mercredi, 23 novembre 2016

Mary Dorsan

 

Son premier roman " Le présent infini s'arrête " est un coup de cœur littéraire, il laisse deviner un grand talent.

 

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L'auteure ?

Mary Dorsan, infirmière psychiatrique. Elle décrit le quotidien d'un appartement thérapeutique, la souffrance des adolescents, la relation avec les soignants.

Un ouvrage à ne pas manquer...

 

Extrait sonore :

« Valerie » interprétée par Amy Winehouse, chanson de Sean Payne, Dave McCabe, Abi Harding, Boyan Chowdhury et Russell Pritchard, enregistrée le 10 janvier 2007 pour le Jo Whiley Live Lounge 2007, extrait de l’album Amy Winehouse at the BBC, Universal, 2012

 

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Mary Dorsan est infirmière psychiatrique, dans un appartement thérapeutique avec des patients entre l’âge de 13 et 20 ans. « On est en banlieue, pas à l’hôpital. » Après beaucoup de tensions, elle crache un jour sur un patient. « Je m’en suis beaucoup voulu, j’ai beaucoup pleuré. Je suis une soignante avec une éthique plutôt forte. Je venais de faire du mal à un patient, or toute cette violence, c’est de la souffrance. » Après avoir beaucoup pensé à ce qui lui était arrivé, elle se décide à écrire.

 

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Ce travail d’écriture débouche sur un roman fort et magnifique de 720 pages : « quand j’écrivais, c’était sur la feuille A4 de l’ordinateur et je n’avais aucune idée de ce que pouvait représenter la longueur du livre. » Elle écrit le matin, avant d’aller travailler (« j’étais obligé de me doucher et de déjeuner en urgence ») ou en revenant, parfois pendant quelques nuits d’insomnie. « J’ai choisi les moments symboliques qui pouvaient le mieux raconter l’histoire. Je voulais m’exposer. J’ai voulu exposer tout ce qu’il y avait à l’intérieur de ma tête. On n’ose pas raconter des histoires comme ça. » Elle raconte toutes ces choses qui pèsent sur nous. « Les émotions, on en parle dans les colloques ou dans les magazines scientifiques ? »

 

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Mary Dorsan prend le temps de regarder tout ce qui se passe autour d’elle : « il y a des tas de choses à regarder, explique-t-elle. D’abord le silence, et puis ce qui vient dans la tête est partagé. » Elle regarde, montre, décrit, mais elle ne dit jamais comment voir ou comment lire : « Je n’aime pas que l’on dise comment lire car chacun lit comme il veut. »

 

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Aujourd’hui, Mary Dorsan se sent coincée entre plusieurs identités : « je suis l’infirmière psychiatrique qui est responsables par rapport à ses collègues ou à ses patients ; je suis moi, avec la tentation de la provocation, de tout bousculer, de mettre les autres face à leur propre introspection ; et puis serais-je par hasard écrivain, quelqu’un qui aurait écrit toutes ces pages ? »

 

Quatrième de couverture

« Bon, j’écris ce qui se passe dans mon service. Je travaille dans un appartement thérapeutique, rattaché à un hôpital psychiatrique. On accueille des adolescents. Très malades, souvent, dont personne ne veut. Qui en plus de leurs troubles psychiatriques, ont des troubles de l’attachement, des pathologies du lien. Alors ça remue ! Ça remue les soignants.
J’écris les souffrances de ces jeunes. La diffi culté de les soigner, de les accompagner ou tout simplement de rester là, avec eux. Je tente d’écrire la complexité des relations avec eux et la complexité des effets sur les soignants et les relations des soignants entre eux. Je veux raconter ce que c’est, ce travail, leur vie. Je veux… Dire. Décrire. Montrer. Tout. Le bon et le mauvais. Je voudrais que l’on pense davantage à eux. Ces adolescents sont invisibles ou méconnus dans notre société. Ou incompris. Terriblement vulnérables, fragiles, si près de l’exclusion totale, ils sont à la marge. À la marge de notre pensée, de nos yeux. Au cœur de mon cœur. »