalyse, comme le faisaient les psychanalystes d’antan. Pour ces derniers, la psychanalyse était une sorte de sacerdoce. Elle emportait toute leur vie, que ce soit par la participation à des groupes de réflexion ou à des colloques, ou par l’écriture d’articles… Les jeunes praticiens, et singulièrement les femmes, ne se situent plus dans cette perspective militante et exclusive.

 

 

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L'auteur regrette que la psychanalyse ne soit plus un sacerdoce, mais son livre en dénonce les dérives religieuses…

 

Je ne le regrette pas du tout, au contraire ! Le sacerdoce, à mon avis, était une confusion entre une profession, une méthode et l’identité des personnes. Quand on entrait dans une école de psychanalyse, c’était parfois toute son identité qui était transformée. On devenait psychanalyste 24 h sur 24 en quelque sorte. Le milieu tournait relativement en vase clos, dans un entre-soi, une espèce d’endogamie (le psychanalyste Serge Leclaire parlait d’inceste) : comme il fallait une analyse didactique pour devenir psychanalyste, on la suivait avec un analyste parfois côtoyé par ailleurs, et tout s’en trouvait mélangé, élèves, patients, amis, conjoints, amants… Ces groupes fusionnaient ainsi les sphères privées, intellectuelles et professionnelles. On était soit dedans, soit dehors, ce qui a durci l’enfermement en chapelles. Aujourd’hui encore il est difficile d’être accepté comme psychanalyste sans se plier au purisme et au sacerdoce, et sans vouer allégeance à une école. Beaucoup de praticiens d’orientation psychanalytique en font les frais. Si vous êtes aussi systémicien, psychiatre en institution ou engagé dans une recherche de l’Inserm, vous êtes souvent mis de côté. Votre position posera question.

 

 

 

 

S.Dupont dresse un tableau très sombre de la psychanalyse française. Si elle s’autodétruit vraiment, le problème n’est-il pas insoluble ?

 

La situation est très grave. De plus en plus de psychanalystes en prennent la mesure. À mon avis, il est en tout cas trop tard pour sauver le paquebot tel qu’il fonctionnait. Ce qui va s’effacer, ce sont peut-être les psychanalystes en titre, survalorisés comme ils l’ont été par le passé. Ce ne sont pas eux qui font vivre la psychanalyse. Ce qui se passe de plus créatif et dynamique en France, ce n’est plus dans les écoles qu’on l’observe. La psychanalyse sera sans doute moins une profession organisée, ce que de toute façon elle n’est pas, qu’une orientation théorique et thérapeutique pratiquée essentiellement, et c’est paradoxal, par des non psychanalystes en titre (psychologues, psychiatres, psychothérapeutes…). Mais pour que ces pratiques puissent perdurer, encore faudra-t-il que les effets thérapeutiques ne soient pas disqualifiés par les psychanalystes eux-mêmes, et que l’image de la psychanalyse ne soit pas trop dégradée. Si on repart pour plusieurs années de psychanalystes médiatiques radicaux qui s’enferrent dans des polémiques stériles, ce sera difficile pour quiconque de se prévaloir de la psychanalyse, et les patients n’y accorderont plus de crédit. À mon avis, c’est là que se joue l’avenir de la psychanalyse. Entre la défense inconditionnelle et l’attaque vindicative, il y a une autre façon, médiane, de la voir, la dire et la penser.

 

- Propos recueillis par Jean-François Marmion

 

 

 

 

mardi, 01 septembre 2015

Les anti-Freud qui sont-ils ? Le livre noir de la psychanalyse...

 

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Le 15 novembre 2012, Philippe Val, directeur de France Inter, répond au médiateur dans l’émission Service public. Des auditeurs ont écrit pour se plaindre d’une récente « journée freudienne » sur la station : « Pourquoi pas une journée sur l’astrologie ? Pourquoi n’avait-on pas entendu de contradicteurs de la psychanalyse, Michel Onfray par exemple ? » En réponse, Philippe Val assimile les adversaires de Freud à des gens « soucieux de nationalisme, d’ordre, de rangement, de dressage de l’individu ». Il n’était donc « pas question de donner la contradiction ». Et d’ajouter : « Si vous voulez faire une journée sur Darwin (...), est-ce que vous êtes obligé de faire venir des créationnistes toute la journée ? »


 

Philippe Val fait un sort particulier au Livre noir de la psychanalyse, qui avait provoqué une polémique lors de sa parution : « Le Livre Noir de la psychanalyse, un livre d’ailleurs à tonalité… avec des auteurs, disons assez louches, plutôt marqués à l’extrême droite, et une extrême droite qui ne sent pas toujours très bon, mais apparemment ça n’a choqué personne ».


