mercredi, 11 novembre 2015

NÉO-NEURONES SOUS CONTRÔLE LUMINEUX

 

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Découverts en 2003, les néo-neurones - cellules nerveuses nouvellement produites par l'être humain quel que soit son âge - amènent, selon Pierre-Marie Lledo, à considérer le cerveau comme un « objet » dynamique et permettent d'imaginer de nouvelles stratégies pour réparer certains circuits neuronaux défaillants.

 

jeudi, 05 novembre 2015

Gérard de Nerval : Lettre à une inconnue

 

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jeudi, 29 octobre 2015

Henrik Aarrestad Uldalen

 

 

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Have a beautiful night,
Henrik =

vendredi, 23 octobre 2015

L'autodestruction du mouvement psychanalytique...

 



Sébastien Dupont : Le mouvement psychanalytique

s'autodétruit !

 
 
 

  

Et si les pires ennemis de la psychanalyse étaient… les psychanalystes ? Du moins, ceux qui la discréditent en prétendant la défendre, tout en se coupant du grand public et en alimentant des rivalités internes fratricides ? Telle est la thèse de Sébastien Dupont, maître de conférence en psychologie à l’université de Strasbourg et auteur de L’autodestruction du mouvement psychanalytique.

 

 

 

Pour éviter toute ambiguïté, commençons par préciser, que l'auteur est favorable à la psychanalyse.

 

Tout à fait : j’ai une formation psychanalytique, ma thèse est d’orientation psychanalytique, ma pratique de psychologue est inspirée par la psychanalyse. Pourtant, assez régulièrement, quand j’ai l’occasion de faire part de mes analyses de l’évolution du mouvement psychanalytique, des psychanalystes me cataloguent comme un adversaire : « Mais alors, vous êtes un nouveau Michel Onfray ? Vous faites le jeu de nos ennemis ! Vous réglez des comptes personnels sans le savoir, c’est transférentiel… » Dès que l’on émet une critique, on tombe sous le joug d’une sorte de chantage à l’antifreudisme. Certains, y compris des amis psychanalystes abondant plutôt dans mon sens, ont voulu me dissuader de publier mon livre. On ne peut plus dire grand-chose dans les milieux psychanalytiques… La psychanalyse serait-elle devenue en sucre, comme une petite enfant fragile et capricieuse ?

 

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S.Dupont écrit que la psychanalyse a toujours été attaquée, mais pas de la même façon qu’aujourd’hui. Qu’est-ce qui a changé ? Que lui reproche-t-on qu’on ne lui reprochait pas autrefois ?

 

On s’autorise à lui reprocher davantage de choses, parce qu’elle a perdu de son autorité, de son aura. Dans une période de démocratisation des psychothérapies où les associations de malades et de familles de patients s’autorisent de nombreuses critiques, on la pousse dans ses retranchements. Or, nombre de psychanalystes n’ont pas réalisé qu’ils n’occupaient plus une position indiscutée. Certains continuent de balayer les critiques d’un revers de main (« Vous n’avez rien compris, la psychanalyse c’est autre chose… ») et s’enferment dans une posture identitaire : « Si la société ne nous comprend pas, c’est la faute au néolibéralisme, c’est la dégénérescence de la subjectivité, de l’humain, mais nous, nous sommes le dernier bastion du Sujet… » Ce faisant, certains coupent les ponts entre la communauté psychanalytique et le grand public, que Freud, qui avait conscience des enjeux de communication, avait toujours voulu maintenir avec ses conférences pédagogiques ou la création de l’Association psychanalytique internationale. Au fond, le mouvement psychanalytique intéresse moins. Il ne nous éclaire plus sur nous-mêmes comme savaient le faire Freud ou Dolto.

 

 

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Selon l'auteur, la psychanalyse française souffrirait moins d’être attaquée que de mal se défendre et pire, de se saborder ! Il pense que Michel Onfray et consorts accélèrent son affaiblissement, en tout cas l’accompagnent, mais ne le génèrent pas ?

 

Ma thèse est que le mouvement psychanalytique souffre essentiellement de problèmes internes, qui l’empêchent de supporter les attaques externes. D’abord, il est morcelé en une multitude de courants (freudiens, lacaniens…), de sous-écoles, de sous-chapelles, de sous-chefs de file. Elle a perdu sa cohérence institutionnelle, et surtout sa cohérence théorique. Chaque sous-école crée ses propres théories, ses propres revues, ses propres collections d’édition, refuse de lire les autres auteurs ou d’échanger avec d’autres disciplines, perdant ainsi son ouverture et sa créativité. Ensuite, la psychanalyse s’est éloignée de sa fonction première de psychothérapie. Il est vrai que pour Freud elle n’était pas qu’une thérapie, mais aussi une théorie et une méthode d’investigation du psychisme. Mais jusqu’au bout, il écrivait que la visée de la psychanalyse était l’« affaiblissement de la souffrance liée aux symptômes ». En perdant ce pilier, l’édifice s’écroule devant les yeux des patients mais aussi des psychanalystes, qui ne savent plus qui ils sont, ni ce qu’ils font. Que devient la psychanalyse dès lors qu’elle ne se pense plus comme une psychothérapie ? S’agit-il d’un mouvement philosophique, voire de développement personnel à peine plus sophistiqué que ceux qui font florès aujourd’hui, avec des concepts de plus en plus mous comme le « Sujet » devant retrouver l’adéquation avec son « Désir » ? En tant que praticiens, dès qu’on se préoccupe de symptômes et de souffrance, on est rapidement accusé par des psychanalystes d’avoir partie liée avec les TCC ou de ne pas reconnaître le Sujet.

 

 

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Mais si, pour S. Dupont, la psychanalyse française ne se veut plus thérapeutique et apporte moins sur le plan théorique, que lui reste-t-il ?

