lundi, 26 décembre 2016

Déesses vierges : La bruyante aux flèches d’or née sur l’île aux phoques

Artémis est la sœur jumelle d’Apollon, le dieu solaire. Comme son frère, elle est impassible, glaciale, impitoyable, une vierge intraitable sans une once de bonté, souvenons-nous du traitement qu’elle inflige au chasseur Actéon.

 

par Catherine Clément

 

 

Revenons à leur naissance, une bonne explication. Léto, leur mère, était une Titane, donc une cousine de Zeus qui l’engrossa. Sa femme Héra en fut jalouse. Jusque là, c’est le scénario banal façon Les feux de l’amour. Là où ça se complique, c’est quand l’épouse de Zeus décide de bloquer l’accouchement de Léto. Interdit sur terre. A la rigueur, Héra l’autorise à faire ses couches là où les phoques vont mettre bas, sur un bout de rocher divaguant en pleine Méditerranée. Léto y parvient, épuisée, secouée de contractions, mais le ventre bloqué. Trois vieilles déesses viennent l’aider, en vain. Héra a demandé à sa fille Ilithye, fruit de ses amours légitimes avec Zeus,  de rester sur l’Olympe pour empêcher les petits de naître. Finalement, après neuf nuits de contractions, l’une des vieilles déesses achète les services d’Ilithye en lui offrant un collier d’ambre. Ilithye vole jusqu’à Léto, le dieu marin Poséïdon fait se lever au dessus de leurs têtes une gigantesque vague protectrice et les jumeaux naissent, Apollon, puis Artémis, tous deux armés d’un arc et de flèches d’or, tous deux bruyants, faisant trembler le sol sous leurs pieds.

 

 

Voici ce que dit l’Hymne homérique à Artémis :« Je chante la bruyante Artémis aux flèches d’or, la vierge vénérée, l’Archère qui de ses traits frappe les cerfs,la déesse au cœur vaillant qui se lance de tous côtés, et sème la mort parmi la race des bêtes sauvages… »  Est-ce à cause des souffrances infinies de sa mère ? La  sauvage Artémis n’est bienveillante que dans  trois  cas de figure, toujours avec les filles. Avec les gars, jamais.  Le premier cas de figure est le moment fragile où les petites filles ont leurs premières règles : alors, elles dansent comme des oursonnes dans un sanctuaire d’Artémis, car le sang menstruel échappe à la raison.  La deuxième fois, c’est juste avant le mariage : les jeunes filles viennent déposer là leurs jouets et leurs ceintures qui ne serviront plus. Et la troisième fois, c’est pour leurs accouchements. Pour qu’aucune parturiente ne souffre les douleurs de Léto, sa fille Artémis soutient les femmes en travail. Trois moments de bascule dans la vie d’une fille, tous les trois liées à la reproduction. Ce n’est pas le moindre paradoxe de la sauvage Artémis que d’être, elle , la vierge absolue, préposée aux poussées d’accouchement.

 

 

Pas une once de bonté ? J’ai dit cela, mais j’ai exagéré. Artémis, qui exigea du roi Agamemnon qu’il tranche le cou de sa fille Iphigénie, fut assez bonne pour la remplacer, au dernier moment, par une biche. Bonne, mais pas trop tout de même !

 

Transportée en Tauride, en Asie mineure, Iphigénie devient prêtresse d’Artémis, préposée à l’égorgement de tout étranger débarquant sur le rivage. Il fallut tout le courage d’Iphigénie pour ne pas égorger son frère Oreste, et pour décamper de Tauride en emportant la statue de sa cruelle patronne.

 

 

lundi, 19 décembre 2016

"Sous les coups : violences conjugales"

 

 

 

Quelle que soit la situation sociale, économique, politique ou culturelle, les violences conjugales font vivre les femmes dans la terreur.

 

 

 

 

 

Là où la violence domine et où le contexte est le plus dangereux c’est bien souvent au sein du huis clos familial. Elle est le résultat d’interactions de facteurs individuels, relationnels, sociaux, culturels et environnementaux, considérés souvent à tort comme « des conflits familiaux ». 

 

 

Souvent identiques les mécanismes sont banalisés : domination, soumission, pression psychologique…

 

 

 

Quel sera le chemin à parcourir ? Quelles sont les formes de la violence domestique ?

Quelles sont les perceptions et les représentations des violences :  « normes » ?

 

 

 

 

Pour écouter, conseiller et orienter les femmes victimes de violences, chaque maillon de la chaîne à sa  responsabilité et son importance.

 

 

 

 

"Ne restons pas muets face aux violences conjugales", film d'Olivier Dahan réalisé pour Amnesty Internationale (2006) : avec Didier Bourdon, Clotilde Coureau, ...

 

Les Violences conjugales : Dix films pour en parler, sur les Ecrans du social

 

 

 

 

 

Ne restons pas muets face aux violences conjugales !

 

 


 

Olivier Dahan a réalisé un film de 2 minutes 30 qui met en scène les violences conjugales et incite les témoins de ces violences à réagir.

 

 
 

 

 

 

Lectures :

 

  • Les violences faites aux femmes en France : une affaire d'Etat
    • Amnesty International
  • Le livre noir de la condition des femmes
    • Christine Ockrent
  • De la violence (volume 2)
    • Françoise Héritier
  • De la violence (Volume 1)
    • Françoise Héritier
  • Femmes sous emprise : les ressorts de la violence dans le couple
    • Marie-France Hirigoyen
  • La domination masculine
    • Pierre Bourdieu
  • Nous, femmes battues : entre espoir et désespoir
    • Bénita Rolland
    • Alain Carné
  • Masculin, Féminin II – Dissoudre la hiérarchie
    • Françoise Héritier
  • Les violences envers les femmes en France. Une enquête nationale
  • Pourquoi les hommes frappent les femmes
    • Aldo Rocco
  • Les hommes violents
    • Daniel Welzer-Lang
  • Arrête ! Tu me fais mal ! : la violence domestique en 60 questions et 59 réponses
    • Daniel Welzer-Lang

lundi, 12 décembre 2016

Henrik Aarrestad Uldalen

 

 

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Have a beautiful night,
Henrik =

mercredi, 23 novembre 2016

Mary Dorsan

 

Son premier roman " Le présent infini s'arrête " est un coup de cœur littéraire, il laisse deviner un grand talent.