 

Une diffamation ?


 

Le soir même, les auteurs du Livre noir annoncent leur intention de saisir la justice. Puis renoncent après étude juridique. Car en l’absence d’une allusion à des faits précis, la plainte en diffamation ne pourrait vraisemblablement aboutir : pour la Chambre de la presse, la qualification d’extrême droite serait vue comme une simple appréciation, non condamnable en tant que telle.


 

Anecdotique, tout cela ? En tout cas, emblématique de la facilité avec laquelle le point Godwin est rapidement franchi chez les psys. Le point Godwin désigne le moment où un débatteur qualifie son adversaire de fasciste, histoire de couper court à la querelle : on ne discute pas avec un fasciste. Or certains défenseurs de Freud ne se gênent pas pour taxer de fascisme, de haine, parfois d’antisémitisme, les « anti-psychanalyse ». Entendre le directeur d’une radio publique suivre le mouvement, délivrer des brevets de fascisme, édicter ce qui est scientifique ou non, vaut bien une petite enquête. Je demande donc un entretien à Philippe Val, pour savoir ce qui lui inspire ces accusations. Quels passages du Livre noir, par exemple, quelles conversations avec quels spécialistes ? Son assistante laisse espérer que ma démarche va aboutir, et puis non…


 

Côté Livre noir, les quatre coordonateurs de l’ouvrage se disent outrés par les accusations de Philippe Val. « Je trouve ça scandaleux, lance Didier Pleux, directeur de l’Institut français de thérapie cognitive. Toute ma formation a été faite chez des grands psys juifs. Je suis un dissident de la psychanalyse, et quand je me suis engagé toute ma vie pour aider, quand mes écrits luttent contre l’égocentrisme et pour la prise en compte du sentiment de l’autre, ça fait drôle. »


 

Jacques Van Rillaer, professeur émérite de psychologie à l’université de Louvain-la-Neuve, préfère ironiser : « J’imagine que M. Val répète simplement ce que d’autres disent. Je parierais qu’il n’a pas lu Le Livre noir, et même qu’il ne l’a jamais eu en mains. Je pense qu’il est mal informé, et qu’il a fait confiance à des gens qu’il connaît, et qui ont dû le flatter. Vous savez comme moi que s’il y a des gens que l’on flatte, c’est bien les journalistes… D’ailleurs, Jacques Lacan allait chercher lui-même Françoise Giroud à L’Express, et lui accordait des séances plus longues qu’à n’importe qui. J’ai moi-même eu un journaliste en consultation, et comme les thérapies cognitivo-comportementales marchaient, il en a parlé. C’est ainsi que l’opinion se transforme. »


 

Lorsqu’il entend Philippe Val déclarer que l’on ne débat pas avec les adversaires de Freud, Jean Cottraux, di­recteur scientifique de l’Institut francophone de formation et recherche en TCC (Ifforthecc) et coordonnateur du Livre noir, livre une information croustillante : « Pourtant, j’ai bien été invité ! L’avant-veille de cette journée Freud, on m’a proposé de discuter à 8 heures du matin avec Élisabeth Roudinesco. Mais j’étais en province et ne pouvais me déplacer. J’ai demandé à participer par téléphone, on m’a répondu que c’était difficile, et on ne m’a pas rappelé. J’ai été remplacé par Marcel Rufo, qui pourtant se trouvait à Marseille, et qui a fait le panégyrique de Mme Roudinesco. Une opération de com’, rien d’autre ! Peut-être qu’un ordre était venu d’en haut… »


 

D’où vient la rumeur ?


 

Mais qui soufflerait à Philippe Val ce qu’il faut penser du Livre noir  ? Laissons l’historien et philosophe Mikkel Borch-Jacobsen, professeur à l’université de Washington à Seattle, lancer l’accusation : « J’ai toujours été à gauche, et même à l’extrême gauche. À deux reprises, j’ai demandé un droit de réponse parce qu’on m’avait traité publiquement, par écrit, de révisionniste, de négationniste. Mais pour qu’il vous soit accordé, il faut menacer d’une action en justice. J’ai rappelé combien ces termes étaient extraordinairement blessants, d’autant que je suis marié à une Juive dont la quasi-totalité de la famille est morte dans les camps. Mon beau-père, lui, est revenu d’Auschwitz et porte toujours son matricule sur le bras. Il n’empêche, la rumeur continue, constamment. Une fois qu’elle est lancée, on ne peut pas l’arrêter. C’est comme un train en marche. Plus on la dément, et plus elle se répand. J’en veux beaucoup à Élisabeth Roudinesco, parce que c’est elle qui en est délibérément à l’origine. »


 

Historienne, directrice de recherches à Paris VII et rattachée au département d’Histoire de l’École Normale Supérieure, Élisabeth Roudinesco ne manque jamais de présenter la psychanalyse comme un humanisme face aux thérapies cognitivo-comportementales (TCC), qu’elle désigne inversement comme des machines à « dresser », à animaliser l’humain.


