mercredi, 16 décembre 2015

Les procréations assistées : La déesse fait un enfant toute seule

 

par Catherine Clément

 

 

« Vous serez comme des dieux, » dit le serpent de la Genèse à Eve, la première femme, en lui vantant les pouvoirs du fruit défendu. Bien dit, ô serpent tentateur ! Car avant le dieu unique, les dieux des polythéismes avaient anticipé les puissants pouvoirs magiques de la connaissance. Tenez, prenons les procréations médicalement assistées qui font tant débat aujourd’hui dans nos contrées. Où trouve-t-on les plus anciens modèles ? En Grèce antique et en Inde. Sans le concours d’un mâle ? C’est ce que fait la déesse Parvati un jour qu’elle s’est fâchée contre son mari, le terrible dieu Shiva.

 

 

Parvati n’a pas toujours été déesse. Parce qu’un démon ravageait le monde, les dieux eurent l’idée d’obtenir un  puissant  fils de Shiva. Shiva était veuf. Pour le sortir de son deuil, ils firent appel à Parvati. Longtemps, elle  resta en prières au milieu d’une forêt, tellement immobile que son corps se couvrit de lianes. Voyant cela, le dieu la divinisa et en fit sa seconde épouse, inaugurant leur mariage par un accouplement de dix mille ans. Il faut dire que Shiva étant le patron des yogis savait comment se retenir.

 

Pourquoi l’épouse docile se fâcha-t-elle un jour ? Une fureur partagée, Shiva quitta les lieux. Pour se venger, Parvati roula dans le creux de sa main un rouleau de saletés dont elle fit un enfant. Les pieux hindous parlent d’un rouleau de crasse semblable à celui qui s’enlève après un bain très chaud avec un gant de crin. Mais le plus probable est que ces saletés n’étaient autres que du sang menstruel, nettement plus en rapport avec une fécondation sans sperme masculin- il faut préciser car en Inde, dans les pratiques des Tantra, il existe un sperme féminin.

Parvati fait donc un enfant toute seule, en modelant un corps dans des caillots de sang. L’enfant ainsi conçu  est petit mais baraqué, doté d’une force incroyable. Parvati lui donne le nom de Ganesh et le place devant la porte de sa chambre, avec ordre de barrer le chemin à quiconque essaiera d’entrer. Lorsque Shiva revient, le petit né sans père l’attaque et le met par terre. C’est inimaginable ! Un fils né de sa femme, sans lui, et qui le renverse !

La suite est connue. Shiva décapite l’enfant importun, mais devant le chagrin de sa femme, il promet de le ressusciter en posant sur le petit cou la tête du premier vivant qu’ils verront ensemble. Ce  sera est un éléphanteau. Bon prince, Shiva reconnaîtra le dieu éléphanteau comme son fils.

 

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Ce qui est moins connu, c’est ce qui arriva à la fin de la lune de miel interminable. S’accoupler, c’est bien, mais dix mille ans, c’est trop. Les dieux, qui voulaient toujours un enfant de Shiva, envoyèrent pour le faire éjaculer Kama, dieu de l’amour, mais Shiva le réduisit en cendres avec son troisième œil, celui de la méditation situé au milieu du front. C’est donc à Parvati que revint la mission d’un coup de rein qui la fit se dégager du coït infini.

Le sperme de Shiva jaillit, brûlant, et tomba dans le Gange. Un autre enfant naquit, un nourrisson sans mère. Il a six têtes, c’est un guerrier qu’on appelle le Garçon, ou bien Celui né du sperme, ou bien encore, Six têtes. Il tua le démon. Parvati l’adopta. La famille de Shiva se compose donc de deux fils, un  enfant d’éléphant conçu sans père et un  brave à six têtes conçu sans mère. C’est, selon les Hindous, la famille idéale.

 

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