 

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L'auteure ?

Mary Dorsan, infirmière psychiatrique. Elle décrit le quotidien d'un appartement thérapeutique, la souffrance des adolescents, la relation avec les soignants.

Un ouvrage à ne pas manquer...

 

Extrait sonore :

« Valerie » interprétée par Amy Winehouse, chanson de Sean Payne, Dave McCabe, Abi Harding, Boyan Chowdhury et Russell Pritchard, enregistrée le 10 janvier 2007 pour le Jo Whiley Live Lounge 2007, extrait de l’album Amy Winehouse at the BBC, Universal, 2012

 

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Mary Dorsan est infirmière psychiatrique, dans un appartement thérapeutique avec des patients entre l’âge de 13 et 20 ans. « On est en banlieue, pas à l’hôpital. » Après beaucoup de tensions, elle crache un jour sur un patient. « Je m’en suis beaucoup voulu, j’ai beaucoup pleuré. Je suis une soignante avec une éthique plutôt forte. Je venais de faire du mal à un patient, or toute cette violence, c’est de la souffrance. » Après avoir beaucoup pensé à ce qui lui était arrivé, elle se décide à écrire.

 

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Ce travail d’écriture débouche sur un roman fort et magnifique de 720 pages : « quand j’écrivais, c’était sur la feuille A4 de l’ordinateur et je n’avais aucune idée de ce que pouvait représenter la longueur du livre. » Elle écrit le matin, avant d’aller travailler (« j’étais obligé de me doucher et de déjeuner en urgence ») ou en revenant, parfois pendant quelques nuits d’insomnie. « J’ai choisi les moments symboliques qui pouvaient le mieux raconter l’histoire. Je voulais m’exposer. J’ai voulu exposer tout ce qu’il y avait à l’intérieur de ma tête. On n’ose pas raconter des histoires comme ça. » Elle raconte toutes ces choses qui pèsent sur nous. « Les émotions, on en parle dans les colloques ou dans les magazines scientifiques ? »

 

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Mary Dorsan prend le temps de regarder tout ce qui se passe autour d’elle : « il y a des tas de choses à regarder, explique-t-elle. D’abord le silence, et puis ce qui vient dans la tête est partagé. » Elle regarde, montre, décrit, mais elle ne dit jamais comment voir ou comment lire : « Je n’aime pas que l’on dise comment lire car chacun lit comme il veut. »

 

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Aujourd’hui, Mary Dorsan se sent coincée entre plusieurs identités : « je suis l’infirmière psychiatrique qui est responsables par rapport à ses collègues ou à ses patients ; je suis moi, avec la tentation de la provocation, de tout bousculer, de mettre les autres face à leur propre introspection ; et puis serais-je par hasard écrivain, quelqu’un qui aurait écrit toutes ces pages ? »

 

Quatrième de couverture

« Bon, j’écris ce qui se passe dans mon service. Je travaille dans un appartement thérapeutique, rattaché à un hôpital psychiatrique. On accueille des adolescents. Très malades, souvent, dont personne ne veut. Qui en plus de leurs troubles psychiatriques, ont des troubles de l’attachement, des pathologies du lien. Alors ça remue ! Ça remue les soignants.
J’écris les souffrances de ces jeunes. La diffi culté de les soigner, de les accompagner ou tout simplement de rester là, avec eux. Je tente d’écrire la complexité des relations avec eux et la complexité des effets sur les soignants et les relations des soignants entre eux. Je veux raconter ce que c’est, ce travail, leur vie. Je veux… Dire. Décrire. Montrer. Tout. Le bon et le mauvais. Je voudrais que l’on pense davantage à eux. Ces adolescents sont invisibles ou méconnus dans notre société. Ou incompris. Terriblement vulnérables, fragiles, si près de l’exclusion totale, ils sont à la marge. À la marge de notre pensée, de nos yeux. Au cœur de mon cœur. »

 

 

 

mercredi, 26 octobre 2016

BACLOFÈNE ET ALCOOLISME : LE BILAN

 

 

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Deux essais cliniques en cours

 

Outre ce suivi par l’ANSM, deux essais cliniques sont en cours en France, Alpadir et Bacloville : les premiers au monde, selon Philippe Jaury, le coordonnateur de Bacloville. À l’étranger, d’autres études se déroulent également, mais elles ont débuté plus tard.

Conduit en milieu hospitalier, Alpadir a pour objectif le maintien dans le temps de l’abstinence chez des patients sevrés. Le dosage maximum de baclofène est de 180 milligrammes par jour sur six mois. Les résultats sont en cours d’analyse.

 

 

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Mené avec des médecins généralistes, Bacloville est quant à lui un essai clinique multicentrique (plusieurs lieux en France) et randomisé en double aveugle. Il porte sur 320 patients  et sur un an. Le baclofène est prescrit avec une nouvelle posologie : jusqu’à 300 milligrammes par jour, une dose très élevée. « L’analyse des résultats doit débuter à la mi-avril 2015 », précise Philippe Jaury, qui ne dévoile rien des premières données, mais se montre confiant.

Il faudra aussi mieux comprendre les mécanismes d’action du baclofène : pourquoi, en effet, ne devient-il actif qu’à si hautes doses ? Directrice de recherche au CNRS, au laboratoire Neuroplasticité et thérapies des addictions, Florence Noble suppose que de nouveaux mécanismes biochimiques restent peut-être à découvrir.

 

« Le baclofène a changé la vie de beaucoup de patients alcoolo-dépendants, ils sont devenus indifférents à l’alcool », constate Philippe Jaury, médecin addictologue et professeur à la faculté de médecine de l’université Paris Descartes. Cette molécule est utilisée depuis les années 1970 comme décontractant musculaire. À hautes doses, elle aiderait à réduire sa consommation d’alcool, voire à devenir abstinent.