 

Il lui reste potentiellement beaucoup de choses. C’est pour ça qu’il est dommage qu’elle suive cette conduite autodestructrice. C’est un monument théorique impressionnant, bien qu’il puisse parfois apparaître comme une Tour de Babel cacophonique et contradictoire. Ses conceptions dynamiques du conflit psychique sont assez spécifiques. Aucune autre approche ne va aussi loin dans sa compréhension de la psychopathologie. Par ailleurs, le mouvement psychanalytique français a été si fort, a influencé tellement de professionnels dans de si nombreuses institutions, qu’il a inspiré une foison de dispositifs adaptés aux groupes, aux couples, aux familles, aux toxicomanes… Cette richesse est immense. Hélas, si le mouvement a un « corps musclé », il n’a pas de « tête », pas d’institution représentative, pas de fédération, pas de cohérence. Ceux qui figurent dans les médias comme représentants de la psychanalyse sont, la plupart du temps, très déconnectés des pratiques réelles et réduisent encore la psychanalyse à la cure d’adultes névrosés en centre-ville. Leur vision est souvent anachronique. La psychanalyse avait tout en main dans les années 1970-1980, mais a mal exploité son potentiel. Elle n’a pas su faire fructifier ses chances face à la concurrence des autres modèles, qui d’ailleurs est à mon avis une bonne chose pour sortir du complexe de supériorité. Au lieu de s’ouvrir, de montrer ses atouts mais aussi ses limites, son renfermement identitaire et son radicalisme grandissant deviennent autodestructeurs. D’ailleurs, certains psychanalystes influents, exerçant de grandes responsabilités, ne le cachent plus : « De toute façon, c’est la fin de la psychanalyse. On va disparaître d’une mort honorable… » Ils amènent le mouvement vers le précipice avec le cynisme de ceux qui sont arrivés en fin de carrière et veulent finir avec panache. Après eux, le déluge.

 

 

 

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Certains psychanalystes trouveraient selon l'auteur un intérêt aux polémiques, qui représenteraient une opportunité de se fédérer. La psychanalyse a-t-elle donc besoin d’ennemis pour exister ?

 

C’est une de mes thèses. Pendant les polémiques des dix dernières années (le rapport Inserm, la prise en charge de l’autisme, le Livre noir de la psychanalyse, Michel Onfray…), ce qui m’a le plus choqué, ce ne sont pas les attaques (elles ne sont pas toujours très intelligentes, mais on peut y répondre), mais les réactions des psychanalystes eux-mêmes. Leurs prises de parole ont causé beaucoup plus de tort que leurs adversaires. Les polémiques redonnent une voix aux psychanalystes dans l’espace public et leur permettent de revenir dans le débat d’idées, mais ils montrent alors leur affaiblissement et leur vulnérabilité interne. En croyant se défendre, ils aggravent la situation, comme dans des sables mouvants. Ils sont tellement divisés que l’apparition d’un ennemi permet une fédération temporaire, mais très superficielle, qui ne dure que le temps de l’agression. C’est une manière de retrouver une identité en se présentant comme une minorité opprimée (« Nous aussi nous sommes incompris, comme Freud et Lacan »).

 

 

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S.Dupont insiste sur le fait que les psychanalystes en titre sont une minorité par rapport aux thérapeutes d’inspiration psychanalytique. Cela signifie-t-il qu’ils confisquent la parole lors des débats ?

 

Tout à fait. On les estime à 6 000, en comptant ceux qui n’appartiennent à aucune école mais qui affichent le titre de psychanalyste, alors qu’il existe 40 000 psychologues cliniciens, pour la majorité d’orientation psychanalytique. Les écoles de psychanalyse ne sont pas toutes très démocratiques : certaines s’apparentent plutôt à des « cours » constituées autour d’un chef charismatique, souvent assez âgé, qui monopolise la parole. Ces chefs ne laissent pas toujours de place aux « jeunes » de trente ou quarante ans. Surtout, ils ne sont plus en contact avec les réalités cliniques. La plupart ne voient plus de patients depuis longtemps, mais ne suivent que des psychanalystes en formation. Donc, ces quelques figures qui ont voix au chapitre dans les médias ne sont pas en mesure de représenter le mouvement psychanalytique général, qu’ils connaissent mal ! Ils ont ainsi tendance à s’enfoncer avec leurs contradicteurs dans de faux débats : pendant combien de temps Freud a-t-il pris de la cocaïne ? A-t-il trompé sa femme avec sa belle-sœur ? Quels étaient les honoraires de Lacan ? Ils pensent que c’est de ça qu’il faut parler, pourtant tout cela ne fait que laisser de côté les vraies questions institutionnelles, théoriques, éthiques. En outre, du temps de Freud, les premiers chefs de file de la psychanalyse avaient une trentaine ou une quarantaine d’années (cf. Ferenczi ou Jung). Freud donnait la parole aux jeunes, provoquant leur émulation. Le vieillissement des psychanalystes français influents n’est pas un problème en soi, cependant, en toute fin de carrière, même si on peut avoir encore un esprit extrêmement dynamique, on est parfois moins prêt à se remettre en question… C’est ainsi que beaucoup de psychanalystes ont choqué par leur conservatisme sur des questions de mœurs, dans les débats sur le pacs ou le mariage pour tous, par exemple. La psychanalyse était pourtant, historiquement, très progressiste.

 

 

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L'auteur signale que la psychanalyse n’est pas seulement bouleversée par le vieillissement des analystes, mais aussi par leur féminisation. Pourquoi ?