 

Je la contacte pour avoir son opinion sur la « journée Freud » de France Inter, sur les propos de Philippe Val, et sur les maux dont on l’accuse. Voici sa réponse : « Je n’ai pas à donner une appréciation sur des propos, qu’à ma connaissance, Philippe Val n’a pas tenus et que vous rapportez sans le moindre jugement critique quant à vos sources. Je n’ai pas davantage à répondre à des rumeurs. (…) Quant aux auteurs du Livre noir de la psychanalyse dont vous vous faites le porte-parole et qui se plaignent apparemment de n’avoir pas été invités le 9 novembre à France Inter en affirmant que cette journée aurait été un acte de propagande en faveur de la psychanalyse et des psychanalystes, je vous rappelle que ladite journée n’était pas consacrée à la psychanalyse mais à Sigmund Freud. (…) C’était une journée de haut niveau avec des chercheurs et des personnalités incontestables. Elle a d’ailleurs, pour ces raisons, recueilli un très vif succès. Que cela ne plaise pas à ceux qui colportent des rumeurs, je le constate sous votre plume, mais cela ne me concerne pas. »


 

Histoire de la rassurer sur ma santé mentale, je lui adresse le verbatim des propos tenus par Philippe Val sur France Inter, ainsi qu’un lien vers un podcast pour qu’elle puisse écouter l’émission en question.


 

« Si tu n’as rien à dire de plus beau que le silence, tais-toi  », dit le proverbe. Élisabeth Roudinesco, suite à mes précisions, respectera le plus profond silence. C’est donc sans son concours que nous allons tenter d’y voir plus clair. Pourquoi est-elle accusée (à tort ou à raison, nous allons le voir) de répandre la rumeur que les opposants à Freud sont des antisémites ? Pour le rôle qu’elle a joué durant trois débats.


 

Acte  I : Freud à Washington


 

Au milieu des années 1990, à Washington, la Bibliothèque du Congrès doit consacrer une exposition au fondateur de la psychanalyse. C’est alors que 42 intellectuels signent une pétition pour déplorer que le comité d’organisation ne prenne pas en compte les travaux d’historiens revisitant la légende de Sigmund Freud.


 

L’exposition est annulée, officiellement pour des raisons financières, mais Élisabeth Roudinesco y voit l’influence de la pétition.


 

Le 26 janvier 1996, la psychanalyste publie dans Libération une tribune intitulée « Le révisionnisme antifreudien gagne les États-Unis ».


 

Révisionnisme ? « Dans les pays anglo-saxons, précise Mikkel Borch-Jacobsen, il est courant de parler de révisionnisme historique. L’historien qui révise une certaine version de l’Histoire est forcément "révisionniste", ce qui n’a aucun rapport avec la négation de l’Holocauste. Élisabeth Roudinesco ne dit pas que les pétitionnaires sont antisémites, d’autant que nombre d’entre eux sont juifs. Mais dans le contexte français, avec un tel terme, la rumeur s’étend tout de suite. »


 

Élisabeth Roudinesco prend pourtant soin de préciser, en note, ceci : « Le terme est à prendre, ici, au sens classique d’une révision historiographique, qui n’a rien de commun avec les révisionnistes négationnistes du génocide des Juifs et des Tsiganes. »


 

Certes, l’ambiguïté est ici dissipée. Mais alors pourquoi user d’un terme impropre, qui sera ensuite repris dans plusieurs de ses écrits ?


 

Acte  II : Mensonges freudiens

 

En 2002, les éditions belges Mardaga acceptent de publier un livre refusé de partout en France, Mensonges freudiens, signé par le psychiatre Jacques Bénesteau. Plus virulent et sarcastique encore que le futur Livre noir, l’ouvrage, qui récapitule les travaux des historiens de Freud déconstruisant la légende officielle, reçoit le prix de la Société française d’histoire de la médecine (SFHM), à l’unanimité.


 

En 2003, le très à droite Club de l’Horloge décide de décerner à Élisabeth Roudinesco son prix Lyssenko, attribué chaque année à une personnalité qui a « par ses écrits ou par ses actes, apporté une contribution exemplaire à la désinformation en matière scientifique ou historique, avec des méthodes et arguments idéologiques ».