 

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Jusque-là, la seule solution proposée aux personnes alcooliques était l’abstinence pure et simple. Désormais, « l’abstinence devient une conséquence du traitement et non pas un objectif en soi,explique Philippe Jaury, l'un des pionniers de la prescription du baclofène à hautes doses, cela change complètement la prise en charge ».

 

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Depuis le témoignage d’Olivier Ameisen, les prescriptions se sont littéralement  envolées. Si bien qu’en 2012, selon l’assurance maladie, plus de 33 000 personnes alcoolo-dépendantes débutaient un traitement au baclofène, soit près de dix fois plus qu’en 2007.

« Quand les patients ont appris qu’on pouvait les soigner sans exiger d’eux qu’ils deviennent totalement abstinents, on a vu arriver dans nos cabinets des gens qui, jusque-là, refusaient de venir », se souvient Philippe Jaury. Avant d'ajouter : « Ce qui est bluffant avec le baclofène, c’est qu'au bout de trois à quatre mois, des patients nous annoncent qu’ils ne boivent plus, alors que leur objectif était simplement de boire normalement, comme tout le monde ».

 

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Un bilan positif…

Il y a un peu plus d’un an maintenant que la première recommandation temporaire d’utilisation a été accordée pour raison de santé publique au baclofène par l’Agence nationale de sécurité du médicament. D’une durée de trois ans renouvelable, elle permet aux médecins de prescrire légalement cette molécule hors autorisation de mise sur le marché aux patients pour lesquels les autres traitements disponibles ont échoué. Les deux indications sont : le maintien de l’abstinence chez des patients sevrés et la réduction majeure de la consommation d’alcool pour des personnes alcoolo-dépendantes à haut risque. La posologie ne doit pas dépasser 300 milligrammes par jour.

 

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L’ANSM dresse un bilan plutôt positif du suivi de six mois effectué sur quelque 2000 patients (ceux ayant effectué au moins une visite de suivi) : 74 % des patients nouvellement traités et 45 % des patients déjà traités ont vu diminuer leur besoin irrépressible de boire (craving). En outre, alors que 12 % des patients suivis étaient abstinents au début du traitement, 32 % l’étaient six mois après. Et parmi ceux qui étaient déjà en traitement, près de la moitié étaient toujours abstinents à l’issue du suivi. Une diminution moyenne de la consommation est aussi enregistrée. Elle est de 56 grammes par jour pour les patients qui débutaient le traitement, soit quatre à cinq verres de vin. Pour ceux déjà traités, elle est de 15 grammes par jour, soit un peu plus d'un verre. Toutefois, pour 1,1 % des patients, des effets secondaires graves possiblement liés au baclofène ont été rapportés, notamment de nature neurologique et psychiatrique. « Les effets secondaires sont importants et varient d'un patient à l'autre, mais ils sont beaucoup moins nombreux qu'avec l'alcool » constate Philippe Jaury.

… mais limité

Cela étant, il relève que ce suivi présente plusieurs limites méthodologiques. Tout d’abord, « ces données ne renseignent pas sur l’effet placebo ». C'est pour cela que les études cliniques habituelles sont réalisées en double aveugle : le médecin et le patient ignorent si c’est la molécule ou le placebo qui sont prescrits. De plus, « les contre-indications spécifiques de la RTU excluent à peu près la moitié des patients », déplore-t-il. Sont écartés du suivi, par exemple, les conducteurs d’un véhicule et les personnes souffrant d’une dépression caractérisée d’intensité sévère.

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Quant au portail électronique conçu pour transmettre les données, il se révèle beaucoup trop complexe à l’usage et nécessiterait, selon lui, une formation préalable. Au 20 mars 2015, quelque 5 000 patients seulement étaient enregistrés. « Cette proportion est très faible au regard de l’estimation de l’ensemble des patients traités », reconnaît l’ANSM. « Des études plus cadrées sont nécessaires conclue Philippe Jaury, c’est-à-dire randomisées en double aveugle contre placebo ».



samedi, 01 octobre 2016

C'est quoi, être un professionnel ?

 

 

 

 

Engagement, grandes vérités et gros baratin.

 

 

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L'histoire, c'est de parler du vécu du travailleur, son engagement. Comment il vit son travail, par rapport à lui-même, par rapport à ses émotions, entre ce qu’il voudrait et ce qu'il est tenu de faire. Considère-t-il son boulot comme une mission, une vocation? Et aussi: se retrouve-t-il parfois, comme certains, à lâcher des gros baratins quand on l'interroge sur la question...?

 

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Deux invités se confronteront aux questions psylencieuses des Pernicieux (ou le contraire), pour un débat qui promet d'être chaud, chaud mon pro! Avec aussi des capsules sonores et des chroniques hautes en couleur, qui sont tout sauf du baratin.

 

Psylence Radio, un grain de folie sur les ondes ! Tous les 3e lundis du mois à 17h sur Radio Panik 105.4 FM ou http://www.radiopanik.org

 

 

samedi, 24 septembre 2016

La dépression dans une série de clichés sombres et saisissants.

 

Un photographe atteint de dépression a tenté de guérir sa maladie en réalisant des autoportraits montrant son état psychologique.

Des clichés saisissants et intimes à découvrir.

 

 

 

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Edward Honaker est un photographe malheureux. Atteint de dépression, le jeune homme de 21 ans s’est peu à peu vu sombrer dans cette maladie psychologique. C’est d’ailleurs son état mental et l’impact de celui-ci sur son travail qui l’ont poussé à prendre le taureau par les cornes : « J’ai commencé à devenir mauvais dans les domaines où j’avais l’habitude d’être bon mais je ne savais pas pourquoi ».

Pour vaincre son mal, il a alors décidé de l’exploiter, le mettant en scène à travers ses clichés.

 

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Ces photos illustrent la noirceur ressentie par Edward Honaker durant sa dépression.Mais plus largement, elles donnent un aperçu de l’état psychologique des personnes atteintes de cette maladie.

 Et vous, avez-vous ressenti les émotions transmises à travers ces photos ou restent-elles à l’état figé d’oeuvres d’art pour vous ?