 

Il est important de prendre en compte ces facteurs sociologiques. Très souvent, les psychanalystes, en évoquant l’évolution de leur mouvement, parlent dans l’absolu : « La psychanalyse a toujours été attaquée, ne vous inquiétez pas, ça passe… » Comme si le contexte ne comptait jamais. La situation est pourtant très différente entre quelques centaines de psychanalystes réunis dans une même association après-guerre, et aujourd’hui plusieurs milliers inscrits dans plus de vingt écoles qui s’entredéchirent. Pendant des décennies, les psychanalystes étaient plutôt des médecins, surtout des psychiatres, hommes. Puis Lacan a beaucoup contribué à l’expansion de la « psychanalyse laïque », exercée par des non-médecins : philosophes, psychologues, universitaires… Aujourd’hui, les psychologues sont majoritaires. Or, en France, leur profession n’est pas très valorisée et ils évoluent dans des strates sociales moins élevées. Comme le remarque Elisabeth Roudinesco, les psychanalystes tentent de s’arc-bouter à un ancien élitisme sociologique lié à la classe sociale des médecins. De plus, la psychanalyse est aujourd’hui beaucoup exercée par des femmes : leurs revenus et leur position sociale ne sont pas comparables à ceux des psychiatres hommes du temps de Lacan. Elles veulent ou doivent souvent exercer à temps partiel, et n’ont plus envie de consacrer toute leur vie à la psychanalyse, comme le faisaient les psychanalystes d’antan. Pour ces derniers, la psychanalyse était une sorte de sacerdoce. Elle emportait toute leur vie, que ce soit par la participation à des groupes de réflexion ou à des colloques, ou par l’écriture d’articles… Les jeunes praticiens, et singulièrement les femmes, ne se situent plus dans cette perspective militante et exclusive.

 

 

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L'auteur regrette que la psychanalyse ne soit plus un sacerdoce, mais son livre en dénonce les dérives religieuses…

 

Je ne le regrette pas du tout, au contraire ! Le sacerdoce, à mon avis, était une confusion entre une profession, une méthode et l’identité des personnes. Quand on entrait dans une école de psychanalyse, c’était parfois toute son identité qui était transformée. On devenait psychanalyste 24 h sur 24 en quelque sorte. Le milieu tournait relativement en vase clos, dans un entre-soi, une espèce d’endogamie (le psychanalyste Serge Leclaire parlait d’inceste) : comme il fallait une analyse didactique pour devenir psychanalyste, on la suivait avec un analyste parfois côtoyé par ailleurs, et tout s’en trouvait mélangé, élèves, patients, amis, conjoints, amants… Ces groupes fusionnaient ainsi les sphères privées, intellectuelles et professionnelles. On était soit dedans, soit dehors, ce qui a durci l’enfermement en chapelles. Aujourd’hui encore il est difficile d’être accepté comme psychanalyste sans se plier au purisme et au sacerdoce, et sans vouer allégeance à une école. Beaucoup de praticiens d’orientation psychanalytique en font les frais. Si vous êtes aussi systémicien, psychiatre en institution ou engagé dans une recherche de l’Inserm, vous êtes souvent mis de côté. Votre position posera question.

 

 

 

 

S.Dupont dresse un tableau très sombre de la psychanalyse française. Si elle s’autodétruit vraiment, le problème n’est-il pas insoluble ?

 

La situation est très grave. De plus en plus de psychanalystes en prennent la mesure. À mon avis, il est en tout cas trop tard pour sauver le paquebot tel qu’il fonctionnait. Ce qui va s’effacer, ce sont peut-être les psychanalystes en titre, survalorisés comme ils l’ont été par le passé. Ce ne sont pas eux qui font vivre la psychanalyse. Ce qui se passe de plus créatif et dynamique en France, ce n’est plus dans les écoles qu’on l’observe. La psychanalyse sera sans doute moins une profession organisée, ce que de toute façon elle n’est pas, qu’une orientation théorique et thérapeutique pratiquée essentiellement, et c’est paradoxal, par des non psychanalystes en titre (psychologues, psychiatres, psychothérapeutes…). Mais pour que ces pratiques puissent perdurer, encore faudra-t-il que les effets thérapeutiques ne soient pas disqualifiés par les psychanalystes eux-mêmes, et que l’image de la psychanalyse ne soit pas trop dégradée. Si on repart pour plusieurs années de psychanalystes médiatiques radicaux qui s’enferrent dans des polémiques stériles, ce sera difficile pour quiconque de se prévaloir de la psychanalyse, et les patients n’y accorderont plus de crédit. À mon avis, c’est là que se joue l’avenir de la psychanalyse. Entre la défense inconditionnelle et l’attaque vindicative, il y a une autre façon, médiane, de la voir, la dire et la penser.

 

- Propos recueillis par Jean-François Marmion

 

 

 

 

dimanche, 18 octobre 2015

Alphonse Mucha

 

 

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jeudi, 15 octobre 2015

Christiane Singer : La mort viennoise

 

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samedi, 10 octobre 2015

La vie rêvée de Gaston Bachelard : Le feu

 

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« L’art de tisonner que j’avais appris de mon père m’est resté comme une vanité. J’aimerais mieux, je crois, manquer une leçon de philosophie que manquer mon feu du matin. »

 

 

 

Bachelard, pour la première fois dans son œuvre, s'éloigne de l'objectivité scientifique et ose dire "je". Il puise dans ses souvenirs d'enfance, tente d'expliquer la méditation du rêveur devant la flamme.

 

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Gaston Bachelard nous invite à la rêverie...

 

 

Lecture à écouter: texte lu par Geoges Claisse  "Bachelard, La flamme d'une chandelle  pp.67-68",

mercredi, 07 octobre 2015

Paul Verlaine " Mon rêve familier "

 

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jeudi, 01 octobre 2015

Création : Jaya Suberg

 

 

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vendredi, 25 septembre 2015

Gaston Bachelard parmi nous, ou l'héritage invisible

 

 

 

Dans son petit appartement de la rue de la Montagne Sainte Geneviève envahi par les livres, le vieux sage à barbe blanche, alors âgé de 80 ans, avait répondu à leurs questions avec sa profonde simplicité et sa bonhomie coutumière.