 

Le rapporteur du jury n’est autre que le préfacier de Jacques Bénesteau. Ce dernier convie d’ailleurs Mikkel Borch-Jacobsen à la cérémonie, prévue le 14 janvier 2004. Celui-ci refuse, par un e-mail à Jacques Bénesteau adressé en copie à l’intéressée : « Il est de notoriété publique que je suis depuis de longues années en désaccord avec ses positions. Ceci toutefois ne saurait m’inciter à me rallier aux chemises brunes intellectuelles avec lesquelles vous avez jugé bon de vous associer. J’ai le plus grand mépris pour tout ce que représente le Club de l’Horloge, et je ressens comme une insulte que vous ayez pu songer un seul instant que je m’associerais à cette provocation. »


 

Peu après, dans le numéro 27 de la revue Les Temps modernes, Élisabeth Roudinesco contre-attaque. Tout en évoquant à nouveau une « école dite révisionniste », elle accuse Mensonges freudiens d’être empreint d’un « antisémitisme masqué  ». Jacques Bénesteau et Henry de Lesquen, président du Club de l’Horloge, l’attaquent en diffamation. Le 17 février 2005, à l’audience de la dix-septième Chambre du Tribunal de Grande Instance de Paris, spécialisée dans les affaires de presse, Élisabeth Roudinesco produit l’e-mail de Mikkel Borch-Jacobsen, sans le lui avoir demandé (« Elle ne peut pas dire que je suis d’extrême droite  », souligne-t-il). Jacques Bénesteau, lui, s’est choisi l’avocat de Jean-Marie Le Pen… Le 2 juin 2005, il est débouté et ne fera pas appel. Depuis, il s’est fait singulièrement discret.


 

Acte  III : 
Le Livre noir de la psychanalyse


 

En 2004, un rapport de l’Inserm estime les TCC plus efficaces que la psychanalyse pour la prise en charge des troubles mentaux, à l’exception des troubles de la personnalité. Le document provoque un tel tohu-bohu que Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la Santé, annonce devant un parterre de lacaniens, en février 2005, qu’il enterre le rapport. Ce qui lui vaut une standing ovation. Mais donne l’idée du Livre noir  : le quatuor jugé nauséabond par Philippe Val tire à boulets rouges sur la psychanalyse en coordonnant près de quarante auteurs, dont le tiers sont d’ailleurs juifs. « Si les psychanalystes avaient pris acte des conclusions du rapport, et avaient accepté de se cantonner à la prise en charge des troubles de la personnalité ou à l’analyse sans prétention thérapeutique, on aurait dit qu’ils s’inclinaient avec grâce et on n’aurait jamais fait Le Livre noir, explique Jean Cottraux. Je n’y aurais pas investi une once de mon temps. En voulant faire interdire un rapport scientifique de la République par des moyens bizarres, ils se sont tiré une balle dans le pied. Et ils continuent. Ils vont terminer complètement discrédités. »


 

Le 1er septembre 2005, pour accompagner la sortie du Livre noir, Le Nouvel Observateur publie un dossier intitulé « Faut-il en finir avec la psychanalyse ? » Le rédacteur en chef, Laurent Joffrin, qui nourrissait pourtant un a priori plutôt favorable à la psychanalyse, met alors les pieds dans le plat : il écrit qu’Élisabeth Roudinesco lui aurait déconseillé de parler de l’ouvrage sous prétexte qu’il était « politiquement louche, à la limite de l’antisémitisme ».


 

L’intéressée exerce à nouveau un droit de réponse : « Je n’ai jamais parlé d’antisémitisme à propos du Livre noir, et vous faites là une malheureuse confusion avec un précédent ouvrage (Mensonges freudiens, n.d.l.r.) dans lequel j’avais, en effet, décelé de l’« antisémitisme masqué ». J’affirme, au contraire, qu’il n’y en pas trace dans Le Livre noir. » Cette mise au point noir sur blanc n’empêche pas une autre rumeur de se répandre (à laquelle Élisabeth Roudinesco est étrangère) : la journaliste du Nouvel Obs en charge du dossier sur Le Livre noir, elle, n’aimerait pas les Juifs…


 

Remarquons que Jacques Bénesteau n’a pas été invité à écrire dans Le Livre noir, où il n’est pas cité. Ce n’est évidemment pas un hasard. « Sinon, l’amalgame est vite fait », commente Didier Pleux.


 

« Son absence dans Le Livre noir devrait être un signe pour tous ceux qui nous croient d’extrême droite », martèle Mikkel Borch-Jacobsen.