 

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lundi, 05 septembre 2016

Ce photographe illustre sa propre dépression dans une séries saisissantes

 

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Un photographe atteint de dépression a tenté de guérir sa maladie en réalisant des autoportraits montrant son état psychologique. Des clichés saisissants et intimes que SooCurious vous propose de découvrir.

Edward Honaker

est un photographe malheureux. Atteint de dépression, le jeune homme de 21 ans s’est peu à peu vu sombrer dans cette maladie psychologique.

C’est d’ailleurs son état mental et l’impact de celui-ci sur son travail qui l’ont poussé à prendre le taureau par les cornes : « J’ai commencé à devenir mauvais dans les domaines où j’avais l’habitude d’être bon mais je ne savais pas pourquoi », raconte-il.

Pour vaincre son mal, il a alors décidé de l’exploiter, le mettant en scène à travers ses clichés.

 

 

Ces photos illustrent la noirceur ressentie par Edward Honaker durant sa dépression. Mais plus largement, elles donnent un aperçu de l’état psychologique des personnes atteintes de cette maladie. 

Et vous, ressentirez vous les émotions transmises à travers ces photos ou restent-elles à l’état figé d’oeuvres d’art pour vous ?

 

lundi, 29 août 2016

Citation : Gaston Bachelard

 

 

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jeudi, 18 août 2016

Aimez-vous le vert ?


Michel Pastoureau : directeur d'études au Cnrs et à l'Ehess

" Vert, histoire d'une couleur "

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          Le livre de Michel Pastoureau retrace la longue histoire sociale, artistique et symbolique du vert dans les sociétés européennes, de la Grèce antique jusqu’à nos jours. Il souligne combien cette couleur qui a longtemps été difficile à fabriquer, et plus encore à fixer, n’est pas seulement celle de la végétation, mais aussi et surtout celle du Destin. Chimiquement instable, le vert a symboliquement été associé à tout ce qui était instable: l’enfance, l’amour, la chance, le jeu, le hasard, l’argent.

 

 

 

 Ce n’est qu’à l’époque romantique qu’il est définitivement devenu la couleur de la nature, puis celle de la santé, de l’hygiène et enfin de l’écologie. Aujourd’hui, l’Occident lui confie l’impossible mission de sauver la planète.

 

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Aimez-vous le vert ? A cette question les réponses sont partagées. En Europe, une personne sur six environ a le vert pour couleur préférée ; mais il s'en trouve presque autant pour détester le vert, tant chez les hommes que chez les femmes. Les vert est une couleur ambivalente, sinon ambiguë : symbole de vie, de sève, de chance et d'espérance d'un côté, il est de l'autre associé au poison, au malheur, au Diable et à ses créatures. Le livre de Michel Pastoureau retrace la longue histoire sociale, artistique et symbolique du vert dans les sociétés européennes, de la Grève antique jusqu'à nos jours. Il souligne combien cette couleur  qui a longtemps été difficile à fabriquer, et plus encore à fixer, n'est pas seulement celle de la végétation, mais aussi et surtout celle du Destin. Chimiquement instable, le vert a symboliquement été associé à tout ce qui était instable : l'enfance, l'amour, la chance, le jeu, le hasard, l'argent. Ce n'est qu'à l'époque romantique qu'il est devenu définitivement la couleur de la nature, puis celle de la santé et de l'hygiène et enfin de l'écologie. Aujourd'hui, l'Occident lui confie l'impossible mission de sauver la planète.
- Quatrième de couverture

samedi, 30 juillet 2016

L'ART DES RÊVES ÉVEILLÉS : MAN RAY

 

Fantasme, rêve, mode...

Man Ray a exploré beaucoup de domaines de la photographie.

 

 

 

" Pour moi, il n'y a pas de différence entre le rêve et la réalité. Je ne sais jamais si ce que je fais est le produit du rêve ou de l'éveil. " - Man Ray

 

 

 

 


https://soundcloud.com/ifm-paris/man-ray



 

 

Le photographe Luc Quelin présente la vie et l'oeuvre de Man Ray (1890-1976).
Ce précurseur de la photographie moderne est né à Philadelphie, mais il a vécu à Paris à partir de 1921. D'abord dessinateur dans une agence de publicité, il voulait être peintre mais il a découvert la photographie qu'il a contribué à élever au niveau d'un grand art.
Luc Quelin raconte l'amitié de Man Ray avec Marcel Duchamp, Paul Poiret, Berenice Abbott, Kiki de Montparnasse, André Breton..., ses débuts dans le mouvement dada, son atelier de la rue Campagne-Première, l'Hôtel Istria, son influence sur les grands photographes de mode comme Guy Bourdin...
Il analyse quelques-une des photographies les plus célèbres de Man Ray : "Le violon d'Ingres" en particulier (1924), mais aussi les différentes versions des compositions avec Kiki de Montparnasse (le visage allongé au masque africain, les larmes de verre, etc.), qui continuent à marquer notre imaginaire aujourd'hui.

 

 

- Man Ray auto-portrait avec la lampe 1934

 

 

mardi, 19 juillet 2016

"Le peuple des nains" raconté par le psychanalyste René Diatkine

 

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En 1987, l'émission "Les chemins de la connaissance" consacrait une série au "peuple des nains". Dans le premier épisode, le psychanalyste René Diatike analysait leur signification dans les contes et dans l'imaginaire des enfants.

 

 

 

 

"Le Peuple des nains " est une série qui s’attachait à analyser la présence des nains dans l'imaginaire mythologique et dans l'Histoire.

 

 

 

 

 

Les contes, la mythologie, les rêves sont parfois hantés par des créatures qui marquent la limite de la mesure humaine avec des personnages hybrides, problématiques, insolites. Les langues ont toutes sortes de noms pour désigner ces petits personnages imaginaires. On rencontre ainsi dans le folklore : des nains, des gnomes, des lutins, des farfadets,...

 

 

 

René Diatkine explique la signification que prend la figure des nains dans le psychisme, il donne l’exemple du conte Blanche Neige . Dans ce conte de Grimm, les nains nous donnent des indications sur l’espace et le temps de la maturation. Ainsi, le temps passé avec les sept nains est un temps de passage entre l’enfance et l’âge adulte pour Blanche Neige.