Peu de temps après, GASTON BACHELARD mourait.

 

Quel dommage que les questions ne soient pas à la hauteur de l'érudition de Bachelard !

 

mardi, 22 septembre 2015

Stéphane Mallarmé

 

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vendredi, 18 septembre 2015

Henrik Aarrestad Uldalen

 

 

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Have a beautiful night,
Henrik =

dimanche, 13 septembre 2015

Sommeil et métabolisme

 

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Beaucoup d'adolescents n'arrivent pas à se coucher même lorsqu'ils doivent se lever tôt.

 

 

 

 

Claude Gronfier, chronobiologiste à l'Inserm, nous apprend que le sommeil est fondamental pour la régulation de notre métabolisme.

 

 

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La dette de sommeil qu'ils accumulent peut avoir des conséquences importantes sur leur santé.

 

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mardi, 08 septembre 2015

2CELLOS - Hysteria

 

 

 

 

J'adore, régalez-vous...

 

 

 

 

 

 

 

 

dimanche, 06 septembre 2015

Création : Jaya Suberg

 

 

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mardi, 01 septembre 2015

Les anti-Freud qui sont-ils ? Le livre noir de la psychanalyse...

 

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Le 15 novembre 2012, Philippe Val, directeur de France Inter, répond au médiateur dans l’émission Service public. Des auditeurs ont écrit pour se plaindre d’une récente « journée freudienne » sur la station : « Pourquoi pas une journée sur l’astrologie ? Pourquoi n’avait-on pas entendu de contradicteurs de la psychanalyse, Michel Onfray par exemple ? » En réponse, Philippe Val assimile les adversaires de Freud à des gens « soucieux de nationalisme, d’ordre, de rangement, de dressage de l’individu ». Il n’était donc « pas question de donner la contradiction ». Et d’ajouter : « Si vous voulez faire une journée sur Darwin (...), est-ce que vous êtes obligé de faire venir des créationnistes toute la journée ? »


 

Philippe Val fait un sort particulier au Livre noir de la psychanalyse, qui avait provoqué une polémique lors de sa parution : « Le Livre Noir de la psychanalyse, un livre d’ailleurs à tonalité… avec des auteurs, disons assez louches, plutôt marqués à l’extrême droite, et une extrême droite qui ne sent pas toujours très bon, mais apparemment ça n’a choqué personne ».


 

Une diffamation ?


 

Le soir même, les auteurs du Livre noir annoncent leur intention de saisir la justice. Puis renoncent après étude juridique. Car en l’absence d’une allusion à des faits précis, la plainte en diffamation ne pourrait vraisemblablement aboutir : pour la Chambre de la presse, la qualification d’extrême droite serait vue comme une simple appréciation, non condamnable en tant que telle.


 

Anecdotique, tout cela ? En tout cas, emblématique de la facilité avec laquelle le point Godwin est rapidement franchi chez les psys. Le point Godwin désigne le moment où un débatteur qualifie son adversaire de fasciste, histoire de couper court à la querelle : on ne discute pas avec un fasciste. Or certains défenseurs de Freud ne se gênent pas pour taxer de fascisme, de haine, parfois d’antisémitisme, les « anti-psychanalyse ». Entendre le directeur d’une radio publique suivre le mouvement, délivrer des brevets de fascisme, édicter ce qui est scientifique ou non, vaut bien une petite enquête. Je demande donc un entretien à Philippe Val, pour savoir ce qui lui inspire ces accusations. Quels passages du Livre noir, par exemple, quelles conversations avec quels spécialistes ? Son assistante laisse espérer que ma démarche va aboutir, et puis non…


 

Côté Livre noir, les quatre coordonateurs de l’ouvrage se disent outrés par les accusations de Philippe Val. « Je trouve ça scandaleux, lance Didier Pleux, directeur de l’Institut français de thérapie cognitive. Toute ma formation a été faite chez des grands psys juifs. Je suis un dissident de la psychanalyse, et quand je me suis engagé toute ma vie pour aider, quand mes écrits luttent contre l’égocentrisme et pour la prise en compte du sentiment de l’autre, ça fait drôle. »


 

Jacques Van Rillaer, professeur émérite de psychologie à l’université de Louvain-la-Neuve, préfère ironiser : « J’imagine que M. Val répète simplement ce que d’autres disent. Je parierais qu’il n’a pas lu Le Livre noir, et même qu’il ne l’a jamais eu en mains. Je pense qu’il est mal informé, et qu’il a fait confiance à des gens qu’il connaît, et qui ont dû le flatter. Vous savez comme moi que s’il y a des gens que l’on flatte, c’est bien les journalistes… D’ailleurs, Jacques Lacan allait chercher lui-même Françoise Giroud à L’Express, et lui accordait des séances plus longues qu’à n’importe qui. J’ai moi-même eu un journaliste en consultation, et comme les thérapies cognitivo-comportementales marchaient, il en a parlé. C’est ainsi que l’opinion se transforme. »


 

Lorsqu’il entend Philippe Val déclarer que l’on ne débat pas avec les adversaires de Freud, Jean Cottraux, di­recteur scientifique de l’Institut francophone de formation et recherche en TCC (Ifforthecc) et coordonnateur du Livre noir, livre une information croustillante : « Pourtant, j’ai bien été invité ! L’avant-veille de cette journée Freud, on m’a proposé de discuter à 8 heures du matin avec Élisabeth Roudinesco. Mais j’étais en province et ne pouvais me déplacer. J’ai demandé à participer par téléphone, on m’a répondu que c’était difficile, et on ne m’a pas rappelé. J’ai été remplacé par Marcel Rufo, qui pourtant se trouvait à Marseille, et qui a fait le panégyrique de Mme Roudinesco. Une opération de com’, rien d’autre ! Peut-être qu’un ordre était venu d’en haut… »


 

D’où vient la rumeur ?