 

« Il y avait de bonnes choses dans son livre, d’autres étaient excessives, c’est tout ce qu’on peut dire, raconte Jean Cottraux. Nous n’en avons pas voulu dans Le Livre noir, étant donné qu’il était suspect. Je l’ai cité en note dans un de mes livres, Les visiteurs du soi, avec d’autres, dont Freud et Roudinesco. Cela m’a été reproché de façon cinglante. »


 

« À l’origine, dans Le Livre noir, admet Jacques Van Rillaer, j’avais naïvement cité Bénesteau. Mais après son choix d’avocat, j’ai dû supprimer ces références, à la demande de mon éditrice et d’autres auteurs. Et j’ai demandé à Bénesteau de retirer d’un site web antifreudien dont il s’occupait des textes de moi que je l’avais autorisé à reproduire. »


 

Lacanien repenti, Jacques Van Rillaer avait déjà publié Les Illusions de la psychanalyse, au titre explicite, et avait déjà dû faire preuve de prudence : « Avec ce livre, je n’ai jamais entendu la moindre critique m’assimilant à l’extrême droite. Mais un collègue m’avait dit : "Ne cite surtout pas La scolastique freudienne de Debray-Ritzen : il est clairement situé à droite, et il suffit qu’un journaliste s’aperçoive que tu lui rends hommage pour que ton livre ne soit pas signalé". J’ai un peu lâchement supprimé quelques passages. »


 

Pierre Debray-Ritzen, auteur de La scolastique freudienne et de La psychanalyse, cette imposture, était tenu, selon Didier Pleux, pour « un homme de droite ».


 

« C’était la critique bébête de la psychanalyse, poursuit-il, parce que celle-ci parlait un peu trop de sexe et de liberté, et accompagnait 68 de façon intelligente. »


 

Pierre Debray-Ritzen et Jacques Bénesteau constituent ce que Didier Pleux appelle « les casseroles » des adversaires de la psychanalyse.


 

Une longue histoire


 

Mais remontons encore dans le temps. Bien avant Mensonges freudiens, Le Livre noir, ou Le Crépuscule d’une idole de Michel Onfray, les anti-Freud étaient-ils assimilés à l’extrême droite, ou s’agit-il d’un phénomène récent ? « C’est une aberration qui a une longue histoire, explique Mikkel Borch-Jacobsen. C’est en fait Freud lui-même qui avait lancé cette idée en 1914, dans son Histoire du mouvement psychanalytique, où il suggérait que des préjugés raciaux avaient joué dans sa rupture avec Jung. De même, dans un article de 1925 pour la Revue juive, il n’excluait pas l’antisémitisme pour expliquer la résistance à la psychanalyse. »


 

Mais sans même parler des nazis, il y a bien eu des antisémites parmi ceux qui dénigraient la psychanalyse comme « science juive » ! « Bien sûr, c’est évident, lâche Mikkel Borch-Jacobsen. Mais toute critique de la psychanalyse n’est pas pour autant antisémite. Soyons clairs : parmi les critiques de la psychanalyse à Vienne, il y avait des Juifs ! Karl Kraus, converti au catholicisme, Ludwig Wittgenstein, Karl Popper, sans compter les dissidents de Freud comme Alfred Adler ! » 


 

L’assimilation des antifreudiens aux fascistes semblant aujourd’hui un phénomène franco-français, qu’en pensent les spécialistes de la diffusion de la psychanalyse en France ?


 

Prenons le psychanalyste Alain de Mijolla, auteur d’un triptyque monumental sur la question. En 2010, dans un article commandé pour la revue Sciences Humaines, le « grand frère » du Cercle Psy, il écrivait, à propos de la suspicion d’antisémitisme avancée par Freud lui-même envers ses détracteurs : « N’en sommes-nous pas encore et toujours, sous des apparences différentes, au même point aujourd’hui ? ».


 

Le moment est venu de lui demander des précisions. En réponse, il m’écrit ceci : « Je ne suis pas assez au courant des écrits du Livre noir ou de Michel Onfray (je me suis évité la corvée de les lire…) pour les taxer d’antisémitisme. Je pense toutefois qu’il faut distinguer les attaques ad hominem faites à Freud qui, obligatoirement, sont empreintes d’un antisémitisme qui ne se déclare pas comme tel (ce n’est pas la mode…) mais n’en demeure pas moins sous-jacent. J’ignore les tenants de l’extrême droite et ne lis aucune de leurs publications… Désolé de ne pouvoir vous en dire plus. »


 