 

 

 

 

vendredi, 08 juillet 2016

Les mystères de la licorne

 

 

La Dame à la licorne

 

Place au portrait d’un animal imaginaire, qui occupe une place tout à fait à part au sein des créatures merveilleuses.

 

 

 

Michel Pastoureau nous conte l’histoire d’une créature dont nous n’avons pas fini de percer le mystère : la licorne.

Grand spécialiste de l’histoire des animaux, des couleurs et de l’héraldique, fin connaisseur des mythologies et de la symbolique qui entourent les bêtes de toute nature, qu’elles soient réelles ou imaginaires, s’apprête à publier, un ouvrage sur le sujet. 

 

 

- Lecture d’un extrait du Journal d’un voyageur pendant la guerre de 1870 de Georges SAND, sur France culture le 24 avril 1979.

- Lecture du poème La Licorne de Rainer Maria RILKE, extrait des Sonnets à Orphée parus en 1922, lu par le poète Robert SABATIER, dans le cadre de l’émission Le livre de chevet sur France culture, le 30 août 1967.

- Lecture d’un extrait de Le livre du trésor de Brunetti LATINI (XIIIe siècle), par Catherine LABORDE, dans le cadre de l’émission Le cabinet des curiosités, sur France culture le 24 février 1998.

- Interview de Salvador DALI dans le cadre de l’émission télévisée Gros plan, réalisée par Pierre CARDINAL, le 30 septembre 1961.

- Lecture d’un texte du Père Jérôme LOBO (1593-1678), dans le cadre de l’émission L’échappée belle sur France culture, le 7 juin 1985.  

- Interview de la romancière et essayiste Yvonne CAROUTCH, dans le cadre de l’émission L’échappée belle sur France culture, le 7 juin 1985. 

 

 

 

 

Les sonnets à Orphée (la Licorne) 

 

 

Oh ! C'est elle, la bête qui n'existe pas.

Eux, ils n'en savaient rien, et de toutes façons

- son allure et son port, son col et même la lumière

calme de son regard - ils l'ont aimée.

 

Elle, c'est vrai, n'existait point. Mais parce qu'ils l'aimaient

bête pure, elle fut. Toujours ils lui laissaient l'espace.

Et dans ce clair espace épargné, doucement,

Elle leva la tête, ayant à peine besoin d'être.

 

Ce ne fut pas de grain qu'ils la nourrirent, mais

rien que toujours, de la possibilité d'être.

Et cela lui donna, à elle, tant de force,

 

Qu'elle s'en fit une corne à son front. L'unicorne.

Et puis s'en vint de là, blanche, vers une vierge,

Et fut dans le miroir d'argent, et puis en elle.

- Rainer Maria Rilke

 

 

 

 

« La bête la plus sauvage de l’Inde est le monoceros ; il a le corps du cheval, la tête du cerf, les pieds de l’éléphant, la queue du sanglier ; un mugissement grave, une seule corne noire haute de deux coudées qui se dresse au milieu du front. On dit qu’on ne le prend pas vivant. »

 Pline l'Ancien, Histoire naturelle, livre VIII, chapitre XXXI

 

 

 

samedi, 02 juillet 2016

Paul Verlaine

 

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samedi, 25 juin 2016

Les bases d'un lien entre physiologie et psychologie.

 

Une étude américano-britanique qui rend malade

-Notre résistance aux maladies est-elle fonction de notre personnalité ?

-Ou sont-ce nos mécanismes inflammatoires qui, à l'inverse, déterminent qui nous sommes ?

 

 

3 minutes d'écoute

 

 

Attention, je tiens à mettre en garde toute personne hypocondriaque :

il vaudrait mieux aller sous la douche,  mettre une petite chanson qui dure 3 minutes. Faites autre chose, bref, passez votre chemin.

 

 

Votre réponse immunitaire, la façon que votre corps a de combattre les maladies pourrait, selon une récente étude, être fonction de votre personnalité.

C'est le postulat d'un groupe de chercheurs américano-britanniques, qui vient de publier dans la revue Psychoneuroendocrinolgy ; ça fait un certain temps que la recherche s'intéresse à la façon dont notre personnalité, ou certains traits qui la caractérisent, influe sur nos fonctions biologiques... ou l'inverse.

 

Par exemple, la différence entre les lève-tôt et les couche-tard, du point de vue biologique... des chercheurs se sont rendus compte que les oiseaux de nuit avaient moins de substance blanche dans leur cerveau et donc a priori moins de récepteurs de sérotonine et de dopamine, les fameuses molécules du plaisir,  ce qui conduirait les personnes « du matin » à être plus optimistes, moins sujettes à la dépression et aux addictions, tandis que les couche-tard présenteraient, eux, des traits plus créatifs, et des facultés cognitives plus étendues.

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Dans la lignée de ce type d'étude, des chercheurs se sont donc demandés quelle pouvait être l'influence de la personnalité sur la réponse du corps aux agressions extérieures. La personnalité, c'est un concept vaste, certes...

 

Pour circonscrire ce concept, les chercheurs se sont arrêtés sur trois marqueurs : introversion et extraversion, comme marqueurs du tempérament social, de notre faculté à sociabiliser plus ou moins facilement ; le névrotisme, comme marqueur de la tendance à ressentir des émotions négatives ; et la conscience, ce qui est une traduction imparfaite de « conscienciousness » en anglais, ou plus précisément notre faculté à être consciencieux, à accomplir des tâches de façon attentive, soigneuse.

 

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Les chercheurs ont donc demandé à 120 de leurs étudiants de remplir un questionnaire de personnalité, dont les réponses permettaient de graduer ces trois marqueurs de la façon la plus précise possible. Ils ont ensuite prélevé des échantillons sanguins, pour y chercher une vingtaine de gènes qui encodent les réponses immunitaires et les mécanismes inflammatoires, ainsi que les défenses contre les attaques virales.

En croisant ces données, voici ce que les chercheurs ont trouvé.

