lundi, 26 décembre 2016

Déesses vierges : La bruyante aux flèches d’or née sur l’île aux phoques

Artémis est la sœur jumelle d’Apollon, le dieu solaire. Comme son frère, elle est impassible, glaciale, impitoyable, une vierge intraitable sans une once de bonté, souvenons-nous du traitement qu’elle inflige au chasseur Actéon.

 

par Catherine Clément

 

 

Revenons à leur naissance, une bonne explication. Léto, leur mère, était une Titane, donc une cousine de Zeus qui l’engrossa. Sa femme Héra en fut jalouse. Jusque là, c’est le scénario banal façon Les feux de l’amour. Là où ça se complique, c’est quand l’épouse de Zeus décide de bloquer l’accouchement de Léto. Interdit sur terre. A la rigueur, Héra l’autorise à faire ses couches là où les phoques vont mettre bas, sur un bout de rocher divaguant en pleine Méditerranée. Léto y parvient, épuisée, secouée de contractions, mais le ventre bloqué. Trois vieilles déesses viennent l’aider, en vain. Héra a demandé à sa fille Ilithye, fruit de ses amours légitimes avec Zeus,  de rester sur l’Olympe pour empêcher les petits de naître. Finalement, après neuf nuits de contractions, l’une des vieilles déesses achète les services d’Ilithye en lui offrant un collier d’ambre. Ilithye vole jusqu’à Léto, le dieu marin Poséïdon fait se lever au dessus de leurs têtes une gigantesque vague protectrice et les jumeaux naissent, Apollon, puis Artémis, tous deux armés d’un arc et de flèches d’or, tous deux bruyants, faisant trembler le sol sous leurs pieds.

 

 

Voici ce que dit l’Hymne homérique à Artémis :« Je chante la bruyante Artémis aux flèches d’or, la vierge vénérée, l’Archère qui de ses traits frappe les cerfs,la déesse au cœur vaillant qui se lance de tous côtés, et sème la mort parmi la race des bêtes sauvages… »  Est-ce à cause des souffrances infinies de sa mère ? La  sauvage Artémis n’est bienveillante que dans  trois  cas de figure, toujours avec les filles. Avec les gars, jamais.  Le premier cas de figure est le moment fragile où les petites filles ont leurs premières règles : alors, elles dansent comme des oursonnes dans un sanctuaire d’Artémis, car le sang menstruel échappe à la raison.  La deuxième fois, c’est juste avant le mariage : les jeunes filles viennent déposer là leurs jouets et leurs ceintures qui ne serviront plus. Et la troisième fois, c’est pour leurs accouchements. Pour qu’aucune parturiente ne souffre les douleurs de Léto, sa fille Artémis soutient les femmes en travail. Trois moments de bascule dans la vie d’une fille, tous les trois liées à la reproduction. Ce n’est pas le moindre paradoxe de la sauvage Artémis que d’être, elle , la vierge absolue, préposée aux poussées d’accouchement.

 

 

Pas une once de bonté ? J’ai dit cela, mais j’ai exagéré. Artémis, qui exigea du roi Agamemnon qu’il tranche le cou de sa fille Iphigénie, fut assez bonne pour la remplacer, au dernier moment, par une biche. Bonne, mais pas trop tout de même !

 

Transportée en Tauride, en Asie mineure, Iphigénie devient prêtresse d’Artémis, préposée à l’égorgement de tout étranger débarquant sur le rivage. Il fallut tout le courage d’Iphigénie pour ne pas égorger son frère Oreste, et pour décamper de Tauride en emportant la statue de sa cruelle patronne.

 

 

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