Essayons quelqu’un d’autre, qui, cette fois, ne soit pas psychanalyste. Annick Ohayon, par exemple, auteure de Psychologie et psychanalyse en France. L’impossible rencontre (1919-1969). Que pense-t-elle de l’équation « antifreudiens = antisémites » ? « D’un point de vue historique, en France, cet amalgame n’est évidemment pas justifié : les premiers critiques de la psychanalyse – Georges Dumas, Charles Blondel, ou même Henri Piéron – étaient d’authentiques républicains, plutôt de gauche. Et il y avait parmi les pionniers du mouvement freudien des gens très à droite et plutôt antisémites – Édouard Pichon, et, dans une moindre mesure, René Laforgue et Angelo Hesnard. Les jeunesses de Jacques Lacan et de Françoise Dolto ne sont pas très à gauche non plus ! Il y a là une filiation maurrassienne qu’il faudrait examiner de près. Et dans les années 1950, les adversaires les plus déterminés étaient communistes. Alors, vous voyez, ce n’est pas si simple. Il me semble qu’il faut distinguer deux choses : les attaques concernant la psychanalyse comme méthode thérapeutique, qui peuvent venir de n’importe où, et surtout du corps médical, et celles qui concernent l’homme Freud et la doctrine, qui sont plus idéologiques – et plus récentes. Le Livre noir de la psychanalyse s’inscrit plutôt dans ce cadre. »


 

Elle me conseille de m’adresser à un historien, spécialiste à la fois de la psychanalyse et de l’antisémitisme. Excellente piste ! Je dégaine ma plus belle plume, je le sollicite. Il me répond d’une phrase : « Sur le sujet de votre enquête, je ne dispose pas d’informations qui me permettraient de répondre à vos questions. »


 

D’un Godwin à l’autre


 

Des psychanalystes d’extrême droite, des détracteurs de Freud juifs… Histoire de démolir toute vision binaire de la situation, toute tentation de diviser les protagonistes entre gentils et méchants, sincères et hypocrites, écoutons encore ceci. Didier Pleux voit dans les accusations de fascisme ou d’antisémitisme « une pure tactique pour exclure l’opposition ».


 

« Les psychanalystes éclairés, et j’en connais, ne rentrent pas du tout dans ce débat, assène-t-il. J’ai été exclu de l’université de Caen, où j’étais chargé de cours, parce que je tenais des propos anti-doltoiens. Où est le fascisme ? Je suis maintenant à l’université populaire de Michel Onfray, qui s’est fait traiter lui aussi d’antisémite. Onfray, antisémite ! Pour moi, l’extrémisme de droite, c’est le tout-à-l’ego : tout pour mon petit moi, la destruction du lien social, la propagande, la censure, la croyance en une idéologie fermée. Or, c’est ce qu’est la psychanalyse en ce moment ! »


 

Jean Cottraux, quant à lui, a répondu à Philippe Val en diffusant un texte où il rappelle le comportement trouble de Françoise Dolto sous l’Occupation, ou encore que Freud a dédicacé un livre à Mussolini, et aurait nourri une certaine admiration pour le dictatorial chancelier autrichien Dollfuss… Eh oui : on voit poindre des arguments selon lesquels « Les fachos, ce n’est pas nous, c’est ceux d’en face ». L’extrême droite, c’est Freud ! Le point Godwin est franchi dans les deux sens…


 

Je suis mal parti pour mon enquête. Les gens s’accusent du pire, parfois sans s’être lus. Ou encore du pire « masqué », ce qui nous fait une belle jambe. Et certains refusent de répondre. Les spécialistes bottent en touche. Les accusés eux aussi traitent leurs adversaires de fascistes. Ils refusent même de frayer avec un autre accusé, quand bien même ils apprécient en partie son travail. Élisabeth Roudinesco, coupable idéale pour le lancement de ces rumeurs, a dit publiquement l’inverse de ce dont on l’accable.


 

Voilà le genre d’article qui devrait me fâcher avec tout le monde ! Et il y aura bien aussi quelqu’un pour me taxer d’antisémitisme. Ou pour prétendre que je suis « assez louche » et que je sens mauvais. Allons, il faut écouter la voix de la sagesse et renoncer. Ma décision est prise : tant pis, je n’écrirai pas cet article. Oups. Trop tard.

 

 

dimanche, 30 août 2015

Citation : Au grand Saint Christophe

 

 

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vendredi, 26 juin 2015

"La vie est un rêve" : réapprendre à rêver la vie ?