 

Chez les personnes caractérisées comme « extraverties », les gènes pro-inflammatoires sont plus exprimés, là où chez les personnes plus « conscienceuses », ce serait l'inverse, c'est-à-dire que ces gènes sont moins exprimés, et donc, in fine, la réponse aux infections moins véloce. En contrepartie de quoi les personnes « extraverties », plus promptes à déclencher des réponses inflammatoires, seraient également plus sujettes aux maladies dites « auto-immunes », c'est lorsque votre système immunitaire attaque votre propre corps.

 

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Mais ce qui est intéressant dans cette étude, ce ne sont pas tant ces résultats que ce qu'ils impliquent en amont, à savoir : est-ce notre personnalité qui détermine, d'une certaine façon, notre réponse immunitaire ou l'inverse... notre système immunitaire qui façonne une partie de notre personnalité. C'est d'autant plus intéressant que l'on sait que les réactions inflammatoires sont liées, d'une certaine façon, aux troubles dépressifs.

 

On sait que certaines molécules relâchée au cours d'une réponse immunitaire, les cytokines, peuvent passer dans le cerveau et influer sur la production de sérotonine et de dopamine, dont les personnes dépressives manquent de façon chronique. Voilà en quoi cette étude est un nouveau jalon dans la recherche, plus vaste, sur l'influence des mécanismes inflammatoires sur l'ensemble de notre équilibre, physiologique et psychologique.

 

 

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Pour nos amis hypocondriaques, rien ne sert donc de vous précipiter sur la boite d’anti-inflammatoires,

même si vous vous sentez très introverti et très consciencieux

 

dimanche, 19 juin 2016

Bachelard : le corps des larmes

 

L’eau et les rêves de Gaston Bachelard n’est ni un récit, ni un roman, ni un essai, ni même un long poème, mais une étude qui, aussi musicale que silencieuse, combine à merveille ces quatre éléments.

Le poète y trouvera un souffle, l’amateur un réconfort, le scientifique un répit, le philosophe une source vive.

Bonjour à tous, bienvenue chez Gaston Bachelard, dans l’âtre et les divagations d’une philosophie de la meilleure eau.

 

 

Gaston Bachelard en 1965

 

 

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" Au temps où j’écoutais mûrir les mirabelles, je voyais le soleil caresser tous les fruits, dorer toutes les rondeurs, polir toutes les richesses. Le vert ruisseau, dans sa légère cascade, ébranlait les cloches de l’ancolie. Un son bleu s’envolait. La grappe des fleurs lançait sans fin des trilles dans le ciel bleu. "

 

 

lundi, 06 juin 2016

Qui a peur du grand méchant loup ?

 

 

LES CONTES DE PERRAULT

Le petit Chaperon rouge

 

 

 

Gustave Doré, illustration pour Le petit chaperon rouge de Charles Perrault

 

 

 

Réputé vorace, cruel, destructeur, sanguinaire et même amateur de chair humaine, la bête dont il est question terrifie l'homme depuis la nuit des temps. Fondée ou non, cette peur fait en tout cas partie de notre histoire culturelle. Michel Pastoureau nous conte l’histoire d’un grand méchant, ou supposé tel : le loup.

 

loup dominique gall artiste peintre animalier

Dominique Gall.

 

lundi, 23 mai 2016

Henrik Aarrestad Uldalen

 

 

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Have a beautiful night,
Henrik =

samedi, 14 mai 2016

Fanny Déchanet-Platz : " L'écrivain, le sommeil et les rêves "

 

 

 

 

L'auteur nous invite à passer par toutes les étapes d'une nuit réelle: endormissement, sommeil profond, rêves, réveil, et aussi, les " guets-apens" de l'insomnie, le somnambulisme, les rêves traumatiques,... ceci à travers les écrivains ( entre 1800 et 1945 ). Entrons dans le monde inconscient et poétique du sommeil, et la " composition symbolique " du rêve, grâce à Balzac, Valéry, Proust et son Albertine, Nodier, les surréalistes, Yourcenar,... et bien d'autres.

De page en page, rêve faisant, notre intérêt grandit avec plaisir.

 

 

Propos recueillis par Aurélie Djian :

En lisant La Prisonnière de Marcel Proust, Fanny Dechanet-Platz, agrégée de lettres et professeur à Grenoble, s'est arrêtée sur les pages consacrées au sommeil d'Albertine. Surgit alors l'envie d'en savoir plus sur le sommeil. C'est le commencement d'une thèse de littérature à plusieurs voix, L'Écrivain, le sommeil et les rêves, au parti pris pluridisciplinaire : pour comprendre les différents types de sommeil (lent et paradoxal), leurs degrés de profondeur et leurs correspondances littéraires, l'auteur s'est tournée vers la recherche en neurophysiologie (notamment vers les travaux de Michel Jouvet et la rencontre de Lucile Garma, neuropsychiatre, psychanalyste et spécialiste du sommeil à la Salpêtrière).

 

La publication de L'Interprétation des rêves de Freud en 1899 est le pivot de cette étude, qui porte sur la période 1800-1945. On découvre notamment comment Proust, contemporain de Freud mais ignorant sa méthode, parvient à décrire très précisément le parcours du dormeur, les variations de profondeur du sommeil ("Alors, sur le char du sommeil, on descend dans les profondeurs où le souvenir ne peut plus le rejoindre et en deçà desquelles l'esprit a été obligé de rebrousser chemin..."), ou encore les "rêves de commodité" qui interviennent juste avant le réveil et s'arrangent des stimuli extérieurs, fonctionnant ainsi comme des "gardiens du sommeil".

 

L'argumentation suit, phase après phase, la "logique interne du sommeil" (endormissement, sommeil, réveil) et progresse selon des allers-retours passionnants entre sommeil littéraire et clinique du sommeil.

 

 

 

 Entretien :

 

Vous dressez une phénoménologie du sommeil qui consiste d'abord à observer le dormeur, en prêtant une attention particulière aux marges du sommeil. Pourquoi ?

 

Parler de son sommeil, c'est parler de ce dont on se souvient. Le regard est surtout rétrospectif. On pense immédiatement aux souvenirs de rêves, mais les auteurs sont aussi fascinés par l'autre sommeil, celui où l'on ne rêve pas (ou très peu) : le "sommeil lent".