 

Mais qui soufflerait à Philippe Val ce qu’il faut penser du Livre noir  ? Laissons l’historien et philosophe Mikkel Borch-Jacobsen, professeur à l’université de Washington à Seattle, lancer l’accusation : « J’ai toujours été à gauche, et même à l’extrême gauche. À deux reprises, j’ai demandé un droit de réponse parce qu’on m’avait traité publiquement, par écrit, de révisionniste, de négationniste. Mais pour qu’il vous soit accordé, il faut menacer d’une action en justice. J’ai rappelé combien ces termes étaient extraordinairement blessants, d’autant que je suis marié à une Juive dont la quasi-totalité de la famille est morte dans les camps. Mon beau-père, lui, est revenu d’Auschwitz et porte toujours son matricule sur le bras. Il n’empêche, la rumeur continue, constamment. Une fois qu’elle est lancée, on ne peut pas l’arrêter. C’est comme un train en marche. Plus on la dément, et plus elle se répand. J’en veux beaucoup à Élisabeth Roudinesco, parce que c’est elle qui en est délibérément à l’origine. »


 

Historienne, directrice de recherches à Paris VII et rattachée au département d’Histoire de l’École Normale Supérieure, Élisabeth Roudinesco ne manque jamais de présenter la psychanalyse comme un humanisme face aux thérapies cognitivo-comportementales (TCC), qu’elle désigne inversement comme des machines à « dresser », à animaliser l’humain.


 

Je la contacte pour avoir son opinion sur la « journée Freud » de France Inter, sur les propos de Philippe Val, et sur les maux dont on l’accuse. Voici sa réponse : « Je n’ai pas à donner une appréciation sur des propos, qu’à ma connaissance, Philippe Val n’a pas tenus et que vous rapportez sans le moindre jugement critique quant à vos sources. Je n’ai pas davantage à répondre à des rumeurs. (…) Quant aux auteurs du Livre noir de la psychanalyse dont vous vous faites le porte-parole et qui se plaignent apparemment de n’avoir pas été invités le 9 novembre à France Inter en affirmant que cette journée aurait été un acte de propagande en faveur de la psychanalyse et des psychanalystes, je vous rappelle que ladite journée n’était pas consacrée à la psychanalyse mais à Sigmund Freud. (…) C’était une journée de haut niveau avec des chercheurs et des personnalités incontestables. Elle a d’ailleurs, pour ces raisons, recueilli un très vif succès. Que cela ne plaise pas à ceux qui colportent des rumeurs, je le constate sous votre plume, mais cela ne me concerne pas. »


 

Histoire de la rassurer sur ma santé mentale, je lui adresse le verbatim des propos tenus par Philippe Val sur France Inter, ainsi qu’un lien vers un podcast pour qu’elle puisse écouter l’émission en question.


 

« Si tu n’as rien à dire de plus beau que le silence, tais-toi  », dit le proverbe. Élisabeth Roudinesco, suite à mes précisions, respectera le plus profond silence. C’est donc sans son concours que nous allons tenter d’y voir plus clair. Pourquoi est-elle accusée (à tort ou à raison, nous allons le voir) de répandre la rumeur que les opposants à Freud sont des antisémites ? Pour le rôle qu’elle a joué durant trois débats.


 

Acte  I : Freud à Washington


 

Au milieu des années 1990, à Washington, la Bibliothèque du Congrès doit consacrer une exposition au fondateur de la psychanalyse. C’est alors que 42 intellectuels signent une pétition pour déplorer que le comité d’organisation ne prenne pas en compte les travaux d’historiens revisitant la légende de Sigmund Freud.


 

L’exposition est annulée, officiellement pour des raisons financières, mais Élisabeth Roudinesco y voit l’influence de la pétition.


 

Le 26 janvier 1996, la psychanalyste publie dans Libération une tribune intitulée « Le révisionnisme antifreudien gagne les États-Unis ».


 

Révisionnisme ? « Dans les pays anglo-saxons, précise Mikkel Borch-Jacobsen, il est courant de parler de révisionnisme historique. L’historien qui révise une certaine version de l’Histoire est forcément "révisionniste", ce qui n’a aucun rapport avec la négation de l’Holocauste. Élisabeth Roudinesco ne dit pas que les pétitionnaires sont antisémites, d’autant que nombre d’entre eux sont juifs. Mais dans le contexte français, avec un tel terme, la rumeur s’étend tout de suite. »


 

Élisabeth Roudinesco prend pourtant soin de préciser, en note, ceci : « Le terme est à prendre, ici, au sens classique d’une révision historiographique, qui n’a rien de commun avec les révisionnistes négationnistes du génocide des Juifs et des Tsiganes. »


 

Certes, l’ambiguïté est ici dissipée. Mais alors pourquoi user d’un terme impropre, qui sera ensuite repris dans plusieurs de ses écrits ?


 

Acte  II : Mensonges freudiens

 

En 2002, les éditions belges Mardaga acceptent de publier un livre refusé de partout en France, Mensonges freudiens, signé par le psychiatre Jacques Bénesteau. Plus virulent et sarcastique encore que le futur Livre noir, l’ouvrage, qui récapitule les travaux des historiens de Freud déconstruisant la légende officielle, reçoit le prix de la Société française d’histoire de la médecine (SFHM), à l’unanimité.


