mercredi, 27 décembre 2017

Vive le vent, vive le vent d'hiver...

 

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samedi, 23 décembre 2017

Les déesses vierges : Hestia, le nombril du foyer

 

Honneur aux Anciens. Des six enfants de Rhéa, Hestia fut la première à être avalée par son père, Cronos. Elle fut donc la dernière à être recrachée, et son séjour dans les entrailles paternelles dura plus longtemps que celui de ses frères et sœurs. Est-ce la raison pour laquelle elle refuse obstinément les époux que lui propose son cadet devenu roi des dieux ? Zeus lui offre Apollon, le beau dieu de la lumière, c’est non. Il propose Poséïdon, le dieu marin, et c’est encore non. Pour arrêter le manège, Hestia finit par jurer par le Styx, ce qui, nous le savons, l’engageait au point, en cas de parjure, d’être déchue dix ans de sa divinité. Elle jura de rester vierge, et Zeus dut s’incliner.

 

 

 

Néanmoins, il fallait bien lui donner un petit quelque chose ; impossible de laisser la sœur aînée de Zeus dépourvue de fonctions. Celles que trouva le roi des dieux était intelligente et hautement symbolique : Hestia devint la déesse du foyer, avec un lieu de résidence bien spécifique, le nombril de la maison, une minuscule colline.

Le nombril est saillant au moment de la naissance jusqu’à la chute du morceau de cordon ombilical, et au terme de la grossesse, vers sept mois.

Hestia qui s’est vouée à la virginité occupe donc la place maîtresse du résultat de la fécondation. Celle qui n’a pas voulu ni d’homme ni d’enfants reste fichée à l’endroit où s’élèvent les femmes. Du coup, elle ne quittera jamais le foyer familial comme font ordinairement les filles, qui délaissent le foyer paternel pour le foyer conjugal. Hestia est, comme Artémis, une déesse totalement autonome, elle a fixé elle-même sa loi, elle n’en bouge plus.

Conséquence : elle ne porte ni quenouille ni cuiller, mais le sceptre royal, un emblème masculin. C’est elle qui préside les repas de fête, elle qui décide, ou non, de laisser entrer le suppliant. C’est encore Hestia qui veille à la bonne transmission du patrimoine de la famille, et plus encore, c’est elle qui siège au Prytanée, le foyer central de la cité où siègent les magistrats qui prennent les décisions.

Y –a-t-il d’autres femmes ? En un sens, oui. Il y a au Prytanée les joueuses de flûte qui accompagnent les rituels de Dionysos et ceux d’Apollon. Elles jouent de la flûte mais ne patronnent rien. Ce n’est pas le cas d’Hestia, seule femme du Prytanée, qui veille sur le feu qui jamais ne doit s’éteindre au cœur de ce palais présidentiel sous peine de voir mourir la cité elle-même. C’est au point que Marcel Détienne la traite de déesse misogyne !

 

Hestia a également son nombril au sanctuaire d’Apollon, à Delphes. Sous ce nombril se trouve une réserve d’âmes ; Hestia s’assied dessus, gardienne des enfants à venir. C’est une dame archaïque du genre sicilien, une déesse possessive qui déteste les filles de la maison, une emmerdeuse que ses fils redoutent, une déesse qui tient son pouvoir d’avoir voulu rester vierge à tout jamais.

 

jeudi, 07 décembre 2017

Les procréations assistées : Faire un enfant sans femme

 

De toutes les procréations assistées que comporte la mythologie grecque, celle-ci est la plus stupéfiante. Tellement qu’elle comporte plusieurs variantes aussi tordues les unes que les autres, comme vous allez l’entendre.

 

par Catherine Clément

 

 

Hyriée était roi de Béotie quand un jour, trois dieux vinrent lui rendre visite. Il s’agissait de Zeus, d’Hermès et de Poséïdon- c’est-à-dire, à Rome, Jupiter, roi des dieux, Mercure, dieu des carrefours et Neptune, dieu de la mer. Hyriée s’empressa de tuer en leur honneur un de ses plus beaux animaux, un bœuf bien gras. Même si les dieux ne se nourrissaient que de la fumée des os brûlés, ils furent satisfaits et proposèrent à Hyriée de le récompenser.

Là, deux versions. Dans la première version, Hyriée désirait un enfant, mais il n’aurait encore jamais rencontré de femmes. Dans la seconde, il connaissait des femmes et voulait s’en passer pour avoir un enfant. Chacun jugera. Donc, un enfant sans femme. Qu’à cela ne tienne !

Les trois dieux demandèrent au roi de Béotie d’uriner sur la peau du bœuf fraîchement écorché, puis, gravement et ensemble, ils éjaculèrent sur le pissat du roi. « Tu n’as plus qu’à enterrer la peau en la roulant », lui dit Zeus. Hyriée obtempéra.

Neuf mois plus tard, en sortait un garçon que son père nomma Orion, de Ouria, l’urine, en grec. Il y avait quand même un léger inconvénient. Fils de l’urine paternelle et des spermes de trois dieux, Orion était un géant. Magnifique, mais immense. Formidablement charmeur, formidablement chasseur, si grand que sa tête dépassait la cîme des arbres,Orion était un garçon dérangeant.

 

Il chasse, coucha beaucoup, viola de temps en temps et finalement, un père exaspéré lui creva les yeux. Un oracle prédisait qu’Orion recouvrerait la vue s’il regardait le lever du soleil. Orion s’empara d’un jeune enfant qu’il posa sur ses épaules pour le guider jusqu’à la mer. C ‘est le sujet du superbe tableau de Nicolas Poussin, Orion aveugle, les pieds écrasant les humains minuscules et la tête dans les nuages. Orion marcha dans l’eau et aperçut l’Aurore. Elle s’appelle Eos, aurore aux doigts de rose ou en robe de safran, et elle s’éprit du géant auquel elle redonna la vue.

 

Orion

 

Orion plaisait aussi à la déesse Artémis- Diane à Rome-, non qu’elle le désirât, étant farouchement vierge, mais parce qu’étant la patronne des chasseurs, elle voulait  flécher quelques fauves en compagnie d’Orion. Ce n’était pas prudent. Le pauvre grand géant ne put se retenir et voulut violer Artémis. On ne fait pas plus dangereux.

Apollon, le frère jumeau d’Artémis, était du genre à surveiller sa jumelle. Voyant cela, il créa un scorpion  gigantesque qui piqua Orion au pied et le tua. Il existe pour la mort d’Orion une autre version plaisante, mais très invraisemblable. Pour échapper au scorpion, Orion serait entré dans la mer. Apollon aurait dit alors à sa sœur, « Là-bas, tu vois ce truc qui flotte ? C’est un type qui a attaqué une de tes prêtresses. » Artémis, n’y voyant pas très bien, aurait fléché elle-même le beau géant.

Naissance d'Apollon et de Diane

 

Mais ça, c’est impossible. La déesse de la chasse se trompant de cible pour cause de mauvaise vue ? Allons donc. Pour mettre à mort le plus grand des chasseurs, la jalousie d’Apollon suffisait  largement pour  fabriquer un scorpion géant. 

Diane auprès du cadavre d'Orion

Quel rapport, direz-vous, avec l’urine de sa naissance ? Je n’en vois qu’un. Artémis transforma Orion en constellation et le scorpion aussi, en l’éloignant le plus loin possible. Le signe astrologique du Scorpion est un signe d’eau et de feu, eaux amniotiques, semences, spermes, humeurs et urine. S’il en était ainsi, Orion aurait été mis à mort sous sa propre origine, fils d’urine, tué par l’urine.