 

 

La vie est un rêve (traduction de Denise Laroutis)

 

 

Christophe Prochasson :

« Je suis sorti très enthousiaste de cette pièce, qu’on appelait autrefois La vie est un songe. C’est une œuvre bien connue, aux accents shakespeariens, qui est mise en scène admirablement. Pourquoi cette pièce a-t-elle des consonances actuelles ? Parce qu’on y trouve des thèmes éternels : heurts entre les générations, ambivalence des identités sexuelles, ou inquiétudes quant à la filiation. Mais le thème principal, c’est le rêve. Toute la pièce repose sur un doute quant aux limites qui séparent le rêve et la réalité. L’efficacité sociale du rêve peut ainsi être questionnée : cette pièce invite à réfléchir au rêve comme moyen d’action, et comme outil pour transformer la réalité. Le spectacle est très subtil, avec des jeux d’ombres et d’éclairages très fins, mais aussi avec les parois qui tombent au fur et à mesure que se lève le voile de l’intrigue.

 

Le thème de l’adolescence apparaît lui aussi clairement. Sigismond fait figure d’ado insupportable, capricieux et violent avec les dames. Pour lui, le rêve est une façon de se projeter dans l’avenir et fracturer le présent, qui ne lui convient pas. Le thème du rêve s’emboîte donc dans celui de l’adolescence. Le prince n’est pas inculte, il a été éduqué dans sa tour durant sa jeunesse, et il s’agit pour lui de savoir quoi faire du savoir acquis en coupure avec le réel.

 

On peut glisser du rêve à l’utopie. Les utopies ont été une forme de discours politique assimilable au rêve. Mais elles ont été aussi très ancrées dans la réalité. Ce qui est intéressant, c’est cette distribution entre le rêve et la réalité. Sigismond rêve, mais il n’est pas passif : il dépasse l’opposition rêve / réalité. Il décide d’agir dans la sphère dans laquelle il croit être.

 

C’est une façon de penser l’avenir en se projetant de façon sérieuse dans les données de ce temps. »

 

Avec :

 Christophe PROCHASSON, Alain BUBLEX et Stanislas NORDEY

 

Sons diffusés :

 

- Martin Luther King, discours « I have a dream ».

 

- Extrait de la pièce « La vie est un rêve ».

 

- Anne Dufourmantelle, dans Du jour au lendemain le 25 mai 2012.

 

- Eurythmics, « Sweet Dreams ».

 

 

 

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Stanislas Nordey :

« Il y a une manipulation terrible au centre de la pièce, dont Sigismond et la victime, et en y mettant fin, le héros montre qu’on est libre dans le rêve. Tout le théâtre de cette période parle du rêve, qu’on pense aux pièces de Shakespeare ou à L’illusion comique. A l’inverse, aujourd’hui, la question du rêve dans l’écriture théâtrale est beaucoup mise de côté. On parle beaucoup du réel, et tout ce qui est lié à la revendication du rêve est un peu mis de côté.

 

Les grands mythes cinématographiques comme Matrix, Inception ou Avatar prennent comme point de départ des gens qu’on endort. Il y a une fascination toujours présente sur ce moment ou quelque chose lâche prise. Les discours politiques s’en font l’écho, et fabriquent un idéal abstrait pour travailler sur le concret. On peut appeler cela des utopies, mais il faut noter la dérive sémantique dans le langage contemporain. Aujourd’hui, quand on parle d’un projet comme d’une utopie, on sait qu’on ne le fera jamais. »

 

 

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Alain Bublex :

« Le nœud de la pièce, c’est le passage de l’adolescence au monde adulte. Ce moment de rêve ou d’incertitude est le moment où l’adolescent se projette dans la vie adulte. Le moment le plus caractéristique de cela dans la vie courante, c’est Noël, où l’on prend les enfants pour des idiots. Pourquoi mentir aux enfants ? La beauté d’une fable, c’est qu’on sait qu’elle est une fable.

 

On voit beaucoup le thème du réel dans la pièce, avec cette interrogation : comment s’accorder sur le réel, être d’accord sur ce qu’on a vu ? Au fil des événements, Sigismond cherche toujours à s’accorder avec la cour ou avec le peuple, pour voir comment ses actes sont acceptés par les autres : c’est un apprentissage du monde adulte. Cette pièce n’est donc pas un appel au rêve. Si on reprend l’argument politique, on peut souligner que le rêve décrit par Martin Luther King est effectivement celui d’une société meilleure, mais il c’est surtout, en creux, la description d’une réalité, celle de l’Amérique dans laquelle il vit. »

 

mercredi, 06 mai 2015

Cure de rêves...