 

En 2003, le très à droite Club de l’Horloge décide de décerner à Élisabeth Roudinesco son prix Lyssenko, attribué chaque année à une personnalité qui a « par ses écrits ou par ses actes, apporté une contribution exemplaire à la désinformation en matière scientifique ou historique, avec des méthodes et arguments idéologiques ».


 

Le rapporteur du jury n’est autre que le préfacier de Jacques Bénesteau. Ce dernier convie d’ailleurs Mikkel Borch-Jacobsen à la cérémonie, prévue le 14 janvier 2004. Celui-ci refuse, par un e-mail à Jacques Bénesteau adressé en copie à l’intéressée : « Il est de notoriété publique que je suis depuis de longues années en désaccord avec ses positions. Ceci toutefois ne saurait m’inciter à me rallier aux chemises brunes intellectuelles avec lesquelles vous avez jugé bon de vous associer. J’ai le plus grand mépris pour tout ce que représente le Club de l’Horloge, et je ressens comme une insulte que vous ayez pu songer un seul instant que je m’associerais à cette provocation. »


 

Peu après, dans le numéro 27 de la revue Les Temps modernes, Élisabeth Roudinesco contre-attaque. Tout en évoquant à nouveau une « école dite révisionniste », elle accuse Mensonges freudiens d’être empreint d’un « antisémitisme masqué  ». Jacques Bénesteau et Henry de Lesquen, président du Club de l’Horloge, l’attaquent en diffamation. Le 17 février 2005, à l’audience de la dix-septième Chambre du Tribunal de Grande Instance de Paris, spécialisée dans les affaires de presse, Élisabeth Roudinesco produit l’e-mail de Mikkel Borch-Jacobsen, sans le lui avoir demandé (« Elle ne peut pas dire que je suis d’extrême droite  », souligne-t-il). Jacques Bénesteau, lui, s’est choisi l’avocat de Jean-Marie Le Pen… Le 2 juin 2005, il est débouté et ne fera pas appel. Depuis, il s’est fait singulièrement discret.


 

Acte  III : 
Le Livre noir de la psychanalyse


 

En 2004, un rapport de l’Inserm estime les TCC plus efficaces que la psychanalyse pour la prise en charge des troubles mentaux, à l’exception des troubles de la personnalité. Le document provoque un tel tohu-bohu que Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la Santé, annonce devant un parterre de lacaniens, en février 2005, qu’il enterre le rapport. Ce qui lui vaut une standing ovation. Mais donne l’idée du Livre noir  : le quatuor jugé nauséabond par Philippe Val tire à boulets rouges sur la psychanalyse en coordonnant près de quarante auteurs, dont le tiers sont d’ailleurs juifs. « Si les psychanalystes avaient pris acte des conclusions du rapport, et avaient accepté de se cantonner à la prise en charge des troubles de la personnalité ou à l’analyse sans prétention thérapeutique, on aurait dit qu’ils s’inclinaient avec grâce et on n’aurait jamais fait Le Livre noir, explique Jean Cottraux. Je n’y aurais pas investi une once de mon temps. En voulant faire interdire un rapport scientifique de la République par des moyens bizarres, ils se sont tiré une balle dans le pied. Et ils continuent. Ils vont terminer complètement discrédités. »


 

Le 1er septembre 2005, pour accompagner la sortie du Livre noir, Le Nouvel Observateur publie un dossier intitulé « Faut-il en finir avec la psychanalyse ? » Le rédacteur en chef, Laurent Joffrin, qui nourrissait pourtant un a priori plutôt favorable à la psychanalyse, met alors les pieds dans le plat : il écrit qu’Élisabeth Roudinesco lui aurait déconseillé de parler de l’ouvrage sous prétexte qu’il était « politiquement louche, à la limite de l’antisémitisme ».


 

L’intéressée exerce à nouveau un droit de réponse : « Je n’ai jamais parlé d’antisémitisme à propos du Livre noir, et vous faites là une malheureuse confusion avec un précédent ouvrage (Mensonges freudiens, n.d.l.r.) dans lequel j’avais, en effet, décelé de l’« antisémitisme masqué ». J’affirme, au contraire, qu’il n’y en pas trace dans Le Livre noir. » Cette mise au point noir sur blanc n’empêche pas une autre rumeur de se répandre (à laquelle Élisabeth Roudinesco est étrangère) : la journaliste du Nouvel Obs en charge du dossier sur Le Livre noir, elle, n’aimerait pas les Juifs…


 

Remarquons que Jacques Bénesteau n’a pas été invité à écrire dans Le Livre noir, où il n’est pas cité. Ce n’est évidemment pas un hasard. « Sinon, l’amalgame est vite fait », commente Didier Pleux.


 

« Son absence dans Le Livre noir devrait être un signe pour tous ceux qui nous croient d’extrême droite », martèle Mikkel Borch-Jacobsen.


 

« Il y avait de bonnes choses dans son livre, d’autres étaient excessives, c’est tout ce qu’on peut dire, raconte Jean Cottraux. Nous n’en avons pas voulu dans Le Livre noir, étant donné qu’il était suspect. Je l’ai cité en note dans un de mes livres, Les visiteurs du soi, avec d’autres, dont Freud et Roudinesco. Cela m’a été reproché de façon cinglante. »


 

« À l’origine, dans Le Livre noir, admet Jacques Van Rillaer, j’avais naïvement cité Bénesteau. Mais après son choix d’avocat, j’ai dû supprimer ces références, à la demande de mon éditrice et d’autres auteurs. Et j’ai demandé à Bénesteau de retirer d’un site web antifreudien dont il s’occupait des textes de moi que je l’avais autorisé à reproduire. »


 

Lacanien repenti, Jacques Van Rillaer avait déjà publié Les Illusions de la psychanalyse, au titre explicite, et avait déjà dû faire preuve de prudence : « Avec ce livre, je n’ai jamais entendu la moindre critique m’assimilant à l’extrême droite. Mais un collègue m’avait dit : "Ne cite surtout pas La scolastique freudienne de Debray-Ritzen : il est clairement situé à droite, et il suffit qu’un journaliste s’aperçoive que tu lui rends hommage pour que ton livre ne soit pas signalé". J’ai un peu lâchement supprimé quelques passages. »


 

Pierre Debray-Ritzen, auteur de La scolastique freudienne et de La psychanalyse, cette imposture, était tenu, selon Didier Pleux, pour « un homme de droite ».