Leur fascination s'accroche inévitablement aux phénomènes qu'ils ont gardés en mémoire, les plus proches du seuil de la vigilance : c'est pourquoi le demi-sommeil chez Bosco, le réveil chez Fargue, les insomnies chez Corbière et Proust, et le sursaut après un cauchemar sont plus présents en effet que le plein sommeil, très profond et sans image, inaccessible à la mémoire et que l'on ne peut qu'imaginer.

 

Pour quelles raisons insistez-vous tant sur l'analogie entre le "travail du rêve" tel qu'il a été décrit par Freud et l'art du roman ?

 

Je veux d'abord dire que cette analogie s'est clairement manifestée dans certains textes ; mon intention n'était pas du tout de "psychanalyser" le sommeil littéraire. Cela dit, j'ai été frappée par l'étude de Freud sur la Gradiva de Jensen, où il explique que l'écrivain, sans être particulièrement au fait des mécanismes de l'inconscient, en a finalement l'intuition, par la qualité de son introspection.

Il est étonnant de lire chez Proust, sans que jamais Freud ne soit mentionné (vraisemblablement, Freud ne connaissait pas Proust non plus), des comparaisons entre le travail du rêve et celui du romancier, notamment dans la distribution de sa personnalité en plusieurs personnages. Le procédé de dramatisation qu'évoque Freud (c'est-à-dire transformer une pensée en une situation) appelle l'idée de mise en scène, de même que les "masques" que revêtent certains personnages. On passe du roman au théâtre, mais c'est le même processus. Le rôle important des symboles dans les rêves fait aussi penser au texte littéraire où tout peut faire signe.

 

Vous mettez en scène dans votre livre la figure d'un dormeur littéraire. Est-ce une manière de mettre sur le même plan expérience littéraire et expérience réelle, mêlant ainsi les différents dormeurs possibles ?

 

Absolument. Les textes que je lisais me donnaient la sensation que beaucoup de descriptions de sommeils, de récits de rêves n'étaient pas "fabriqués" artificiellement pour "faire onirique" ou grossir les traits du dormeur. J'y croyais parce que cela ressemble à mon sommeil...

Il m'a donc semblé que l'on ne parle du sommeil et du rêve qu'en référence à sa propre expérience. C'est pourquoi j'ai voulu mettre le dormeur au coeur de l'étude, plutôt que de choisir un plan chronologique qui déroulerait les représentations du sommeil du romantisme à la seconde guerre mondiale.

En mettant sur le même plan tous ces dormeurs de la littérature, sans distinction d'époque ou de genre, on arrive à la création d'un dormeur fictif qui incarne le paradoxe d'un sommeil à la fois intime, individuel, mais aussi universel. Individuel parce que personne ne pourra jamais dormir à notre place, universel parce que nous sommes tous concernés par cette expérience quotidienne.

Même si mon analyse porte sur des oeuvres, je reviens en effet sans cesse à notre expérience courante du sommeil et du rêve, parce que ces phénomènes touchent chacun intimement. Associer les dormeurs que nous sommes aux dormeurs littéraires, c'est renforcer l'image d'un sommeil cosmique, qui touche toute chose. J'aime beaucoup cette image parce qu'elle rend vraiment sensible la forme de communion de l'endormissement qui nous emporte tous, chaque soir, à peu près en même temps, sans qu'on le réalise.

 

vendredi, 06 mai 2016

L'art de procrastiner

 
 
 
La procrastination est la tendance à toujours tout remettre au lendemain.
Faut-il la combattre, l’accepter ou ruser avec elle ?
 

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David d’Equainville a trouvé un remède définitif contre la procrastination : l’accepter. Contre la folie qui voudrait que l’on devienne tous des gens parfaitement organisés, rigoureux et jamais en retard, le jeune éditeur prône même une « procrastination active » qui est une forme de résistance à l’esprit du temps.

« Ne fais pas le lendemain ce que tu pourrais faire le surlendemain », tel pourrait être le mot d’ordre de la « Journée mondiale de la procrastination » qu’il a lancée en 2010 et qui a lieu le 25 mars de chaque année. Ce jour-là, il invite à tout laisser en plan : les factures à payer, les courriels en retard, le rangement du bureau, les rendez-vous avec le dentiste, bref, toutes les choses ennuyeuses que l’on se promet de faire et que l’on repousse toujours. Il faut laisser aussi tomber, le jour venu, les grands projets et résolutions – commencer un régime, se remettre à l’apprentissage d’une langue étrangère, se plonger dans la lecture des grands classiques de la littérature, entreprendre la rédaction du polar qui sera le best-seller de la prochaine rentrée, etc. Inutile de se lancer dans ces entreprises illusoires. Le 25 mars : profitons de la vie et procrastinons sereinement.

Certes, cela ne change pas grand-chose à ce que l’on fait d’habitude, sauf sur un point essentiel : ce jour-là, on ne se tourmente pas, on ne bat pas sa coulpe, on ne se reproche pas ses velléités. Bref, on assume d’être ce que l’on est tous plus ou moins : un incorrigible procrastinateur, expert dans l’art de remettre au lendemain ce que l’on pourrait faire aujourd’hui… et ce que l’on aurait dû faire depuis longtemps déjà.

Évidemment, l’idée de cette journée mondiale n’est pas un mot d’ordre très sérieux. C’est surtout un très bon coup de pub qui a permis à l’éditeur d’attirer l’attention sur la publication de ses livres. En mars 2011, il publiait le Manifeste pour une journée reconductible. En 2011, il publiait Demain, c’est bien aussi, un essai assez amusant qui explique comment échapper aux recettes culpabilisantes des manuels de développement personnel. Ce livre, rédigé par deux Allemands, est un best-seller dans leur pays, qui est pourtant réputé pour sa rigueur en matière d’organisation.

 

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Comment faire ?