 

 

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jeudi, 09 avril 2015

Symbolisme : L'éléphant, complice et victime de l'homme

 

Depuis les victoires et les défaites d’Hannibal jusqu’au triomphe éditorial de Babar, les hommes ont toujours entretenu avec les éléphants des relations bien particulières, entre affection et brutalité, séduction et effroi, admiration empreinte de sacré et exploitation cynique. Et ce sont bien toutes ces composantes qui se retrouvent dans l’étonnant épisode qui met en scène ces jours-ci les deux éléphantes Baby et Népal, qui ayant été prêtées par le cirque Pinder, en 1999 au Parc de la Tête d’Or de Lyon, sont menacées d’être bientôt euthanasiées pour cause de tuberculose. Une pensionnaire plus âgée, Java, étant morte de vieillesse à 67 ans, son autopsie a révélé qu’elle était atteinte de cette maladie. Or le Code rural prévoit, dans ses articles L223-8 et R223-4, qu’en cas de présence d’un animal contaminé, tout le troupeau sera considéré comme infecté et devra être abattu. Mais ce qui valait pour la vache folle doit-il valoir pour des éléphants dans un zoo ? L’affaire est encore en suspens au Conseil d’Etat tandis que Baby et Népal ont trouvé des défenseurs aussi notoires qu’Alain Delon, Stéphanie de Monaco, Brigitte Bardot ou le professeur député Bernard Debré.

 

On peut gager que cette affaire toucherait moins l’opinion si celle-ci n’était pas d’autre part incitée, bien au-delà de ce cas spécifique, à s’inquiéter du massacre actuel des éléphants d’Afrique. Pour répondre en particulier aux appétits du marché chinois en matière d’ivoire, des braconniers abattraient chaque année des dizaines de millier de bêtes, plus qu’au cours des deux dernières décennies, au risque de menacer l’espèce de la disparition qu’ont connue voici bien longtemps les mammouths. Eric Baratay, professeur à l’Université de Lyon III et éminent spécialiste de l’histoire des animaux, va nous aider à restituer dans la longue durée, la très longue durée, ces lourdes inquiétudes du présent. Jean-Noël Jeanneney

 

 

 

 

Invité :
Eric Baratay, professeur d’histoire contemporaine

 

 

                                  Programmation sonore :

aaa.jpg- Chanson « Jumbo l’éléphant » interprétée par André CLAVEAU en 1948, paroles et musique de André CASSI.

- Interview par Pierre ICHAC de Julien MAIGRET qui raconte ses souvenirs de l’Afrique au début du siècle, dans le cadre de l’émission Le monde comme il va, le 6 avril 1955.

- Reportage de Jean GODIGNON, dans le cadre de l’émission Paris vous parle, le 29 juillet 1959.

- Lecture par Fabrice LUCHINI en 2006 de la fable « Le rat et l’éléphant » de Jean de LA FONTAINE (Livre VIII, Fable 15).

 

- Reportage de Lise ÉLINA dans un cirque à Angoulême, interview du cornac, dans le cadre de l’émission Tribune de Paris, le 28 mars 1946.

- Interview de Romain GARY, souvenirs en Afrique d’un accident d’avion qui tua le pilote et un éléphant, le 26 décembre 1956.

 

 

Bibliographie :

- Eric Baratay, Le point de vue animal. Une autre version de l’histoire

- Eric Baratay et Elisabeth HARDOUIN-FUGIER, Zoos : les jardins zoologiques en Occident, XVIe-XXe siècle

- Eric Baratay, Et l’homme créa l’animal : histoire d’une condition

- Robert DELORT, Les éléphants piliers du monde

- Michel PASTOUREAU, Les animaux célèbres

 

 

a1.jpg L'histoire, celle bâtie par les hommes, est toujours racontée comme une aventure qui ne concerne qu'eux. Pourtant, les animaux ont participé et participent encore abondamment à de grands événements ou à de lents phénomènes. Leurs manières de vivre, de sentir, de réagir ne sont jamais étudiées pour elles-mêmes, comme s'il n'y avait d'histoire intéressante que celle de l'homme. Comme s'il existait en nous une difficulté à prêter attention aux vivants que nous enrôlons, mais que nous traitons comme des objets, indignes de participer à la marche de l'histoire. L'histoire vécue par les animaux est néanmoins, elle aussi, épique, contrastée, souvent violente, parfois apaisée, quelquefois comique. Elle est faite de chair et de sang, de sensations et d'émotions, de douleur et de plaisir, de violences subies et de connivences partagées. Elle n'est pas sans répercussions sur la vie des hommes, à tel point que ce sont leurs interactions, leurs destins croisés qu'il faut désormais prendre en compte. Elle est donc loin d'être anecdotique et secondaire. Il faut se défaire d'une vision anthropocentrée pour adopter le point de vue de l'animal, et fournir ainsi une autre version de l'histoire, qui ne manquera pas d'intéresser notre monde inquiet de la condition faite aux animaux.- 4ème de couverture