 

« C’était la critique bébête de la psychanalyse, poursuit-il, parce que celle-ci parlait un peu trop de sexe et de liberté, et accompagnait 68 de façon intelligente. »


 

Pierre Debray-Ritzen et Jacques Bénesteau constituent ce que Didier Pleux appelle « les casseroles » des adversaires de la psychanalyse.


 

Une longue histoire


 

Mais remontons encore dans le temps. Bien avant Mensonges freudiens, Le Livre noir, ou Le Crépuscule d’une idole de Michel Onfray, les anti-Freud étaient-ils assimilés à l’extrême droite, ou s’agit-il d’un phénomène récent ? « C’est une aberration qui a une longue histoire, explique Mikkel Borch-Jacobsen. C’est en fait Freud lui-même qui avait lancé cette idée en 1914, dans son Histoire du mouvement psychanalytique, où il suggérait que des préjugés raciaux avaient joué dans sa rupture avec Jung. De même, dans un article de 1925 pour la Revue juive, il n’excluait pas l’antisémitisme pour expliquer la résistance à la psychanalyse. »


 

Mais sans même parler des nazis, il y a bien eu des antisémites parmi ceux qui dénigraient la psychanalyse comme « science juive » ! « Bien sûr, c’est évident, lâche Mikkel Borch-Jacobsen. Mais toute critique de la psychanalyse n’est pas pour autant antisémite. Soyons clairs : parmi les critiques de la psychanalyse à Vienne, il y avait des Juifs ! Karl Kraus, converti au catholicisme, Ludwig Wittgenstein, Karl Popper, sans compter les dissidents de Freud comme Alfred Adler ! » 


 

L’assimilation des antifreudiens aux fascistes semblant aujourd’hui un phénomène franco-français, qu’en pensent les spécialistes de la diffusion de la psychanalyse en France ?


 

Prenons le psychanalyste Alain de Mijolla, auteur d’un triptyque monumental sur la question. En 2010, dans un article commandé pour la revue Sciences Humaines, le « grand frère » du Cercle Psy, il écrivait, à propos de la suspicion d’antisémitisme avancée par Freud lui-même envers ses détracteurs : « N’en sommes-nous pas encore et toujours, sous des apparences différentes, au même point aujourd’hui ? ».


 

Le moment est venu de lui demander des précisions. En réponse, il m’écrit ceci : « Je ne suis pas assez au courant des écrits du Livre noir ou de Michel Onfray (je me suis évité la corvée de les lire…) pour les taxer d’antisémitisme. Je pense toutefois qu’il faut distinguer les attaques ad hominem faites à Freud qui, obligatoirement, sont empreintes d’un antisémitisme qui ne se déclare pas comme tel (ce n’est pas la mode…) mais n’en demeure pas moins sous-jacent. J’ignore les tenants de l’extrême droite et ne lis aucune de leurs publications… Désolé de ne pouvoir vous en dire plus. »


 

Essayons quelqu’un d’autre, qui, cette fois, ne soit pas psychanalyste. Annick Ohayon, par exemple, auteure de Psychologie et psychanalyse en France. L’impossible rencontre (1919-1969). Que pense-t-elle de l’équation « antifreudiens = antisémites » ? « D’un point de vue historique, en France, cet amalgame n’est évidemment pas justifié : les premiers critiques de la psychanalyse – Georges Dumas, Charles Blondel, ou même Henri Piéron – étaient d’authentiques républicains, plutôt de gauche. Et il y avait parmi les pionniers du mouvement freudien des gens très à droite et plutôt antisémites – Édouard Pichon, et, dans une moindre mesure, René Laforgue et Angelo Hesnard. Les jeunesses de Jacques Lacan et de Françoise Dolto ne sont pas très à gauche non plus ! Il y a là une filiation maurrassienne qu’il faudrait examiner de près. Et dans les années 1950, les adversaires les plus déterminés étaient communistes. Alors, vous voyez, ce n’est pas si simple. Il me semble qu’il faut distinguer deux choses : les attaques concernant la psychanalyse comme méthode thérapeutique, qui peuvent venir de n’importe où, et surtout du corps médical, et celles qui concernent l’homme Freud et la doctrine, qui sont plus idéologiques – et plus récentes. Le Livre noir de la psychanalyse s’inscrit plutôt dans ce cadre. »


 

Elle me conseille de m’adresser à un historien, spécialiste à la fois de la psychanalyse et de l’antisémitisme. Excellente piste ! Je dégaine ma plus belle plume, je le sollicite. Il me répond d’une phrase : « Sur le sujet de votre enquête, je ne dispose pas d’informations qui me permettraient de répondre à vos questions. »


 

D’un Godwin à l’autre


 

Des psychanalystes d’extrême droite, des détracteurs de Freud juifs… Histoire de démolir toute vision binaire de la situation, toute tentation de diviser les protagonistes entre gentils et méchants, sincères et hypocrites, écoutons encore ceci. Didier Pleux voit dans les accusations de fascisme ou d’antisémitisme « une pure tactique pour exclure l’opposition ».