Reprenons  : la procrastination, c’est donc l’art de tout remettre à plus tard. C’est une attitude banale et courante que tout le monde pratique plus ou moins. Pour mon cas, j’ai tendance à repousser toutes les choses ennuyeuses (administration, rangement, travail imposé, etc.) pour n’écouter que mon plaisir. Pour ma compagne, c’est l’inverse, elle fonctionne à la culpabilité plutôt qu’au plaisir immédiat. « Je me débarrasse de ça, comme cela après je serai tranquille : l’administration, le ménage, la préparation des cours. »Mais au final, elle diffère sans cesse ses activités qui lui sont le plus chères : le piano, la lecture, ses grands projets. En résumé, je carbure au plaisir et je renvoie à plus tard mes obligations. Elle fonctionne à la culpabilité et repousse toujours au lendemain ce qui lui importe le plus. Un trait commun nous unit : on procrastine tous les deux.

Tout le monde est plus ou moins procrastinateur. À part peut-être quelques superwomen ou Robocop de notre entourage, à l’efficacité jamais prise en défaut, qui font envie et peur à la fois.

Mais chez certains, cela prend des allures pathologiques : cela perturbe profondément la vie de la personne et provoque même une certaine souffrance. Dans ce cas, il est temps de prendre les choses en main. Les techniques antiprocrastination qui fleurissent en ce moment proposent toutes des remèdes similaires qui tiennent en quelques points clés.

 

 

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• Savoir vraiment ce que l’on veut

Le premier point avant d’entreprendre un changement, note Bruno Koetlz, est de s’assurer de ce que l’on veut vraiment. La question des choix ne se pose pas quand il s’agit de remplir certaines obligations (il faudra bien finir par remplir sa feuille d’impôt) ou quand il s’agit de projets qui engagent inexorablement notre avenir (réussir ses examens). Mais il est des objectifs que l’on repousse toujours peut-être parce qu’au fond de soi, l’on n’a pas vraiment envie de changer : ai-je vraiment envie de changer de travail ? Suis-je prêt à me lancer dans une nouvelle carrière ? Il faut faire un examen de conscience. Et là, il vaut mieux renoncer plutôt que de repousser sans fin. Cela suppose sans doute le deuil d’un projet qui nous est cher, mais un deuil est parfois positif. Car il évite de se tourmenter inutilement pour une chose que l’on ne fera jamais. Cela invite à se retrouver de nouvelles priorités et de nouveaux objectifs. Fermer une porte, c’est pouvoir en ouvrir d’autres.

 

 

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• Repérer ses moments de faiblesse

La deuxième chose à faire consiste à prendre conscience du phénomène. Plus exactement, il s’agit de bien repérer les moments précis où l’on flanche ainsi que les idées qui les accompagnent. Le propre de la procrastination est d’être une non-décision. C’est-à-dire qu’au moment où l’on devrait agir (il faut que je téléphone à untel, que je range mon bureau), on se trouve subitement et comme par hasard placé devant une autre attraction (une invitation surprise, un documentaire à la télé). Et c’est à ce moment que l’idée furtive du report s’insinue (bon, je regarde le documentaire et je m’y mets aussitôt après). C’est à ce moment précis, ce « tiping point » (moment de bascule) où l’on va basculer dans l’autre activité que celle prévue, qu’il faut mettre en place un système d’alarme intérieure. Et s’imposer un autre choix, reprendre en main le cours des choses.

 

 

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• Se fixer des objectifs précis et limités

Procrastination rime souvent avec perfectionnisme. Le propre du procrastinateur est non seulement de remettre à demain mais de se fixer des objectifs irréalistes : d’autant plus ambitieux que l’on s’accorde un sursis et que l’on ne s’engage donc à rien pour l’immédiat. « Je reprends une part de tarte, mais demain, régime strict. » Les projets du lendemain sont d’autant plus ambitieux qu’ils n’engagent à rien sur-le-champ. Et le jour venu de changer vraiment, la barre est fixée si haut que l’échec est pratiquement assuré. Avec ses conséquences psychologiques : l’autodénigrement, la honte, la culpabilité et le découragement. Puis, une fois la potion amère de l’échec digérée, une nouvelle vague d’illusion s’amorce.

Comment lutter ? La difficulté étant de renoncer à un plaisir immédiat pour une activité qui paraît ennuyeuse et pénible. La bonne méthode consiste à briser la difficulté, en réduisant l’effort au minimum. Il vaut mieux se fixer un petit objectif immédiat qu’un gros obstacle à franchir. Si j’ai décidé de ranger mon bureau et classer mes papiers (c’est un travail long et ennuyeux), je vais donc commencer par un exercice simple et immédiat. « Cinq minutes de rangement pas plus, mais tout de suite. » En général, on se surprend à dépasser l’objectif que l’on s’était fixé. Aussitôt engagé dans cette action, montre en main, survient un petit miracle : les cinq minutes passées, on passe à trois, quatre, cinq minutes de plus sans effort.

Le petit changement du jour aura produit une gratification morale : la routine a été cassée, c’est une première petite victoire sur soi. C’est la première récompense : le plaisir d’avoir réalisé quelque chose.

Les spécialistes de la procrastination suggèrent donc de repérer ses pensées récurrentes, ses mauvaises routines et ses moments de faiblesse. Puis il faut établir un plan de changement avec un programme précis (« à partir de demain, je vais améliorer mon anglais » n’est pas un programme précis : combien de temps par jour, à quel rythme, pour quel objectif ?). Il faut ensuite « découper la montagne en morceaux », c’est-à-dire définir les étapes intermédiaires, les petites étapes quotidiennes. Ensuite, il ne faut pas oublier la stratégie de récompense. À chaque succès, il faut s’accorder un plaisir : un loisir attendu.

Quand il s’attaque enfin à son mal, le procrastinateur est souvent guetté par un autre danger : l’excès de zèle. Il voudrait tout avaler trop vite, tout faire d‘un seul coup : par exemple se débarrasser en un seul jour de la comptabilité laissée en plan depuis des mois. C’est le bon moyen de ne pas arriver au but. Tel est le paradoxe du procrastinateur : la bonne stratégie de lutte consiste à ne faire que des petits pas, jour après jour. Et donc d’en garder un peu pour le lendemain…