samedi, 09 septembre 2017

"Regard sur la folie" de Mario Ruspoli

 

 

 En 1960, Mario Ruspoli tourne un film documentaire à l’hôpital psychiatrique de St-Alban, en Lozère.

Décision courageuse à une époque où la folie est un sujet tabou, totalement occulté par la société.

 

 

 

 

Mario Ruspoli suit au quotidien un groupe de médecins novateurs - dont le Dr. Tosquelles, chassé de son pays par la guerre d’Espagne - qui tentent une autre approche thérapeutique de la maladie, fondée sur la proximité avec les patients. Le regard généreux du cinéaste nous fait partager la relation exceptionnelle qui se noue entre soignants et soignés.

 

 

La réussite de ce film est d’arriver à nous faire ressentir le décalage entre le discours cohérent de certains malades et la pathologie dont ils souffrent, montrant à quel point la folie est un univers complexe où certaines perceptions sont faussées.

 

 

 

 

 

Portées par des textes d'Antonin Artaud, dits par Michel Bouquet, quelques rencontres jettent une lumière étrange sur l'univers si proche et si lointain de la folie. Qu'en est-il de cette vieille dame qui sanglote lorsqu'elle se souvient de son enfance ? Ou de cet homme qui prend à partie les médecins qui l'entourent ? 

Producteur délégué :

Anatole Dauman

Directeurs de la photo :

Michel Brault, Roger Morillière

Monteurs :

Jacqueline Meppiel, Henri Lanoé, Henri Colpi

Scénaristes :

Antonin Artaud, Mario Ruspoli

Ingénieurs du son :

Danièle Tessier, Roger Morillière, Dolorès Grassian

Directeur artistique :

Henri Colpi

 

Dans "Regard sur la folie" le psychotique donne à voir et à entendre, un inconscient littéralement à ciel ouvert, selon l’analyse qu’en réalise Jacques Lacan dans son Séminaire (Livre 3, 1955-1956). C’est autour de ce primat de la parole du fou que se rejoignent psychanalyse et surréalisme, et par voie de conséquence, le cinéma direct qui en « récolte les fruits » en quelque sorte. Prônant ensemble l’idée que le discours du psychotique a un sens, tout sujet parlant est invité à pénétrer dans son langage pour entendre ce qu’il a à nous dire sur l’inconscient. Or, ce point de jonction qui s’établit autour du sens du discours psychotique n’est pas pure coïncidence.

On l’ignore parfois, mais l’horizon intellectuel de Lacan a été grandement influencé par ses contacts avec le surréalisme et notamment par la méthode paranoïa-critique de Dalí qui consiste en une simulation de la pathologie psychotique permettant de connaître la réalité autrement et de faire partager cette connaissance à travers des formes objectives. Les thèses lacaniennes sur la psychose sont donc marquées par cette source d’inspiration majeure, bien que dans sa thèse de doctorat, il peine à reconnaître cette dette intellectuelle.

Ainsi, pour Lacan, le psychotique serait le fou le plus génial, le plus créatif, le plus inventif, mais aussi le plus " réaliste " puisqu’il mène le plus directement à la vérité de l’inconscient, à savoir au Réel de la psychose qui laisse littéralement l’inconscient à découvert. Si le film accueille ce langage de la folie sur le plan de son représenté, il le reçoit également au niveau d’un mode de fonctionnement qui travaille, comme la psychose, sur des absences de causalité, de logique et de signifiance immédiate, la pensée de type psychotique partageant avec le flux filmique une relative autonomie à l’égard de la réalité de l’expérience commune.

C’est probablement cette " vérité " de la psychose captée par l’équipe de Ruspoli – une vérité à la fois totalement déployée et insaisissable – qui explique l’enthousiasme des psychiatres et psychanalystes vis-à-vis du film lors de la projection privée du 13 juin 1962.

 

Michel Foucault

" Histoire de la Folie "

 

Jamais la psychologie ne pourra dire sur la folie la vérité, puisque c'est la folie qui détient la vérité de la psychologie. - Michel Foucault

 

 

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