 

« Les psychanalystes éclairés, et j’en connais, ne rentrent pas du tout dans ce débat, assène-t-il. J’ai été exclu de l’université de Caen, où j’étais chargé de cours, parce que je tenais des propos anti-doltoiens. Où est le fascisme ? Je suis maintenant à l’université populaire de Michel Onfray, qui s’est fait traiter lui aussi d’antisémite. Onfray, antisémite ! Pour moi, l’extrémisme de droite, c’est le tout-à-l’ego : tout pour mon petit moi, la destruction du lien social, la propagande, la censure, la croyance en une idéologie fermée. Or, c’est ce qu’est la psychanalyse en ce moment ! »


 

Jean Cottraux, quant à lui, a répondu à Philippe Val en diffusant un texte où il rappelle le comportement trouble de Françoise Dolto sous l’Occupation, ou encore que Freud a dédicacé un livre à Mussolini, et aurait nourri une certaine admiration pour le dictatorial chancelier autrichien Dollfuss… Eh oui : on voit poindre des arguments selon lesquels « Les fachos, ce n’est pas nous, c’est ceux d’en face ». L’extrême droite, c’est Freud ! Le point Godwin est franchi dans les deux sens…


 

Je suis mal parti pour mon enquête. Les gens s’accusent du pire, parfois sans s’être lus. Ou encore du pire « masqué », ce qui nous fait une belle jambe. Et certains refusent de répondre. Les spécialistes bottent en touche. Les accusés eux aussi traitent leurs adversaires de fascistes. Ils refusent même de frayer avec un autre accusé, quand bien même ils apprécient en partie son travail. Élisabeth Roudinesco, coupable idéale pour le lancement de ces rumeurs, a dit publiquement l’inverse de ce dont on l’accable.


 

Voilà le genre d’article qui devrait me fâcher avec tout le monde ! Et il y aura bien aussi quelqu’un pour me taxer d’antisémitisme. Ou pour prétendre que je suis « assez louche » et que je sens mauvais. Allons, il faut écouter la voix de la sagesse et renoncer. Ma décision est prise : tant pis, je n’écrirai pas cet article. Oups. Trop tard.

 

 

dimanche, 30 août 2015

Citation : Au grand Saint Christophe

 

 

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samedi, 29 août 2015

Peinture : Henrik Aarrestad Uldalen

 

 

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Have a beautiful night,
Henrik =

samedi, 22 août 2015

Les petites amoureuses du roi des dieux : L'amant déguisé en mari

 

La dernière amoureuse de la semaine s'appelle Alcmène, petite-fille du roi Persée. Elle est l'épouse de son cousin Amphitryon, roi de Tirynthe.

 

par Catherine Clément

 

 

Enfin, l'épouse, c'est vite dit : elle n'acceptera de coucher avec lui qu'au moment où Amphitryon aura vengé ses frères, tués par des voleurs de troupeaux. Et la vengeance tarde, se complique, Amphitryon tue son beau-père par mégarde, il doit se purifier, enfin, ça n'en finit pas. Enfin, Amphitryon parvient à lever une grande armée et le voilà parti à la guerre.
 

 

Alors Zeus intervient. Il veut un fils très fort. Alcmène est une épouse vierge. Quoi de plus séduisant ? Et pour simplifier, Zeus se déguise en Amphitryon. Il arrive, très fier, annonce à son épouse que ses frères sont vengés, couche avec Alcmène et pour être bien sûr que l'enfant sera fort, il fait durer la nuit trente-six heures au lieu de douze. Comment ? Hermès arrête le char du Soleil, la Lune avance lentement et l'humanité dort aussi 36 heures. Alcmène est comblée. Zeus s'éclipse.

Et le vrai mari revient de guerre, racontant exactement la même histoire - Je sais, tu me l'as déjà dit, coupe Alcmène. Le mari veut coucher avec elle, l'épouse baille de fatigue, demain, si tu veux, mon chéri ? Enfin elle se laisse faire, mais le mari, inquiet, va consulter le devin Tirésias. Et le devin l'informe que Zeus l'a cocufié. Le malheureux Amphitryon ne touchera plus jamais son épouse.

 

 

Alcmène est sur le point d'accoucher de jumeaux. L'un est un demi-dieu, et l'autre est un mortel. Zeus fait savoir, en jurant par le Styx, que le premier enfant qui naîtra sera le roi de Tirynthe. Ce sera le fils de Zeus, c'est ce que tout le monde croit.

 

Sauf que Héra, comme elle l'a déjà fait si souvent, envoie sa fille Ilythie faire naître en vitesse le fils d'Amphitryon, avec ordre de bloquer la naissance de l'autre. Ilythie ne bouge plus, le petit de Zeus ne sort pas, Alcmène crève de douleur… Alors, ruse pour ruse, la fille de Tirésias crie de dedans le palais que ça y est, l'enfant divin est né ! Ilythie part, furieuse. L'enfant de Zeus peut naître. Il s'appellera Alcide, et Alcmène a si peur qu'elle le fait abandonner dans un pré. Qui nourrira l'enfant Alcide ?

 

 

Eh bien, ce sera Héra, abusée par sa nièce Athéna, qui lui plaque sur les seins le bébé à l'abandon, et il tète, le petit Alcide, il vivra… Mais parce qu'il a sucé le lait de la déesse Héra, il prendra le nom d'Héraclès. Un type très fort, avec la tête malade, capable de tous les exploits et du pire des crimes, puisqu'Héraclès, frappé de folie, tuera tous ses enfants.

Une dernière chose. Pour se venger de la fille de Tirésias, Héra la changea en belette, un animal dont les Grecs croyaient qu'elle concevait par l'oreille,  accouchant par la bouche.

 

mardi, 18 août 2015

Théodore de Bonville

 

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